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Association cofondée par Xaviel Niel
Quel modèle propose Hectar à la laiterie des Godets ?

Le projet Hectar, fondé par Audrey Bourolleau et Xavier Niel, a inauguré le 17 mai sa ferme pilote La Laiterie des Godets, conçue avec le Fonds Danone pour l’Ecosystème. Ce modèle se veut être «  le plus économiquement viable tout en préservant l’équilibre de vie de l’éleveur, le bien-être animal et l’environnement ». L’objectif : attirer de nouveaux entrants dans la filière laitière. Reportage.

De gauche à droite : Audrey Bourolleau, fondatrice d'Hectar, et Julie Renoux, vétérinaire conseil pour la Laiterie des Godets.
De gauche à droite : Audrey Bourolleau, fondatrice d'Hectar, et Julie Renoux, vétérinaire conseil pour la Laiterie des Godets.
© Nathalie Marchand

60 vaches laitières élevées en 100% plein air, 60 hectares de pâturage tournant inspiré de l’agriculture régénératrice, trois salariés et 200 000 litres de lait bio 100% transformés sur place par an : ainsi peut-on résumer le modèle que teste Hectar dans sa ferme pilote La Laiterie des Godets, à Lévis-Saint-Nom dans les Yvelines, avec le soutien du Fonds Danone pour l’Ecosystème.

Dans le détail, cette ferme présente plusieurs originalités visant selon la fondatrice d’Hectar, Audrey Bourolleau, à « attirer la prochaine génération agricole » à travers un modèle « économiquement viable, socialement juste et respectueux de l’environnement ».

100% salariés et polyvalence

Le modèle de la ferme pilote repose exclusivement sur trois salariés polyvalents (Bérénice Giot, 25 ans, éleveuse et Camille Vergnes, 31 ans, responsable transformation laitière, Julie Renoux, vétérinaire conseil est comptée pour partie dans le troisième équivalent temps plein). Chacun étant capable de faire la tâche des autres. Pour fluidifier la communication entre eux, un process de lean management (méthode de gestion et d'organisation du travail inspirée du système de production de Toyota) a été mis en place.

De gauche à droite : Bérénice Giot, 25 ans, éleveuse et Camille Vergnes, 31 ans, responsable transformation laitière.
De gauche à droite : Bérénice Giot, 25 ans, éleveuse et Camille Vergnes, 31 ans, responsable transformation laitière.
© Nathalie Marchand


Des vaches dociles et rustiques

35 ans après l’arrêt de l’élevage sur les lieux, Hectar est reparti de zéro en reprenant la ferme il y a deux ans. Pour la constitution du troupeau en février 2021, Julie Renoux, vétérinaire conseil à la direction de la ferme, a opté pour des génisses normandes. Une race docile, « facile pour des apprentis éleveurs », justifie-t-elle. Et une race très maternelle. A partir d’un noyau souche, les génisses sont ensuite croisées avec des races laitières rustiques pour faciliter les vêlages notamment (des Jersiaises dans un premier temps, puis des Vosgiennes, réputées pour être de bonnes marcheuses et avoir de bons aplombs).
 

100% pâturage

« Il y a deux ans, ici c’était encore des céréales », explique Audrey Bourolleau en montrant le paysage derrière la Laiterie des Godets. Au moment du rachat de la ferme, l’équipe d’Hectar est d’ailleurs confrontée à un glissement de terrain sur des champs en pente. Dès avril 2020, les 60 hectares de l’exploitation sont remis en prairie. Pour un bon équilibre énergie-protéines, en vue d’un modèle 100% plein air, jusqu’à douze espèces sont implantées mélangeant graminées et légumineuses (fétuque élevée, fétuque des près, dactyles, ray-grass, sainfoin, trèfles, trèfles blancs…). « On cible aussi des variétés qui ont des vertus de renforcement du système immunitaire des animaux et d’autres pour réduire l’infestation parasitaire », poursuit la vétérinaire normande.
 

Pas de bâtiment

Afin de limiter les investissements, la Laiterie des Godets a fait le choix de ne pas construire de bâtiment d’élevage. « Les vaches restent toute l’année dehors », souligne Audrey Bourolleau. « Les vaches supportent très bien des températures allant jusqu’à -10, -15°C », rappelle la vétérinaire conseil Julie Renoux. Hectar possède en plus de la Ferme des Godets et de la Ferme des Néfliers (350 ha de grandes cultures), 250 hectares de forêts permettent de mettre le troupeau au frais en cas de canicule. La ferme projette aussi de développer de l’agroforesterie en installant notamment des haies (démarche pas forcément facile car l’exploitation est située dans le parc naturel régional de la Haute vallée de Chevreuse).

60 vaches laitières sont élevées à 100% en plein air sur 60 hectares de pâturages tournants dynamiques.


Pâturage tournant dynamique

Le modèle de la ferme laitière est basé sur du pâturage tournant dynamique. « On découpe les parcelles en paddocks, explique Julie Renoux. Et on déplace chaque jour la clôture pour donner la surface fourragère dont les vaches ont besoin ». La laiterie des Godets a investi dans 15 km de clôtures et des chemins d’accès pour amener l’eau facilement. A la question de savoir si le modèle ne risque pas d’être menacé par la sécheresse en cours, Julie Renoux répond qu’un peu de fauche est réalisé au printemps pour sécuriser le système.
 

Deux lots de vêlage et recours à des vaches nourrices

La ferme pilote a opté pour un modèle avec deux lots de vêlages afin d’optimiser la gestion du pâturage et de produire du lait toute l’année. Un lot est calé sur la pousse d’herbe du printemps et l’autre sur la pousse de l’automne. Elle expérimente aussi le recours à un troupeau de 15 vaches nourrices, avec trois veaux par vache.
 

Recours aux semences sexées

La Laiterie des Godets a fait le choix de l’insémination artificielle avec des semences sexées pour n’avoir que des veaux femelles. « On veut éviter la naissance de veaux mâles laitiers dont la valorisation est très compliquée », commente Audrey Bourolleau.

La Laiterie des godets adopte la monotraite et a investi dans une salle de traite 2x6 places d'occasion.
La Laiterie des godets adopte la monotraite et a investi dans une salle de traite 2x6 places d'occasion.
© Nathalie Marchand


Pratique de la Monotraite

Afin d’assurer un équilibre de vie aux salariés, la Laiterie des Godets a opté pour la monotraite des vaches. En début d’après-midi selon le choix des salariés qui sont d’astreinte à tour de rôle un week-end sur trois. Ce qui nécessite une polyvalence des postes.
 

Investissement dans du matériel de contention

Audrey Bourolleau, fondatrice d’Hectar, souligne que la Laiterie des Godets a fait le choix d’investir fortement dans du matériel de contention. « Nous sommes dans un désert vétérinaire, le premier vétérinaire est à 1h30. Le matériel de contention entraine moins de risque d’accident de travail et sécurise aussi les vétérinaires qui se déplacent plus facilement », explique-t-elle.
 

Colliers connectés et outil d’aide à la gestion du pâturage

La laiterie des Godets fait appel aux nouvelles technologies, en soutien de la compétence des salariés. Pour une meilleure gestion du troupeau, les vaches sont équipées de colliers FarmLife (ITK) offrant des services de détection des troubles de l’alimentation, des chaleurs, du vêlage, et de contrôle du confort et du bien-être des vaches. La ferme pilote travaille aussi sur la question du stress thermique et devrait prochainement tester les colliers et clôtures virtuelles Nofence pour le pâturage sur couvert d’intercultures dans la ferme des Néfliers. Pour la gestion du pâturage tournant dynamique l’équipe de salariés utilise par ailleurs Grassland Tools, application permettant de mesurer la qualité de l’herbe.

La ferme a investi dans deux grands tanks à lait d'occasion et un petit tank tampon, explique Julie Renoux, vétérinaire conseil.
La ferme a investi dans deux grands tanks à lait d'occasion et un petit tank tampon, explique Julie Renoux, vétérinaire conseil.
© Nathalie Marchand


100% de transformation avec du matériel d’occasion

Le modèle économique de la Laiterie des Godets repose sur la transformation de 100% du lait produit sur la ferme, avec une capacité de 200 000 litres de lait. 1,4 million d’euros ont été investis sur la ferme par Hectar dont 400 000 euros dans la transformation. Un investissement qui devrait s’amortir sur 15 ans. « On a opté pour un modèle low cost, avec une salle de traite 2x6 places d’occasion », explique Audrey Bourolleau. Afin de pouvoir stocker le lait le week-end (durant lequel la transformation s’arrête), la ferme a acheté deux grands tanks à lait et un tank tampon. La transformation a commencé il y a quinze jours, avec le lancement d’une gamme de yaourts pour l’hôtellerie-restauration. La laiterie prévoit aussi de produire de la tomme pour lisser les pics de production. A la question de savoir quand le modèle de la ferme-pilote sera-t-il rentable, Hectar ne répond pas précisément indiquant simplement : « un bilan doit être effectué d’ici 3 à 5 ans en fonction de la croissance de l’exploitation afin de faire le point sur le fonctionnement de la ferme, d’évaluer ce point et de voir ce qui peut être ajusté si nécessaire ».

La Laiterie des gots a entamé il y a quinze jours la fabrication d'une gamme de yaourts bios.
La Laiterie des gots a entamé il y a quinze jours la fabrication d'une gamme de yaourts bios.
© Nathalie Marchand


Communication avec le voisinage

Pour communiquer avec le voisinage dans un environnement périurbain, la laiterie des Godets a mis en place des pancartes avec des QR codes renvoyant vers un chatbot pour expliquer le modèle de l’exploitation.  

© Nathalie Marchand

Pourquoi je suis salarié chez Hectar ?

© Hectar

Je suis ici pour trois valeurs écologique, économique et sociale », témoigne Camille Vergnes, 31 ans, responsable de la transformation laitière au sein de la Laiterie des Godets (Hectar). « Je vais être papa le 19 novembre et c’est très important pour mois que mes enfants puissent vivre dans un monde sain », développe-t-il. Sur l’économie, il se félicite de l’expérimentation d’un modèle « qui permette aux gens de vivre de leur travail ». Quant au social, Camille Vergnes se satisfait de pouvoir « allier son travail avec le fait de pouvoir emmener ses enfants le matin à l’école et d’avoir des week-end avec eux ».

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