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Valoriser l’herbe d’automne pour maîtriser ses charges en élevage laitier

Le changement climatique observable à travers d’un dérèglement des saisons et d’épisodes climatiques extrêmes, tels que des sécheresses estivales plus récurrentes, oblige les éleveurs à s’adapter. La mise en place du pâturage automnal est un levier intéressant afin de compenser les stocks consommés sur la période estivale et de réduire la vulnérabilité économique des fermes.

Valoriser l’herbe d’automne pour maîtriser ses charges en élevage laitier
© A. Conté

Ces dernières années, nous observons une modification de la pousse de l’herbe, avec de l’herbe plus précoce au printemps, plus tardive en automne et un ralentissement, voire comme en 2022 un arrêt de la pousse en été. Il est important dans ce contexte de savoir adapter la ration des animaux en fonction de l’herbe disponible au cours des saisons et être opportuniste quand les conditions climatiques sont favorables pour le pâturage. L’économie à la clé peut-être substantielle.

Une herbe d’automne de qualité

Valoriser l’herbe d’automne pour maîtriser ses charges en élevage laitier

L’herbe d’automne a été davantage accessible et abondante en 2022 grâce à des conditions climatiques favorables avec des températures plus douces et une pluviométrie sans excès. Les moyennes de pousse hebdomadaires relevées en Bretagne en 2022 étaient encore de 30 kilos de matière sèche d’herbe par hectare (kg MS/ha) fin octobre, contre 15 kg MS/ha/jour en moyenne sur les quinze dernières années.

Valoriser l’herbe d’automne pour maîtriser ses charges en élevage laitier

Souvent délaissée, l’herbe d’automne a pourtant une bonne valeur alimentaire. Sa qualité nutritive est proche de celle du printemps grâce à une repousse feuillue des prairies. Sa richesse en azote soluble lui permet d’être très complémentaire du maïs. En pâturant quatre heures, une vache laitière va ingérer 4 à 5 kg de MS. C’est autant de fourrages conservés et de concentrés en moins à apporter dans la ration.

Le pâturage d’automne pour maîtriser ses coûts de production

Substituer les fourrages conservés et les concentrés par le pâturage va impacter directement le coût alimentaire du litre de lait. En effet, l’herbe pâturée est un fourrage peu coûteux, 17 €/t MS, contre 50 €/t MS pour l’ensilage de maïs et 75 €/t MS pour l’enrubannage d’herbe, selon les calculs de BCEL Ouest (2028-2019).

À la ferme expérimentale de Trévarez, un essai a été mené en 2021 afin d’évaluer l’effet sur la production laitière de l’introduction d’herbe pâturée riche en légumineuse (MAT = 26) à l’automne (septembre-octobre). Deux lots de vaches en production ont été conduits en parallèle avec pour différence l’accès au pâturage et la diminution des apports en ensilage de maïs et en concentré pour le lot expérimental. Sa ration était composée de 11 kg d’ensilage de maïs, 4 kg d’ensilage d’herbe, de 5 kg herbe pâturée et de 2,9 kg de tourteau de colza. La ration du lot témoin en bâtiment était de 16 kg d’ensilage de maïs, 4 kg d’ensilage d’herbe et de 4,2 kg de tourteau de colza.

Les résultats de l’étude ont montré que sur les deux lots de vaches aucune différence n’est observée sur le volume de lait produit. Les 5 kg MS d’herbe pâturée ont permis d’économiser pour chaque vache de ce lot : 5 kg de MS de maïs et 1,3 kg d’un correcteur azoté type colza sans affecter la production laitière. Par conséquent, le lot expérimental au pâturage a un coût alimentaire de 77 €/1 000 l contre 97 € pour le lot en bâtiment, soit une économie de 20 €/1 000 l.

Bien gérer la sortie du pâturage automnal pour préserver la pousse de printemps

Différentes études montrent que le pâturage d’automne n’affecte pas les rendements de la prairie au printemps si les hauteurs de sortie ne descendent pas en dessous de 4 cm. Un pâturage automnal bien maîtrisé permet en revanche d’améliorer la composition des pâtures au printemps, car on va favoriser le tallage en hiver et permettre de faire davantage de lumière pour favoriser le développement des légumineuses.

Vais-je abîmer mes parcelles ? La valorisation de l’herbe automnale demande d’être opportuniste et à l’affût de fenêtres météo favorables. Différentes études montrent que le piétinement est moins impactant qu’on pourrait croire. Il dépend de différents paramètres dont la portance des sols et le temps de séjour sur la parcelle.

Les vaches valorisent-elles moins bien l’herbe automnale ? Les vaches montrent souvent moins d’appétence pour l’herbe d’automne qui contient de la matière sénescente et parfois de la maladie comme de la rouille. Pour limiter les refus, il est conseillé de distribuer le maïs ensilage après le pâturage ou de le fractionner afin de favoriser une forte ingestion d’herbe pour un temps de présence limité.

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