Philippe Lecanu, salarié agricole dans le Calvados : « Un salarié qui souhaite se former c'est quelqu'un d'impliqué sur la ferme »
Philippe Lecanu est vice-président de l'association des salariés agricoles du Calvados et salarié depuis 32 ans l'EARL la Bucaille. Pour lui, formation, conditions de travail et communication sont primordiales.
Philippe Lecanu est vice-président de l'association des salariés agricoles du Calvados et salarié depuis 32 ans l'EARL la Bucaille. Pour lui, formation, conditions de travail et communication sont primordiales.
« Je suis vice-président de l'association des salariés agricoles (Asa) du Calvados et je travaille depuis 32 ans dans la même ferme qui compte aujourd'hui 45 laitières. Je pense que les responsables d’exploitation savent très bien gérer leur ferme, mais pas toujours la main d’œuvre. A mon sens, ils devraient tous suivre une formation de management. D’ailleurs, la formation est un point essentiel pour moi. J’en ai suivi beaucoup dans ma carrière, notamment grâce à l’Asa. Un salarié qui souhaite se former est un salarié impliqué. C’est important que les employeurs puissent les laisser partir en formation. Cela lui ouvre les yeux et lui permet de développer ses compétences. De plus, le matériel est de plus en plus sophistiqué et il est préférable qu’il n’y ait pas que le patron qui soit formé à son utilisation.
La communication me tient aussi à coeur. Il faudrait au minimum un temps d’échange d’une demi-heure une fois par semaine, pour faire le point : parler du travail, de ce qu’on a fait, de ce qu’on va faire, des projets, mais pas seulement. Pouvoir aussi dire : « je t’ai trouvé moins bien cette semaine, est-ce qu’il y a un problème ? ». Parce que parfois, des soucis personnels peuvent retentir sur le travail, et c’est bien d’en être conscient.
Toilettes et salle de pause
Les conditions de travail et notamment les locaux à disposition des salariés sont aussi encore parfois négligés dans les fermes. L'Asa France a publié en 2023 une enquête auprès de 430 salariés agricoles, toutes filières confondues : 39 % d’entre eux ne disposaient pas de salle de pause et 25% ne disposaient pas de toilettes ! Ce n’est pas normal qu’aujourd’hui il existe encore des bâtiments d’élevage sans toilettes, ni de local chauffé où déjeuner.
Nous faisons un beau métier, varié, mais les mentalités de certains employeurs doivent encore changer. Quand un jeune salarié tout à fait capable tombe sur un patron qui le dégoûte du métier, il part dans les travaux publics et ne revient pas. C’est dommage ».