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Concentrés, ensilage ou foin
Peut-on se passer d'un complément au pâturage?

Dans un contexte économique difficile, les vaches peuvent souvent se passer d’un complément alimentaire au pâturage sans risque pour leur santé et leurs performances.

LES VACHES LAITIÈRES sont très plastiques et réactives. Elles adaptent leur consommation d’herbe aux apports en compléments.
LES VACHES LAITIÈRES sont très plastiques et réactives. Elles adaptent leur consommation d’herbe aux apports en compléments.
© A. Conté

Un complément de concentrés, d’ensilage de maïs ou de foin est souvent apporté aux vaches laitières en période de pâturage. Ces apports sont-ils indispensables ? Dans quelles situations fautil y avoir recours? Quels sont les impacts sur les performances des animaux et l’utilisation de la ressource fourragère ? Luc Delaby, ingénieur de recherche à l’Inra de Saint-Gilles et spécialiste du pâturage, nous éclaire sur les conditions d’utilisation des compléments alimentaires au pâturage.

1 Valoriser l’herbe pâturée, véritable ration complète

« L’herbe pâturée constitue à elle seule une ration complète, rappelle Luc Delaby. Avec une unité fourragère (UF) par kilo de matière sèche, 100 grammes de PDI par UF et une unité d’encombrement (UE) par UF, l’herbe pâturée est la ration qui tolère le mieux l’absence de compléments. Dans nos régions tempérées, l’herbe consommée par les vaches laitières au pâturage est souvent suffisante pour produire du lait. » Si la composition de l’herbe correspond aux besoins des vaches laitières, la quantité consommée peut parfois poser problème. À l’éleveur de favoriser la consommation d’herbe par les vaches. Il existe toutefois un risque d’amaigrissement, souvent modéré, chez les vaches à haut potentiel laitier. Avec le retour du maïs en été, ces vaches reprendront de l’état. Elles consommeront d’autant plus qu’elles possèdent un haut potentiel de production et ont subi une perte de poids. Le cas échéant, l’éleveur devra les aider à reprendre de l’état dans les trois mois de fin de lactation, avant le tarissement. Avec des rations à base de foin ou d’en-silage d’herbe, moins propices à la reprise de poids, il peut être indiqué de maintenir une complémentation au pâturage, de préférence avec un ensilage de maïs. À noter que les études n’ont révélé aucun impact d’une suppression du concentré sur les performances de reproduction au printemps.

2 Miser sur un peu moins d’un kilo de lait par kilo de concentré

Le réponse des vaches laitières au pâturage à l’apport en concentrés est faible. Elle atteint à peine un kilo de lait par kilo de concentré distribué. L’apport du concentré se manifeste par une diminution de la consommation d’herbe par la vache ce qui réduit l’intérêt de la distribution. Et le gain d’énergie apporté par le concentré se répartit entre la production laitière et la reprise de poids et d’état. L’efficacité en termes de production laitière est donc moins bonne que théoriquement attendue, soit 0,8 litre de lait, associée à une baisse du TB (- 0,3 à - 0,45 points), une augmentation du TP (+ 0,25) et un gain de 60 grammes de poids vif par jour. Si vous choisissez de complémenter votre troupeau en concentrés, en cas de ressources fourragères insuffisantes par exemple, n’hésitez pas à simplifier la distribution en apportant une même quantité à l’ensemble du troupeau. La réponse à l’apport de concentré est assez stable d’un animal à un autre et ce quelle que soit la nature de l’aliment.

3 Distribuer du maïs, ni trop, ni trop peu

Tôt au printemps et à l’automne, les temps d’accès au pâturage sont souvent limités. Pendant ces périodes de transition, les vaches sont complémentées en fourrages conservés. « Pour un temps d’accès limité à 4 heures, de récentes études ont montré qu’une complémentation restreinte en ensilage de maïs (5 kg de MS) pénalise dura- blement la lactation, explique Luc Delaby. Trop bridées, les vaches ne peuvent récupérer leur niveau de production initial lorsqu’elles retrouvent une alimentation suffisante. À l’inverse, une distribution trop généreuse d’ensilage (15 kg de MS) altère la motivation des vaches à pâturer même si elles ne consomment pas la totalité de leur ration à l’auge. Cette option permet cependant d’optimiser la performance laitière. L’optimum se situe quant à lui aux environs de 10 kilos de matière sèche. » Lorsque les vaches accèdent huit heures à la pâture, à partir d’un certain niveau de complémentation, la production laitière n’augmente plus. Il n’est donc pas nécessaire de distribuer plus de 10 kg de MS de maïs. Un apport de 5 kg à l’auge ne pénalise pas la production. Rappelons enfin que tout apport d’ensilage de maïs supérieur à 5 kg de MS doit être corrigé à hauteur de 135 grammes de PDI par kilo de MS de maïs.

Combien ça coûte ?

« Choisir de distribuer ou non du concentré au pâturage dépendra cette année essentiellement du prix du lait et du concentré, estime Luc Delaby. Prenons un exemple avec un prix du lait à 280 euros. Le gain de production pour un kilo de concentré apporté est de 0,8 litre de lait soit 22 centimes. Pour être rentable, la complémentation devra donc se baser sur un coût du concentré bien inférieur à 220 euros la tonne. »

 

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