Robot de traite : une erreur sur son emplacement se paye cash
Le positionnement d’un robot de traite dans un bâtiment est déterminant pour assurer une bonne fréquentation des vaches laitières. Quelques aménagements s’imposent aussi pour faciliter le quotidien. Voici les six conseils de Louise Deschrevel, spécialisée dans les projets d’installation de robots chez Seenorest.
Le positionnement d’un robot de traite dans un bâtiment est déterminant pour assurer une bonne fréquentation des vaches laitières. Quelques aménagements s’imposent aussi pour faciliter le quotidien. Voici les six conseils de Louise Deschrevel, spécialisée dans les projets d’installation de robots chez Seenorest.
« Lors d’un audit préalable à l’implantation d’un robot de traite, j’aborde les choses avec un œil neuf et neutre, sans parti pris et sans a priori sur la couleur du robot, sous le prisme de l’animal et en prenant le temps de bien cibler les attentes de l’éleveur, dépeint Louise Deschrevel, spécialisée dans les projets d’installation de robots chez Seenorest. L’objectif est que les vaches circulent bien et que la fréquentation de la stalle soit au rendez-vous, en évitant d’avoir à pousser trop de vaches. »
Pendant toute la phase préparatoire à la mise en place d’un robot, il n’est pas toujours évident de prendre le recul nécessaire pour appréhender tous les paramètres entrant en ligne de compte. Bénéficier d’un œil extérieur pour faire un pas de côté et observer les choses sous un autre angle n’est pas du temps perdu. « La solution la moins onéreuse en termes de réaménagement de bâtiment ou exigeant le moins de travaux, peut sembler la plus attractive de prime abord mais ne pas se révéler efficace en routine, prévient la conseillère. Or, vu l’investissement, mieux vaut analyser la situation en se projetant sur les douze à quinze années à venir et penser à la fonctionnalité du travail au quotidien. »
1 Maintenir une logette par vache
Une erreur fréquente est de chercher à trop saturer le bâtiment en effectif. Or, si l’objectif est de performer en termes de production, le confort doit être au rendez-vous et il faut viser au moins une logette par vache. Se contenter de retirer quelques logettes pour caser le robot et « la place du village » devant la stalle ne s’avère pas forcément un bon calcul. Si tel est le cas, une alternative doit s’envisager pour recréer des places de couchage ailleurs ou alors il faut accepter de réduire quelque peu l’effectif.
2 Veiller à un accès à l'eau non limitant
Pour assurer une disponibilité en eau non limitante, la recommandation est de compter minimum 10 cm linéaires d’abreuvoir par vache, répartis de façon homogène dans le bâtiment. Concrètement, cela signifie qu'un troupeau de 120 vaches doit disposer de 12 mètres linéaires d'abreuvoirs. Un point d’eau en sortie de traite est indispensable, ainsi que des abreuvoirs à niveau constant. Si des travaux de réagencement du bâtiment sont prévus pour la mise en place du robot, il faut en profiter pour repenser l’implantation des points d’eau, qui sont généralement insuffisants en élevage. Cela se révèle d’autant plus important si l’objectif est d’utiliser le robot comme améliorateur de performance.
3 Fluidifier le déplacement des vaches
La circulation des vaches est un point clé de la réussite de la traite au robot. Dans le bâtiment, il faut prévoir des sols non glissants en veillant à la qualité des bétons. Les couloirs et aires de déplacement doivent être propres en privilégiant le raclage automatique pour ne pas avoir à déplacer tout le troupeau minimum deux fois par jour. Attention aussi à ne pas encombrer les allées avec le repli du racleur, des anti retour derrière les logettes, etc. Autour d’un abreuvoir ou d’une brosse, un espace de dégagement de 4 mètres est à prévoir.
Autre conseil essentiel : réaliser un parage préventif des vaches deux mois avant la mise en route du robot, pour s’assurer que les bêtes circuleront bien.
Pour en savoir plus : « Un parage annuel des vaches laitières est insuffisant »
4 Faciliter l’accès au robot
Limiter au maximum les obstacles et les zones d'embouteillages qui pourraient décourager certaines vaches, notamment les plus craintives à accéder au robot permet d'assurer un bon dynamisme de circulation et évite de devoir pousser trop de vaches. Il faut également prévoir un espace suffisant devant le robot. Comptez 5 mètres devant une stalle, 7 mètres devant deux. A titre d’exemple, un troupeau de 65 vaches traites 2,5 fois par jour au robot et avec 1 à 2 refus de traite par vache, accède 230 fois par jour au robot. D’où l’importance de créer une zone très circulante.
5 Aménager une aire d’isolement
La création d’une aire d’isolement -idéalement sur aire paillée pour 5 à 10 % du troupeau et accessible au tracteur- est indispensable pour assurer une gestion de troupeau facile et en sécurité. Les vaches doivent pouvoir être orientées automatiquement depuis le robot vers cet espace et revenir librement à la traite quand elles le souhaitent, sans perturber l’accès à la traite pour le reste du troupeau. Selon les configurations, créer cet espace peut se montrer plus ou moins compliqué, mais c’est vraiment appréciable au quotidien pour la gestion des vaches en suivi sanitaire, des vaches à inséminer, des fraîches vêlées, des primipares en apprentissage…
6 Prévoir une zone "prison" devant le robot
Il est bon d’anticiper la gestion quotidienne des vaches à aller chercher telles que les primipares en apprentissage, les vaches boiteuses ou en fin de lactation car cette tâche doit prendre le moins de temps possible. Pour cela, il est recommandé de créer une zone "prison" grâce à des portillons anti-retour ou des jeux de barrières amovibles . Les vaches poussées dans cet espace ne peuvent en ressortir qu'en passant au robot, sans entraver la circulation du reste des animaux.
Vigilance sur la longueur des canalisations
Attention à la distance entre le robot et le tank à lait si la laiterie n’est pas déplaçable. Concrètement, la longueur de la tuyauterie du transport du lait -du robot au tank- ne doit pas excéder 50 à 60 mètres. Au-delà, la turbulence et la température de l’eau de lavage ne se montreront pas suffisantes et l’élevage risque de s’exposer à des problèmes de germes. Les éleveurs oublient aussi parfois qu’un échangeur tubulaire équivaut en moyenne à 20 mètres de longueur de transport du lait. Si la laiterie n’est pas déplaçable, le rayon d'emplacement du robot sera restreint et conditionné par cette longueur de canalisations. Idem pour les vis d’arrivée des aliments que l'on doit s'efforcer de limiter en termes de longueur.
Le saviez-vous ?
Il est nécessaire de prévoir un éclairage devant le robot. Une fois que les vaches sont habituées à l’automate, ce point devient moins essentiel, mais à la mise en route la stalle doit attirer l’œil des vaches, d’autant qu’elles sont habituées à des salles de traite bien éclairées.
Trois astuces pour une bonne ergonomie autour du robot
-Un accès facile du robot vers la stabulation avec un lave-bottes ou a minima un point d’eau avec un écoulement afin de maintenir un accès propre au robot. Contrairement au système de traite conventionnelle, vous serez amenés à contrôler fréquemment que tout fonctionne bien, avec de multiples accès de quelques minutes au robot.
-Un accès à l’ordinateur au rez-de-chaussée pour s’épargner un nombre non négligeable de montées et descentes d’escalier vu le nombre de saisies et de contrôles à effectuer quotidiennement. Privilégiez un endroit hors d'eau et à proximité du robot.
-Dans le local robot : un point d’eau avec évier, une tablette à 70-80 cm du sol (pour le service d’entretien du constructeur) et une petite armoire pour les outils et pièces courants et le stockage des produits d’entretien journalier (éponges, brosses, gants…)
-Un accès facile pour acheminer les consommables liquides (lessives, produits de trempage, désinfectants…) avec un charriot ou un tire-palettes.