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Loup : un nouveau cadre réglementaire pour les tirs de défense des troupeaux bovins

Pour les troupeaux bovins, il n’y a pas d’aides de l’État pour s’équiper de moyens de protection contre le loup. Un arrêté publié en juin 2025 définit un nouveau cadre réglementaire pour les tirs dérogatoires contre le prédateur, qui sont désormais possibles selon deux voies. Et dès 2026, la réglementation va évoluer vers des tirs de défense en régime déclaratif. 

[Mis à jour le 24/09/2025]

« Les troupeaux bovins ne peuvent pas bénéficier du dispositif d’aide à la protection, en l’absence de référentiel de protection dédié, tel qu’il existe pour les troupeaux ovins et caprins », est-il indiqué dans la dernière lettre d’information Infoloup du ministère de la Transition écologique et de la Biodiversité. Mais depuis juin 2025, les tirs contre le loup pour la défense des troupeaux bovins bénéficient d’un nouveau cadre réglementaire.

Prévu par l’article 47 de la loi d’orientation agricole, l’arrêté du 21 juin 2025 fixe les mesures de réduction de la vulnérabilité des troupeaux de bovins, dont une au moins doit être mise en œuvre pour qu’une dérogation pour un tir de défense contre le loup soit accordée. Cet arrêté prolonge celui du 7 février 2025, qui introduisait les nouvelles modalités de tirs.

Territoires à risque avéré de prédation

Deux voies sont désormais possibles pour accéder à un tir de défense contre le loup pour les troupeaux bovins (ou équins). La première est « individuelle » : elle peut être obtenue auprès de la préfecture si le troupeau a subi une prédation dans la dernière année et que l’éleveur a mis en place au moins un des moyens de réduction de la vulnérabilité.

La seconde s’applique aux éleveurs de troupeaux n’ayant pas fait l’objet d’une attaque dans les douze derniers mois, mais situés dans des territoires soumis à un risque avéré de prédation, c’est-à-dire en cercle 0 ou cercle 1. Dans ce cas, une analyse de la vulnérabilité des exploitations portant sur un territoire homogène, tant en termes géographique que de modes de conduite des élevages, doit être validée par le préfet coordonnateur du plan d’action national loup. Une justification au cas par cas est ensuite à déposer auprès du préfet du département en faisant état des moyens de réduction de la vulnérabilité du troupeau.

Le tir de défense simple est défini par de nombreuses conditions : il s’effectue uniquement à proximité du troupeau concerné, durant l’exposition du troupeau à la prédation, par un seul tireur (une seule personne par lot et par opération), sur les surfaces mises en valeur par le bénéficiaire de la dérogation ainsi qu’à leur proximité immédiate. Seules des armes de catégorie C peuvent être utilisées. L’utilisation de lunettes de tir à visée thermique est réservée aux lieutenants de louveterie et aux agents de l’OFB.

Comment cette nouvelle réglementation sera-t-elle déployée sur le terrain ? L’exaspération des éleveurs est à son comble. Dans un communiqué commun du 30 juin, la FNSEA, JA, et les associations spécialisées animales dénonçaient, que jusqu’à récemment, alors que les trois-quarts des tirs en direction d’un loup étaient mis en œuvre par les lieutenants de louveterie, leur envoi soit désormais restreint aux seules exploitations ayant subi au moins deux prédations au cours des quatre derniers mois. « C’est priver les éleveurs des moyens de se défendre. Cela aura pour conséquence de faire exploser le nombre de victimes. »

Reclassement du statut du loup

La Coordination rurale constate dans un communiqué du 15 juillet que « quand l’action des lieutenants de louveterie et celle des chiens de protection se révèlent insuffisantes à juguler les attaques contre les troupeaux, c’est que la stratégie de l’État en la matière n’est plus adaptée à la pression démographique des loups dans certains territoires. »

La Confédération paysanne dénonce « l’abandon des éleveurs bovins qui n’auront pas de financement pour la protection de leurs troupeaux. » Elle demandait notamment la prise en charge de la protection des troupeaux bovins et pour les éleveurs volontaires, la généralisation des dispositifs de bergers d’appui pour le soutien des éleveurs prédatés.

Cette évolution est contestée par principe par les défenseurs du loup. Par exemple pour Ferus, « les tirs de prélèvement, loin d’être une solution, désorganisent les meutes et peuvent augmenter les prédations sur les troupeaux ».

La réglementation autour du loup est encore amenée à changer en 2026, prévenait par ailleurs le ministère de l’Agriculture, en juin. Le reclassement du statut du loup de « strictement protégé » à « protégé » au niveau européen, amènera de nouvelles modalités de gestion du prédateur en droit français.

Lors de la réunion du 23 septembre 2025 du groupe national loup, la préfète d'Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé le passage dès 2026 du régime d’autorisation à un système déclaratif pour les tirs de défense. Une autorisation de la préfecture ne sera plus nécessaire pour recourir à des tirs de défense contre le loup. Ils seront possibles sur simple déclaration. Ces règles de tirs applicables aux ovins et caprins seront homogénéisés aux bovins et équins

Lire aussi : Loup : le système de tirs de défense assoupli par l’Etat (24/09/2025)

 

Onze mesures de réduction de la vulnérabilité des troupeaux bovins Pour obtenir une autorisation de tir de défense contre le loup, les éleveurs de bovins doivent pour chaque lot d’animaux avoir mis en œuvre au moins une des mesures de réduction de la vulnérabilité des troupeaux suivantes :

  • Vêlages en bâtiment ou en parcs renforcés, ou à proximité immédiate ;
  • Élevage d’animaux de moins de 12 mois en parcs renforcés proches des bâtiments d’exploitation ou en bâtiment ;

  • Mélange d’âges et de types de bovins et équins (pas d’animaux de moins de 12 mois seuls) ;

  • Présence de bovins à cornes dans le lot concerné ;

  • Regroupement des lots pour constituer des troupeaux plus importants en nombre ;

  • Utilisation d’un système d’alerte et intervention humaine : colliers GPS connectés sur les animaux ou utilisation des pièges photos GSM disposés sur les zones de pâturage qui peuvent alerter de la présence des loups ;

  • Regroupement nocturne dans une enceinte protégée (en bâtiment ou par une clôture électrique) ;

  • Mise en défens (clôtures) des zones dangereuses comme les barres rocheuses ;

  • Une des mesures de protection au sens de l’arrêté du 30 décembre 2022 parmi : gardiennage renforcé ou surveillance renforcée, chiens de protection des troupeaux, parcs électrifiés ;

  • Renforcement du rythme d’inspection des animaux pour atteindre au moins une visite quotidienne pour les lots qui ne seraient pas déjà soumis à cette obligation au titre de l’arrêté du 25 octobre 1982 modifié (arrêté définissant les obligations de maintien en bon état de santé et d’entretien) ;

  • Toute autre mesure découlant d’une analyse technico-économique territoriale validée par le préfet coordonnateur

 

Les cercles évaluent le niveau de risque de prédation par le loup

Une classification des communes, mise à jour chaque année par la préfecture, permet d’évaluer le niveau de risque lié à la prédation du loup. Si une commune est placée en cercle 3, cela signifie qu’elle se situe à proximité d’un département où la présence du prédateur est avérée. Le cercle 2 regroupe les communes où la prédation est jugée probable. Le cercle 1 correspond à une prédation par le loup avérée sur une commune, c’est-à-dire qu’au moins un constat de dommages n’excluant pas la responsabilité du loup a été établi au cours des deux années précédentes. Le cercle 0 caractérise les communes où le nombre moyen d’attaques avérées de loup est supérieur ou égal à 15 par an.

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