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Etude
Les raisons de la colère agricole : des revendications hétérogènes en 2024 selon les pays européens

Une étude parue dans la revue Food Policy en janvier 2026 analyse les raisons pour lesquelles les agriculteurs manifestent depuis début 2024. Selon les quatre pays sondés, les premières revendications divergent. En France, les difficultés financières sont les plus évoquées par les sondés. 

Convoi de tracteurs sur l'A10 à proximité d'Allainville (78) en direction de Paris pour manifester le 26 janvier 2024 à l'appel de la FNSEA et JA Ile-de-France.
Les résultats de l’étude publiée en janvier 2026 dans la revue Food Policy mettent en avant un large panel de revendications qui conduisent les agriculteurs à manifester, loin d’un mouvement homogène à l’échelle européenne.
© Hélène Challier

« Selon vous, pour quelles raisons les agriculteurs manifestent-ils ? » C’est la question qu’ont posée des chercheurs français, allemands, belges et néerlandais à 2 232 agriculteurs après les manifestations agricoles de l’hiver 2024. Leur étude parue en janvier 2026 dans la revue Food Policy, analyse les réponses des sondés et livre une image hétérogène des revendications en fonction des pays. 

Lire aussi : Crise agricole : que demandent les syndicats à Sébastien Lecornu, avec quels moyens de pression ?

Quelles sont les raisons des mobilisations avancées par les agriculteurs selon les pays européens ? 

Les difficultés financières en première position en France

En France, 53 % des agriculteurs répondants ont mentionné dans leur argumentaire les difficultés financières associées à leur métier. « En France et en Belgique, plus d’un agriculteur sur deux évoque la faiblesse des revenus, la hausse des coûts des intrants et des prix jugés insuffisamment rémunérateurs », commentent dans The Conversation Sophie Thoyer et Pauline Lecole co-autrices de l’étude et chercheuses à l’Inrae et Montpellier SupAgro. 

Relire : Revenu agricole dans l’Union européenne : où se situe la France ?

Les agriculteurs allemands, belges et néerlandais en colère contre la politique nationale

Pour les trois autres pays, les griefs les plus répandus sont différents selon les Etats. En Allemagne, les agriculteurs évoquent en particulier la charge administrative (53 %). Les Belges ont quant à eux des revendications multiples alors que les Néerlandais sondés sont concentrés sur l’insatisfaction politique (52 %).

Cette dernière occupe une place importante chez les quatre nationalités d’exploitants sondés, mais à des échelles variables. « Chez les agriculteurs allemands et belges, la critique du gouvernement à l’échelle nationale prévaut. En revanche, les plaintes des exploitants français sur la politique visent surtout les politiques européennes », précise l’étude. 

Graphique des raisons de mobilisation déclarées par les agriculteurs selon les pays.
Pourcentage de fréquences des raisons de mobilisation déclarées par les agriculteurs en fonction des pays. 
Crédit : Läpple et al. 2026. Traduction par les autrices de l'étude Sophie Thoyer et Pauline Lecole pour The Conversation

Relire : Les agriculteurs se sentent de moins en moins écoutés par les politiques mais aussi leurs syndicats

La focalisation des pouvoirs publics sur les normes environnementales après les manifestations 

Les résultats mettent en avant un large panel de revendications qui conduisent les agriculteurs à manifester, loin d’un mouvement homogène à l’échelle européenne. Les auteurs et autrices notent que le poids des régulations environnementales n’arrive qu’en septième position des griefs en France (7 %), en Allemagne (20 %) et aux Pays-Bas (17 %).

Pourtant, dans ces trois pays, cette revendication a été l’un des plus gros chantiers législatifs suite aux manifestations. Notons par exemple en France la mise en pause du plan Ecophyto en février 2024 et les débats sur la loi Duplomb visant à l’allégement des contrôles liés aux normes environnementales. Pour les chercheuses de l’Inrae et de Montpellier SupAgo, cela suggère que les politiques ont mis une « attention disproportionnée » sur le sujet alors que les sondés s’en sont montrés peu préoccupés. « Cet écart renvoie à des débats plus larges sur le pouvoir des lobbies et l'économie politique : les groupes d'intérêt recadrent souvent la réglementation environnementale pour en faire un champ de bataille symbolique », conclut l’étude. 

Lire aussi : Réintroduction de l’acétamipride : Laurent Duplomb revient avec une nouvelle proposition de loi

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