Maraîchage : diversifier ses cultures contre les adventices
Le CTIFL de Carquefou étudie, dans le cadre du projet Solad FL, la diversification de la succession culturale en maraîchage plein champ pour réduire le stock semencier d’adventices sans désherbage chimique ou manuel. Au bout d’un an, les premiers résultats sont prometteurs.
Le CTIFL de Carquefou étudie, dans le cadre du projet Solad FL, la diversification de la succession culturale en maraîchage plein champ pour réduire le stock semencier d’adventices sans désherbage chimique ou manuel. Au bout d’un an, les premiers résultats sont prometteurs.
Peut-on vraiment se passer du désherbage chimique en maraîchage pleine terre grâce à la seule diversification culturale ? C’est la question à laquelle tente de répondre le CTIFL dans le cadre du projet Solad FL. Après un an, le système diversifié montre déjà des résultats très prometteurs avec une gestion avancée de l’interculture.
Un objectif ambitieux
L’objectif est ambitieux, « deux fois moins d’adventices et une structure des communautés plus équilibrée après quatre ans de succession culturale », annonce Sébastien Picault, chercheur au CTIFL de Carquefou, en Loire-Atlantique. Cet objectif permettrait surtout de rendre efficaces des « techniques de désherbage qui n’ont une efficacité que dans des conditions de faible pression d’adventices », précise-t-il, techniques également étudiées dans d’autres volets du projet (désherbage par micro-ondes, laser, herbicides de biocontrôle…). Dans l’essai, aucun désherbage manuel n’est autorisé sur l’ensemble de la succession culturale car cette pratique est trop coûteuse pour être mise en place par les maraîchers. La stratégie se veut concrète et adaptée aux systèmes de production sur plusieurs hectares. Afin de s’assurer qu’elle fonctionne dans un scénario sans herbicides, aucun désherbage chimique n’est réalisé.
Deux stratégies mises à l’épreuve
Deux successions culturales sont comparées : une référence basée sur ce qui est observé dans la région nantaise, et une succession diversifiée comprenant deux cultures et deux couverts d’interculture en plus sur quatre ans par rapport à la référence. Le choix de la culture de départ s’est porté sur la carotte, une culture particulièrement sensible à la concurrence des adventices. Elle est volontairement la même pour les deux successions culturales. « L’idée, c’est de faire un état des lieux de l’enherbement de départ », explique le chercheur. Les deux successions se différencient après cette première culture, à la première interculture. « Dans la référence, dès septembre 2025 nous avons mis en place un couvert composé de radis fourrager et de trèfle raboteux. Pour la succession diversifiée, nous sommes partis sur du ray-grass d’Italie », décrit Sébastien Picault. Le ray-grass permet d’intégrer une graminée dans une succession à forte dominance de dicotylédones pour rompre ainsi le cycle des adventices. Le couvert du système diversifié a été détruit au cultirateau le 3 mars, celui du système de référence le 28 avril, soit presque deux mois plus tard. Le couvert est suivi d’une pomme de terre primeur sous tunnel nantais implantée mi-mars dans la succession diversifiée, et d’une patate douce plantée fin mai pour la rotation de référence.
Un stock déjà réduit après un an
Après la première culture de carottes, le constat est sans appel. « Sans désherbage, une culture de carottes c’est 100 % de pertes », prévient le chercheur. Du côté des adventices, un comptage a été réalisé. « On a dénombré en moyenne mille plantes au mètre carré, dont 80 % de pourpier, adventice particulièrement difficile à gérer », expose Sébastien Picault.
Plusieurs faux semis réalisés entre la destruction du couvert et la plantation de la culture suivante ont éliminé une première vague de levées de pourpier dans le système diversifié. Ensuite, « le tunnel nantais mis en place pour la culture de pommes de terre primeurs a favorisé le développement très précoce du pourpier et a joué un rôle de faux semis : les levées de pourpier ont été systématiquement détruites lors des binages après le retrait du tunnel », se félicite Sébastien Picault.
Au 16 juin, à la veille de la récolte des pommes de terre, les premiers résultats confirment l’intérêt de la stratégie. « Dans le système diversifié, nous constatons beaucoup moins d’adventices à l’heure actuelle que dans le système de référence », observe le chercheur, avec près de 90 % de pourpier en moins.
En contrepartie, « le ray-grass d’Italie est passé de couvert d’interculture à adventice, constate Sébastien Picault, qui se veut rassurant. Nous avons fait quelques prélèvements, a priori les rendements sont bons malgré le ray-grass ». Le chercheur y voit toutefois davantage un défaut de conduite qu’une limite de la stratégie. « À la place d’un passage de cultirateau pour le détruire, nous aurions dû réaliser un travail du sol plus profond avec une rotobêche », préconise-t-il. L’expérimentation se poursuit encore sur trois ans.
Repères :
Solad FL est l’acronyme de SOLutions pour une meilleure gestion des ADventices dans les cultures de Fruits et Légumes.
Durée 5 ans (2024-2029)
Financement Parsada
Pourquoi diversifier ses cultures ?
Plus de cultures, plus de couverts, c’est le mot d’ordre pour le système diversifié à l’étude. « Plus la succession culturale est diversifiée, moins on aura de problèmes d’adventices », avance Sébastien Picault, chercheur au centre CTIFL de Carquefou. En effet, une diversification des cultures de la succession permet de rompre le cycle biologique des adventices grâce à des périodes de semis et de récolte plus variées. Elle offre également davantage de possibilités pour adapter les pratiques de désherbage. Enfin, l’ajout dans la succession de cultures qui couvrent rapidement le sol permet de limiter le développement des adventices. L’ensemble de ces leviers contribuent progressivement à épuiser le stock semencier d’adventices.