Les élevages laitiers français ont intensifié leurs investissements sur les deux dernières campagnes
Alors que le prix du lait devrait baisser sur la campagne 2026-2027, les indicateurs économiques témoignent d’une accélération des investissements ces dernières années. La vigilance est de mise.
Les fermes françaises sortent d’un tunnel d’investissements rarement vu sur les deux bonnes campagnes laitières alors que le prix du lait s’engage dans une phase descendante. « Le secteur vit une période de forte mutation, confirme Benoît Rubin, chef du département économie de l’Institut de l’élevage. On était habitué à un ratio d’investissement de 1 euro par litre de lait par an. C’est près du double sur les deux dernières années. »
En comparant les annuités d’emprunt de 700 fermes du Grand Ouest (panel du centre de gestion Cogedis) sur les périodes 2021-2023 et 2024-2025, on observe qu’elles ont été multipliées, en moyenne annuelle entre les deux séquences, par deux à 25 000 euros en « bâtiment-foncier » et ont progressé de 50 % à 60 500 euros en « matériel-traction ». Le constat est le même dans le réseau Inosys des chambres d’agriculture et de l’Institut de l’élevage (420 fermes tous systèmes).
Besoin de modernisation
« Pour les seuls élevages conventionnels de plaine (67), les amortissements ont augmenté de 11 % entre 2023 et 2024, explique Yannick Péchuzal, ingénieur d’études à l’Institut de l’élevage. Soit + 6 euros pour 1 000 litres sachant que le volume de lait vendu a aussi progressé de 4,1 % en moyenne. »
Sur une période plus longue (2020-2024), le bond des investissements apparaît encore plus significatif. Les amortissements totaux ont gagné 23 euros pour 1 000 litres (10 en bâtiment, 13 en matériel) pour accompagner la croissance de la production (+ 60 000 l vendus) dans un contexte de prix du lait favorable (+140 €/1 000 l). Cependant, « il n’y a pas eu complète dilution des investissements dans les volumes de lait supplémentaires, ce qui témoigne bien de besoins de modernisation et d’accompagnement de la croissance des élevages », poursuit Yannick Péchuzal.
80 à 90 % des installations de traite se font en robot
Cette phase de transformation intervenue dans une conjoncture porteuse résulte également de l’important renouvellement de chefs d’exploitation de ces dernières années. Selon Christophe Perrot, chargé de mission économie et territoires à l’Institut de l’élevage, « 38 % des éleveurs de 2018 sont partis en retraite en 2024. 50 % seront sortis en 2027 », explique-t-il. Les nouvelles générations ont apporté des idées nouvelles et des besoins en investissements spécifiques, en particulier en robots de traite. Aujourd’hui, « 80 à 90 % des installations se font en traite robotisée », précise encore Benoit Rubin. La part des fermes avec robots est ainsi passée de 13 à 24 % entre 2021 et 2024.
Quelles conséquences de cette injection de capital ?
Selon les économistes de l’Institut de l’élevage, tout retournement de conjoncture peut fragiliser les investisseurs, les marges aux 1 000 litres étant plus faibles quand on amortit des investissements récents. Yannick Péchuzal relève ainsi qu’entre 2023 et 2024, les coûts aux 1 000 litres ont augmenté de 14 euros pour le coût de production, 6 euros pour le coût de revient. C’est encore plus spectaculaire entre 2020 et 2024 : + 146 euros pour le coût de production, + 117 euros pour le coût de revient. Évidemment, cette progression est due aussi aux « prix d’achats en forte hausse ». Mais comment s’effectuera demain la transmission de ces structures de plus en plus dotées en capital ?