Marketing du vin : « Il faut simplifier le discours, écouter et échanger avec le consommateur »
Pour sortir du lot et parler aux jeunes, les négociants Jean-Charles Mathieu et Anthony Aubert innovent régulièrement : packaging colorés, présence sur les réseaux sociaux. Et ça fonctionne.
Pour sortir du lot et parler aux jeunes, les négociants Jean-Charles Mathieu et Anthony Aubert innovent régulièrement : packaging colorés, présence sur les réseaux sociaux. Et ça fonctionne.
Le monde du vin réserve encore quelques success-stories. Jean-Charles Mathieu et Anthony Aubert, fraîchement revenus des États-Unis vers Carcassonne, ont lancé leur activité de négoce en 2019 avec la volonté de faire, ou faire faire, du vin « à notre sauce », comme l’explique Anthony Aubert. Négoce à 100 %, ils achètent le raisin ou le jus à une trentaine d’apporteurs, à des cours plutôt un peu au-dessus du marché.
« L’univers du vin est saturé alors il faut sortir du lot, assène Anthony Aubert. Comment ? Avec un packaging innovant, coloré et une forte présence sur les réseaux sociaux. » C’est d’ailleurs comme ça qu’ils se sont fait remarquer pendant le Covid.
S’ils s’approvisionnent sur les terroirs d’altitude pour avoir « des profils de vins frais, fruités avec peu d’alcool, on met davantage en avant les cépages que les AOC », indique-t-il.
Un QR code qui permet de passer un message au destinataire de la bouteille
Et surtout, ils testent constamment des nouveautés hors des sentiers battus : un blouge à boire frais, deux pétillants sans alcool qui connaissent un grand succès, « 15 % de nos ventes ! » glisse-t-il, un vin avec un QR Code qui permet de passer un message à la personne à qui l’on offre la bouteille, une étiquette NFT (œuvre numérique certifiée authentique) et même, de la « vinif’ » jusqu’au packaging et à la commercialisation. « L’IA a sorti un cahier des charges plutôt bien fait, il y avait juste quelques erreurs en vinification », témoigne Anthony Aubert.
Six ans après leurs débuts, Aubert & Mathieu développent un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros, dont 70 % à l’export avec une progression à deux chiffres (+ 47 % l’an passé !).
« On avait 28 ans quand on a lancé l’entreprise, rappelle Anthony Aubert, donc on a le sentiment de savoir ce que veulent les jeunes consommateurs. L’innovation, c’est notre ADN, il faut parler d’autre chose que du terroir car c’est devenu élitiste. On parle beaucoup plus de moments de consommation. Sur Wine Paris, les gens nous disaient que c’était leur meilleur stop parce qu’ils passaient un bon moment, sans trop parler technique. Il faut simplifier le discours, écouter et échanger avec le consommateur. »
Ils ont la dent un peu dure contre les professionnels de la filière qui pensent « encore que le concurrent c’est le voisin alors que ce sont les Italiens et les Espagnols, regrette-t-il. L’innovation, on en parle beaucoup dans la filière mais où sont les actes ? Les ODG, les interpro, ça ne bouge pas… Le monde a changé, il faut s’adapter ». À bon entendeur…