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« Nous incorporons 60 % de légumineuses dans nos dérobées avant maïs », dans le Rhône

Le Gaec des deux rives dans le Rhône intègre une part importante de légumineuses dans les dérobées, limitant le travail du sol et facilitant l’implantation des maïs tout en maintenant les rendements et une bonne valeur alimentaire.

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Jean-Baptiste Brossat et son apprenti devant les parcelles autour de l'exploitation. « En intégrant des trèfles et de la vesce dans les dérobées, nous améliorons la structure du sol et limitons l'assèchement. »
© K.Foilleret

Initialement, du ray-grass italien pur était implanté en dérobées avant maïs pour assurer un stock suffisant d’herbe pour nourrir les 190 vaches laitières du Gaec des deux rives, dans le Rhône. « Nous intégrons de plus en plus de légumineuses dans nos mélanges, expose Jean-Baptiste Brossat, un des associés du Gaec. Les enjeux sont d’améliorer la structure du sol pour limiter le labour et l’assèchement du premier horizon afin de faciliter le démarrage en végétation des maïs. Le tout en maintenant la valeur alimentaire du fourrage. » Les mélanges permettent aussi aux éleveurs de diminuer l’apport d’azote minéral.

Fiche élevage

4 associés, 1 apprenti

190 vaches laitières montbéliardes

1 400 000 l de production laitière

240 ha de SAU dont 45-48 ha de maïs fourrage (dont 30 irrigués), 20-25 ha de céréales, 50 ha de prairies temporaires et 117 ha de prairies permanentes.

 
<em class="placeholder">Dérobée composée d&#039;un mélange ray-grass, trèfles, vesce</em>
Un mélange est composé de ray-grass italien, de trèfles incarnat, Micheli et squarrosum. De la vesce est aussi ajoutée pour sécuriser la présence des légumineuses. © M .Coquard

Meilleure reprise de sol avant maïs

La situation géographique de l’exploitation à 700 mètres d’altitude, avec des zones en pente, demande aux éleveurs de limiter le labour pour freiner l’érosion et améliorer le confort de travail. « Avec le ray-grass italien en pur, on constatait un dessèchement de la terre sur les 30 premiers centimètres », explique l’éleveur. Le sol plus sec et plus difficile à travailler nécessitait de labourer. La diversité racinaire des légumineuses, intégrées dans les mélanges, permet d’aérer le sol et d’aller chercher l’eau plus en profondeur.

Aujourd’hui, 40 hectares de dérobées sont implantés avant les maïs. Une trentaine est irriguée et conduite en maïs sur maïs. Dans le secteur, les maïs sont récoltés tardivement. Alors la dérobée qui suit un maïs doit démarrer rapidement après son implantation, d’où le choix de ray-grass alternatif qui a cette faculté.

Parmi les 40 hectares accueillant des dérobées, 15 sont semés au 20 septembre avec un mélange composé de 20 % de ray-grass alternatif, 20 % de ray-grass non alternatif, 40 % de trèfle incarnat, 10 % de trèfle de Micheli et 10 % de trèfle squarrosum. La densité de semis est de 30 kilos par hectare.

Les 25 hectares restants sont semés autour du 10 octobre avec un mélange quasiment identique mais dans lequel la vesce velue remplace le trèfle de Micheli.

Dans les deux cas, un déchaumage est suffisant pour travailler le sol avant l’implantation des maïs. Cela permet de maintenir l’humidité en surface contrairement au labour. Les maïs ont plus de facilité à s’implanter et se développer.

 
<em class="placeholder">Dérobées fauchées</em>
Le rendement moyen est de 4 tonnes de matière sèche avec un apport de 50 unités d'azote par hectare. © M. Coquard

Maintien du volume et de la qualité tout en économisant de l’azote

Les éleveurs ont fait le choix de maintenir du ray-grass pour assurer le volume. « Nous sommes à la limite au niveau du bilan fourrager, explique Jean-Baptiste Brossat, d’autant que le ray-grass anglais implanté dans les prairies a tendance à diminuer d’année en année. » La diversité des espèces de trèfle permet d’assurer leur présence dans le fourrage en fonction des conditions climatiques. « Pour augmenter nos chances d’avoir des légumineuses, nous avons introduit la vesce depuis cinq ans », précise l’éleveur. Le trèfle de Perse a été testé, mais étant peu présent à la récolte, il a été abandonné.

L’intégration de légumineuses n’a pas dégradé les valeurs alimentaires de l’ensilage. En 2025, le taux de MAT était de 15 % pour une valeur UF moyenne de 0,96. « Ce n’est pas plus élevé qu’en ray-grass italien pur, mais ces résultats sont obtenus avec moins d’apport d’azote », souligne Mickaël Coquard, conseiller fourrage chez Rhône Conseil Élevage. Un apport de 50 unités d’azote par hectare a été réalisé pour un rendement de 4 tonnes de matière sèche. « Au-delà de l’azote, il est important de veiller à l’équilibre global du sol », complète Jean-Baptiste Brossat. Un apport de 20 m3 à l'hectare de lisier est réalisé avant maïs pour apporter le phosphore et la potasse. Un chaulage est réalisé sur l’ensemble des parcelles tous les deux ans.

Une complémentation raisonnée

Le mélange permet d’avoir plus de souplesse au moment de la fauche avec des espèces qui arrivent à maturité progressivement. La valeur nutritive chute moins rapidement. « Cependant, la présence des légumineuses peut compliquer le temps de séchage », alerte le conseiller.

La qualité de l’ensilage permet aux éleveurs de maintenir une correction de la ration raisonnable. La complémentation moyenne de l’exploitation est inférieure à celle des éleveurs du groupe lait du secteur (270 g/l de lait produit contre 340 g/l de lait produit). La part de correcteur représente environ 120 grammes par litre de lait produit.

Côté éco

Le coût de semence est de 3,60 €/kg, soit + 0,60 €/kg par rapport à du ray-grass pur. Une augmentation de + 20 €/ha, largement compensée par la réduction de la fertilisation et du travail du sol.

Limiter la quantité de raygrass n’impacte pas le volume final

Au début, les éleveurs utilisaient seulement 20 % de légumineuses dans les mélanges, pour arriver maintenant à 60 %. Il y a peu d’incidence à réduire la quantité de ray-grass dans le mélange : « à l’automne, on voit surtout les légumineuses. Mais à la suite de l’apport d’azote, le ray-grass se développe », constate Jean-Baptiste Brossat. Dans le mélange utilisé sur l’exploitation, il y a 13 kilos par hectare de raygrass. Pour Mickaël Coquard, « au-delà de 15-16 kilos de raygrass, la quantité de légumineuses peut être impactée. Et il faut compter entre 40 et 60 % de légumineuses dans les mélanges ». Initialement, les éleveurs achetaient leurs semences de ray-grass, vesce et trèfle séparément pour faire le mélange sur l’exploitation. Mais ils avaient tendance à mettre trop de ray-grass. Ils préfèrent l’acheter tout fait désormais.

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