Mercosur : le Conseil de l’UE donne son feu vert à la signature de l’accord, quelles réactions en France, en Europe et au Mercosur ?
Sans le "oui" de la France, les ambassadeurs de l'Union européenne ont donné leur feu vert ce matin à Ursula von der Leyen pour aller signer dès la semaine prochaine l'accord UE-Mercosur au Paraguay. « C’est une trahison de la souveraineté agricole européenne », réagit la FNSEA qui évoque « la colère totale des agriculteurs ». L'accord pourrait s'appliquer provisoirement dans l'attente de sa ratification finale.
Sans le "oui" de la France, les ambassadeurs de l'Union européenne ont donné leur feu vert ce matin à Ursula von der Leyen pour aller signer dès la semaine prochaine l'accord UE-Mercosur au Paraguay. « C’est une trahison de la souveraineté agricole européenne », réagit la FNSEA qui évoque « la colère totale des agriculteurs ». L'accord pourrait s'appliquer provisoirement dans l'attente de sa ratification finale.
[Mis à jour le 14 janvier avec les réactions des organisations agricoles européennes]
Comme attendu après l’inflexion de la position italienne dans le courant de la semaine, les ambassadeurs de l’UE ont donné leur feu vert, le 9 janvier lors d’une réunion du Coreper II, à la signature par la Commission européenne de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur.
La finalisation de la procédure écrite est espérée dans l’après-midi. Selon toute vraisemblance, la France, la Pologne, la Hongrie, l’Autriche et l’Irlande ont exprimé leur opposition au texte, alors que la Belgique s’est abstenue. Tous les autres États membres se seraient prononcés en faveur de l’accord.
Concernant l'accord de partenariat UE-Mercosur « aux termes de la décision adoptée aujourd'hui, l'UE signera l'accord et appliquera provisoirement une grande partie des chapitres politiques et de coopération, dans l'attente de l'achèvement des procédures de ratification », peut-on lire dans le communiqué du Conseil européen publié ce 9 janvier à 18h.
Lire aussi : Mercosur : face à la colère agricole, « la France choisit de voter contre », annonce Emmanuel Macron
Vers une ratification le 17 janvier prochain au Paraguay
« L’Europe envoie aujourd'hui un signal fort indiquant notre sérieux s'agissant de nos priorité », s’est félicité dans un communiqué la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen qui ajoute qu’il s’agit d’un « accord gagnant-gagnant ». Bruxelles estime également avoir « entendu les préoccupations » des agriculteurs et y avoir « donné suite ». Cette validation par le Conseil de l’UE ouvre maintenant la voie à une signature rapide du traité commercial dès le 17 janvier. « Je me réjouis à l'idée de me rendre au Paraguay afin que nous puissions entamer cette nouvelle ère ensemble », a d’ores et déjà indiqué Ursula von der Leyen.
Today’s Council decision to support the EU-Mercosur deal is historic.
Europe is sending a strong signal.
We are serious about creating growth, jobs and securing the interests of Europeans consumers and businesses.
With Mercosur, we are creating a shared market of 700 million… pic.twitter.com/WMGXWzFgua— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) January 9, 2026
Lire aussi : Manger européen, Mercosur, « entraves » : Que retenir du discours d’Ursula von der Leyen ?
Accord Mercosur : les Vingt-sept valident le renforcement de la clause de sauvegarde agricole
En amont de l’autorisation de signature de l’accord commercial UE-Mercosur, les ambassadeurs de l’UE ont aussi confirmé, lors de leur réunion du 9 janvier, l'accord provisoire conclu avec le Parlement européen en décembre concernant la clause de sauvegarde agricole, selon nos confrères d'Agra Presse. Comme annoncé, les membres du Coreper ont apporté des modifications de dernière minute au compromis. Ils ont donc convenu d'abaisser de 8 % à 5 % les seuils de déclenchement des enquêtes pour les produits agricoles sensibles, conformément à la position du Parlement européen. Cette manœuvre est destinée à faciliter l’adoption du texte par l’hémicycle européen au sein duquel les clauses de sauvegarde ont donné lieu à d’intenses débats en décembre 2025. Strasbourg va d’ailleurs devoir se prononcer sur la question très prochainement, potentiellement dès le mois de janvier.
Relire : Mercosur : vote des clauses de sauvegarde par les eurodéputés et accélération du calendrier
Vers un mouvement de contestation le 20 janvier à Strasbourg
« L’approbation du traité Mercosur par une majorité d’Etats membres franchit une nouvelle étape et provoque la colère totale des paysans : c’est une trahison de la souveraineté agricole européenne », réagit la FNSEA dans une communication à la presse.
Le syndicat agricole indique qu’il consultera dès ce soir son réseau pour décider des suites syndicales à donner. D’ores et déjà la FNSEA indique engager une discussion avec les autres syndicats agricoles européens du Copa pour organiser le 20 janvier à Strasbourg « une mobilisation d’envergure ». L’objectif : faire pression sur les eurodéputés pour qu’ils adoptent la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne pour suspendre l’accord.
L’approbation du traité #MERCOSUR par une majorité d’États membres franchit une nouvelle étape et provoque la colère totale des paysans : c’est une trahison de la souveraineté agricole européenne.
La FNSEA consultera ce soir son réseau pour décider des suites des actions…— La FNSEA (@FNSEA) January 9, 2026
« Le veto de la France était mobilisable en tant voulu, il n'a pas été activé », dénoncent Interbev, Intercéréales et Anvol
« Pour les filières agricoles, ce choix est inacceptable. L’Union européenne renonce à construire une politique commerciale cohérente avec les exigences imposées à ses propres producteurs, en choisissant d'acter la signature malgré une contestation forte des filières et de l’opinion publique. Ce renoncement fragilise la souveraineté alimentaire et la sécurité alimentaire des consommateurs », dénoncent pour leur part les interprofessions Anvol, Interbev et Intercéréales dans un communiqué commun. Derrière ce passage en force européen, elles dénoncent le fait que la « France a aussi une part de responsabilité, malgré son vote négatif aujourd’hui au Conseil de l’UE ».
« Lorsqu’elle disposait encore de leviers juridiques et politiques déterminants pour empêcher cette issue, elle a choisi de ne pas les utiliser pleinement. Son veto était mobilisable en temps voulu, lorsque l’unanimité s’imposait encore. Il n’a pas été activé. Elle aurait également pu saisir la Cour de justice de l’Union européenne, afin de contester la base juridique de l’accord. Là encore, ce levier n’a pas été mobilisé. Dans ces conditions, son refus exprimé aujourd’hui ne change rien : il ne pouvait plus produire aucun effet », peut-on lire dans le communiqué.
📢 𝗦𝗜𝗚𝗡𝗔𝗧𝗨𝗥𝗘 𝗗𝗘 𝗟'𝗔𝗖𝗖𝗢𝗥𝗗 𝗨𝗘-𝗠𝗘𝗥𝗖𝗢𝗦𝗨𝗥
L’Europe et la France choisissent de sacrifier leurs filières agricoles sur l’autel de la guerre commerciale
𝗟𝗜𝗥𝗘 𝗟𝗘 𝗖𝗢𝗠𝗠𝗨𝗡𝗜𝗤𝗨𝗘 𝗗𝗘 𝗣𝗥𝗘𝗦𝗦𝗘 ⬇️#mercosur #elevage #volaillefrancaise pic.twitter.com/x2sxLmFv4c— Interpro ANVOL (@Interpro_Anvol) January 9, 2026
Lire aussi : Crise agricole : que demandent les syndicats à Sébastien Lecornu, avec quels moyens de pression ?
Les réactions en Europe et dans le Mercosur
Sur la scène européenne, le vice-président du conseil des ministres d’Italie Antonio Tajani s’est félicité de la conclusion de l’accord « annoncée comme une excellente nouvelle pour l’Italie », avec l’objectif d’atteindre 700 milliards d’euros d’exportation.
« L'accord UE-Mercosur constitue une étape majeure de la politique commerciale européenne et un signal fort de notre souveraineté stratégique et de notre capacité d'action. C'est une bonne chose pour l'Allemagne et pour l'Europe. Mais 25 ans de négociations, c'est beaucoup trop long — nous devons aller plus vite », a pour sa part réagi le chancelier allemand Friedrich Merz sur X.
Du côté des pays du Mercosur, « une nouvelle étape décisive vers l'approbation de l'accord Mercosur-Union européenne, qui ouvre un marché de 750 millions de consommateurs pour les produits argentins. Un pas de géant vers l'avenir. L'Argentine prospérera » a réagi le président du sénat argentin Federico Pinedo.
Lire aussi : Agriculture : Que pensent les exportateurs du Mercosur du report de l’accord ?
Réactions contrastées des filières agricoles dans l’UE, certaines se félicitant discrètement de l’avancée de l’accord
Après le vote des ambassadeurs de l’UE du 9 janvier, l’inévitable perspective d’une signature de l’accord UE-Mercosur a, comme attendu, engendré des réactions partagées parmi les représentants de la filière agroalimentaire européenne. « Pas de surprise », pour les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) qui considèrent l’accord comme « fondamentalement déséquilibré et imparfait dans son essence même » malgré les derniers ajustements proposés par Bruxelles. Le Copa-Cogeca annonce qu’il soutiendra la manifestation organisée par la FNSEA le 20 janvier à Strasbourg.
🚨18 December, all agricultural communities came together in Brussels !
🗓️20 January, farmers’ mobilisation continues in Strasbourg 🚜
In the current political context of pressing market conditions, unmet demands and Mercosur flawed deal pushed through, we will support the… pic.twitter.com/ZfKsWeUkk8— COPA-COGECA (@COPACOGECA) January 13, 2026
Même sentiment dans la filière européenne du sucre (industriels et betteraviers) qui évoque de mesures de sauvegarde purement symboliques, « sans pertinence pratique pour les opérateurs ».
🛑The EU-Mercosur agreement is a blow to the European sugar sector
190,000t of duty-free sugar = one EU beet sugar factory’s annual output.
⚠️ 20 factories closed since 2017
⚠️ No reciprocity on standards
⚠️ Safeguards are symbolic
👉Read here : https://t.co/SZIdHuASfo pic.twitter.com/m7aaiXKBlT— EU Sugar Manufacturers (@SugarEurope) January 9, 2026
De son côté, l’association européenne des transformateurs de volaille (AVEC) déplore le vote des Etats membres de l’UE et exhorte à présent le Parlement européen à rejeter le texte. Et d’estimer qu’avec les quotas prévus par l’accord Mercosur (180 000 tonnes), les importations totales représenteraient 9 % de la consommation totale de volaille de l’UE , « exerçant une pression insoutenable sur les producteurs européens, soumis aux normes les plus strictes au monde en matière de sécurité alimentaire, de bien-être animal, de protection de l’environnement et de normes sociales ».
📢 PRESS RELEASE: EU - #Mercosur Agreement: Following Council approval, 𝗔𝗩𝗘𝗖𝘂𝗿𝗴𝗲𝘀𝘁𝗵𝗲𝗘𝘂𝗿𝗼𝗽𝗲𝗮𝗻𝗣𝗮𝗿𝗹𝗶𝗮𝗺𝗲𝗻𝘁𝘁𝗼𝗿𝗲𝗷𝗲𝗰𝘁𝘁𝗵𝗲𝗱𝗲𝗮𝗹
Today’s Council approval is deeply concerning.
🆘 The European Parliament now has a clear responsibility… pic.twitter.com/mZ8kgterig— AVEC (@AvecPoultry) January 9, 2026
A contrario, l’association laitière européenne (EDA) a salué discrètement, sur X, la validation d’un accord « qui ne manquera pas d'apporter croissance économique et résilience à l'Europe ».
EDA applauds the backing of the EU-Mercosur Partnership agreement.
This represents a major breakthrough highlighting the EU’s trade ambitions the success of its negotiations, and will be sure to bring economic growth and resilience to Europe. 🤝— European Dairy Association (@EDA_Dairy) January 9, 2026
Pour les entreprises vins de l’UE (CEEV), son secrétaire général Ignacio Sanchez Recarte a salué le vote de l’accord sur linkedin estimant que l’application de ce traité commercial permettra de « renforcer les relations commerciales avec des partenaires de confiance » à une époque marquée par une incertitude géopolitique et économique croissante. « Avec un fort potentiel de croissance pour les vins de l’UE au Brésil, l’élimination progressive des droits de douane contribuera à ouvrir de nouvelles opportunités pour les producteurs », écrit-il encore appelant désormais le Parlement européen à ratifier rapidement l’accord.
En France, deux motions de censure contre le gouvernement Lecornu
En France malgré l’annonce le 8 janvier d’Emmanuel Macron du vote contre l’accord UE-Mercosur, les partis FLI et RN ont décidé de déposer une motion de censure du gouvernement, dénonçant une mauvaise stratégie du président de la République et de son Premier ministre sur le dossier.
Deux motions qui n'ont pas été adoptées ce 14 janvier par l'Assemblée nationale.