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Un agriculteur sur cinq se dit « désespéré » face à l’avenir du métier, selon l’enquête Vox-Agri

En 30 ans l’avenir du métier d’agriculteur s’est assombri. 20% des agriculteurs interrogés dans une enquête réalisée par Réussir/Cevipof/Agro Toulouse se disent « désespérés » contre 5% lors d’une enquête similaire en 1998.

 

De gauche à droite : Nicole Ouvrard, directrice générale du groupe Réussir-Agra, François Purseigle, professeur des universités à Agro Toulouse et Pierre-Henri Bono, chercheur au Cevipof (Sciences Po) lors de la présentation du baromètre Vox-Agri à Sciences Po.
De gauche à droite : Nicole Ouvrard, directrice générale du groupe Réussir-Agra, François Purseigle, professeur des universités à Agro Toulouse et Pierre-Henri Bono, chercheur au Cevipof (Sciences Po) lors de la présentation du baromètre Vox-Agri à Sciences Po.
© Nathalie Marchand

[Mis à jour le 3 octobre avec la vidéo de Sciences Po et l'étude complète à télécharger]

A propos de l’avenir des agriculteurs en général, 20% des exploitants agricoles ayant répondu à l’enquête Vox-Agri se déclarent « désespérés » (contre 5% lors d’une enquête similaire réalisée en 1998 par Bertrand Hervieu et Jean Viard). 

Un score qui monte même jusqu’à 26,4% pour les producteurs de grandes cultures, 29,3% chez les viticulteurs et 29,6% du côté des éleveurs ovins et caprins. Et s’élève à « seulement » 16% en bovins lait et 14,4% en bovins viande. 

Nous observons une minorité de confiants, et un nombre croissant de personnes qui se déclarent désespérées

« C'est un point saillant de notre enquête, nous observons une minorité de confiants, et un nombre croissant de personnes qui se déclarent désespérées, ce qui peut les pousser à se mobiliser dans la rue ou à se replier sur eux-mêmes », commente le sociologue François Purseigle, professeur des universités à Agro Toulouse, lors de la présentation de cette enquête réalisée par Réussir/Cevipof/Agro Toulouse avec 1082 exploitants agricoles répondant entre le 4 avril et le 28 juin 2025 (1), le 29 septembre à Sciences Po.

Lire aussi : François Bayrou : huit agriculteurs sur dix insatisfaits de son action

Quasi un agriculteur sur deux et sept viticulteurs sur dix estiment que leur situation financière va se dégrader

Selon l’enquête, 44% des agriculteurs se déclarent inquiets (contre 50% en 1998), à l’inverse seuls 10% se disent confiants (contre 20% en 1998). Les agriculteurs du Sud-Ouest de la France se montrent les plus pessimistes avec 28,4% des exploitants interrogés se déclarant désespérés et 53,3% inquiets. A l’inverse, ils sont seulement 28% à se déclarer inquiets dans le Nord-Ouest et 19% désespérés.

 Si l’on compare avec la confiance de l’ensemble des ménages français, les agriculteurs évaluent leur situation de manière beaucoup plus critique

Des déclarations à rapprocher de la situation personnelle des exploitants agricoles. 58% des agriculteurs ayant répondu à l’enquête Vox-Agri déclarent que leur situation financière s’est dégradée, une part qui monte à 83% chez les viticulteurs et 76,6% chez les éleveurs ovins et caprins. « Si l’on compare avec la confiance de l’ensemble des ménages français (enquête Insee, ndlr) les agriculteurs évaluent leur situation de manière beaucoup plus critique », commente Pierre-Henri Bono, chercheur au Cevipof (Sciences Po).

Et 46% estiment que leur situation financière va se dégrader dans les 12 prochains moins (ce score monte à 71,9% chez les viticulteurs), contre seulement 13% qui pensent que leur situation va s’améliorer.

Lire aussi : Les agriculteurs se sentent de moins en moins écoutés par les politiques mais aussi leurs syndicats

Près de 20% des agriculteurs et 38% des viticulteurs jugent la rentabilité de leur exploitation très difficile

Plus précisément 56,8% des agriculteurs ayant répondu à l’enquête ont une confiance limitée dans l’avenir économique de leur exploitation (18,3% pas du tout confiance et 38,5% peu confiance) un score qui monte même à 70% pour les producteurs de grandes cultures et 72% pour les viticulteurs, et 46,3% jugent leur rentabilité difficile voire très difficile (pour 19,8% des agriculteurs, et même 37,8% pour les viticulteurs). 

Lire aussi : UE-Mercosur : huit agriculteurs français sur dix jugent l’accord mauvais voire très mauvais

Quand on les interroge sur leurs projets dans les 5 années qui viennent, 29,2% des agriculteurs ayant répondu déclarent qu’ils vont maintenir la taille de l’exploitation, 19,3% qu’ils vont la transmettre et 18,2% cesser leur activité. Seuls 17,5% répondent vouloir augmenter de taille et 14,6% diversifier leurs activités de production agricole.

Lire aussi : Inquiets pour leurs revenus, près de 50% des agriculteurs envisagent de produire de l’énergie

Seul un agriculteur sur deux pense investir dans les deux ans

51,7% des agriculteurs prévoient des investissements dans les deux ans à venir majoritairement dans des bâtiments ou du matériel. Parmi les 48,3% des agriculteurs déclarant ne pas prévoir d’investir 28,8% expliquent que c’est parce qu’ils n’ont pas la capacité de le faire et 13,7% parce qu’ils sont en fin de carrière. 

Relire : Elections européennes : pour qui les agriculteurs vont-ils voter ?

(1) Consultation par courriel sur 130 000 adresses d’exploitants agricoles redressement à partir de l’âge, du sexe, de la région du répondant et des résultats aux élections chambres d’agriculture 2025.

Lire l’étude complète Vox-Agri

vox_agri.pdf (2.06 Mo)

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