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Jean-David Chevallier, agriculteur en Côte d’Or communiquant sur LinkedIn
« Le monde agricole est très taiseux, les anciens ne disaient pas les choses, et ça nous a porté préjudice »

Cet été, Réussir.fr vous propose des échanges avec celles et ceux qui communiquent sur le monde agricole et leur métier. Rencontre avec Jean-David Chevallier, agriculteur en Côte-d’Or qui partage son quotidien depuis la zone intermédiaire, sur les réseaux sociaux.

Jean-David Chevallier avec une de ces vaches laitières de race Blonde sur son Gaec en Côte d'Or
Jean-David Chevallier souhaite mettre en avant les zones intermédiaires qu'il considère comme "les grandes oubliées de la politique agricole et des syndicats".
© Jean-David Chevallier

Avant de s’installer en 2023 sur la ferme familiale en Côte-d’Or, Jean-David Chevallier a d’abord été technicien d’élevage sur l’exploitation d’un lycée agricole pendant 12 ans. C’est dans le Châtillonnais qu’il élève aujourd’hui, avec ses deux associés, son cousin et son oncle, 110 vaches Brunes pour l’AOP Epoisses

Sur les 273 ha de SAU, les trois associés cultivent 50 ha de prairies temporaires, 50 ha de maïs ensilage, 10 ha de sorgho monocoupe et dédient 50 ha à la prairie permanente. Le reste est cultivé en céréales. En 2021, la famille décide de passer en agriculture de conservation des sols. En parallèle, et depuis plusieurs années, Jean-David Chevallier partage son quotidien en ligne, notamment sur LinkedIn, où il prend le temps d’échanger avec humilité sur son expérience du métier d’agriculteur Il a également rejoint la promotion 2026 des Voix agricoles, un réseau d’agriculteurs, d’agricultrices et de lycéens agricoles formés à partager leur témoignage et leur quotidien depuis le terrain. 

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Réussir.fr : Comment avez-vous commencé à communiquer sur les réseaux sociaux ? 

C’est le manichéisme du tout est bon ou du tout est mauvais qui m’a poussé à me lancer

Jean-David Chevallier : J’ai travaillé une dizaine d'années dans la ferme d’un lycée agricole. A l’époque, c’était l’avènement des vidéos chocs sur les élevages. C’est le manichéisme, du « tout est bon » ou « tout est mauvais » qui m’a poussé à me lancer sur les réseaux sociaux pour parler d’agriculture. Sans nier que les dérives et les abus existent, bien sûr, j’avais l’impression que ce que l’on voyait dans ces vidéos était généralisé. Alors que ce n’était pas du tout mon quotidien. Beaucoup de choses ont évolué aussi ; aujourd’hui, je trouve que les personnes qui sont censées défendre le monde agricole sont déconnectées du terrain et ça m’a motivé à partager mon expérience.  

Y-a-t-il eu un déclic ?

Pas spécialement, mais d'un point de vue plus personnel, ma compagne a fait un lycée agricole alors qu’elle n'est pas du tout issue du milieu. Ma belle-famille ne connaissait pas du tout le secteur agricole. Et j'ai vu, à l'époque la scission, pas forcément négative, qu'il y avait entre le monde agricole et le reste du monde, avec des a priori négatifs ou parfois positifs. Je me suis dit que je pouvais contribuer à réduire ce fossé à mon niveau. 

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Sur quel réseau êtes-vous présent ? 

Au début, j’ai commencé sur Facebook et X (Twitter). Puis, de fil en aiguille, il y a deux ou trois ans, j'ai découvert LinkedIn. J'ai aussi un compte Instagram et je me suis créé un compte TikTok récemment. Comme ce n’est pas du tout les mêmes réseaux, il faut adapter le contenu à son auditoire.  

À qui souhaitez-vous vous adresser ? 

Cela dépend vraiment du réseau social. X (Twitter), aujourd’hui, je m’en sers plutôt pour échanger des données, des techniques avec d’autres agriculteurs. Je ne pense pas que ce soit un réseau où les profils comme le mien sont beaucoup mis en valeur pour toucher un public nouveau. À l’inverse de LinkedIn où il est aussi bien possible de toucher un public qui ne connaît pas le sujet, qu’un public assez expert ce que je trouve très intéressant.

Pourquoi avoir choisi de vous exprimer sur Linkedin ?

LinkedIn est plus sérieux, je vais souvent plus loin dans les raisonnements. Mais j’ai mis du temps à investir ce réseau social, parce qu’au début de ma carrière, j’avais un peu le syndrome de l’imposteur. Je ne voulais pas trop me mettre en avant mais j’avais l’envie de communiquer d’un point de vue plus technique. Quand je me suis installé, je me suis senti plus légitime à prendre la parole, surtout sur le sujet de la transmission puisqu’entre 2021 et 2028, il y aura eu trois installations, dont la mienne et uniquement dans la famille.

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Vous parlez d'installation, avez-vous d’autres sujets de prédilection ? 

Oui, sur des sujets plus politiques, par exemple il y a eu l’opposition au libre-échange avec le Mercosur. Je défends aussi les producteurs laitiers sur le prix du lait. J’essaie d’expliquer le fonctionnement de cette filière. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai été contacté par Marine Colli pour intégrer le réseau Les Voix Agricoles dont le but est d’aider des agriculteurs et agricultrices à prendre la parole depuis le terrain. 

Relire : Les Voix agricoles : « L’objectif c’est de faire entendre la voix d’agriculteurs qui ont envie de s’exprimer »

Sur LinkedIn, dans votre paragraphe d’informations, vous mentionnez habiter en zone intermédiaire. Pourquoi est-ce important de communiquer depuis ces territoires ? 

Les zones intermédiaires sont les grandes oubliées de la politique agricole et des syndicats

Dans mon cheminement personnel, j’ai été bercé par la vente directe et les produits locaux dans ma première expérience professionnelle. Quand je me suis installé, j’ai découvert la filière longue, où notre Gaec n’est qu’un numéro parmi d’autres pour une coopérative. Nous avons rejoint une AOP, ce qui correspond plus à notre façon de voir les choses avec une filière, certes longue mais plus vertueuse et des cahiers des charges qui mettent en valeur un système herbager et l'autonomie. Dans la diagonale du vide, ce sont ces filières qui permettent de garder des emplois et de perpétuer un savoir-faire local

Les zones intermédiaires sont aussi les grandes oubliées de la politique agricole et des syndicats. Par exemple, nous ne nous sentons pas forcément représentés par la loi d’urgence. Il y a vraiment une coupure politique et syndicale vis-à-vis des zones intermédiaires au niveau régional et national.

Relire : La loi d’urgence agricole est promulguée : liste des principales mesures

Dans cette zone, comment s’est passé cet été marqué par la sécheresse ?

Il y a une problématique générale de manque de fourrage. De notre côté, au niveau du maïs, on devrait s’en sortir même si la perte sur nos parcelles est entre 30 et 50 %. C’est surtout au niveau des ensilages verts que l’on est comme tout le monde. Mais il faut s’adapter, on investit dans plus de silos pour avoir plus de stock, on diminue les grandes cultures pour cultiver des plantes fourragères. Tout cela s’inscrit aussi dans notre démarche de réduction des phytosanitaires et d’allongement de nos rotations.

 

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Comment gérez-vous cette double casquette agriculteur-communicant ?

Je n'ai aucune règle. Je fonctionne au jour le jour, selon notre emploi du temps. Par exemple, sur Instagram, je peux rester plusieurs mois sans poster et ensuite, être beaucoup plus présent. Je me concentre plus sur Twitter et LinkedIn. Je pense que j’y passe une heure par jour, répartie dans la journée. 

Chez moi, ma compagne et moi limitons les écrans parce que j’ai un enfant de quatre ans et demi. J’essaie de passer du temps avec lui d’autant que je ne le vois pas autant que je voudrais. 

Y a-t-il un post dont vous êtes particulièrement fier ? 

Peut-être celui sur une vache qui a atteint 100 000 kg de lait produit. Cela ne représente pas tant mon travail mais celui de la génération précédente. Une vache qui à 10 ans a fait 100 000 litres de lait, représente la transmission de génération, la longévité, le travail, la passion et la durabilité. Ce n’est pas la meilleure de la race, loin de là, mais c’est une belle représentante et c’est une façon de valoriser le travail que l’on fournit, mes associés, la génération avant nous et moi.  

 

Avez-vous parfois des réactions négatives à vos posts ? Comment les gérez-vous ? 

Cela m’arrive et j’essaie de débattre un maximum. Dès que l’on rentre dans une discussion, on voit tout de suite si les personnes veulent échanger et ça crève l’abcès rapidement. Si la personne est là pour le clash, dès que l’on invite à la discussion, il n’y a plus de réponse. Je l’ai vu lorsque j’ai fait une vidéo avec Les Voix agricoles, j’avais été prévenu que l’exposition pouvait amener son lot de commentaires. Je m’étais pris au jeu et au final cela avait été constructif. 

 

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Quel conseil donneriez-vous à un ou une agriculteur qui souhaiterait se lancer dans la communication de son quotidien ? 

La génération avant nous ne disait pas les choses et ça nous a porté préjudice

Je ne vais pas parler pour celles et ceux qui se lancent pour être influenceurs parce que je ne connais pas, ni ne me sens proche de ce monde-là. Si l’on veut juste expliquer son métier, ce que je conseille, c’est de ne pas avoir peur de l’échange. Le monde agricole est très taiseux. La génération avant nous, les anciens, ne disaient pas les choses, et ça nous a porté préjudice. Aujourd’hui, il faut le dire quand ça va, mais aussi quand ça ne va pas, et toujours rechercher cette sincérité. 

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