« Les taux nous apportent un complément de prix de plus de 30 €/1 000 L de lait », en Meurthe-et-Moselle
Au Gaec des Tissages en Meurthe-et-Moselle, une ration de qualité et une conduite d’élevage rigoureuse permettent aux 125 vaches d’afficher une moyenne de 34 de Taux protéique (TP) et 44 de taux butyreux (TB) avec une productivité de 35 kg de lait par vache.
Paul Champouillon, éleveur et Louise Deschrevel, consultante nutrition Seenorest. "La génétique est un premier levier pour améliorer les taux, mais la conduite du troupeau doit permettre de pleinement l’exprimer. "
« Sur notre troupeau de 125 vaches, notre objectif est de conforter le niveau de production et d’aller chercher des taux », partage Paul Champouillon, installé depuis 2021 avec ses parents, en système robotisé. Des objectifs déjà bien atteints avec, en 2024, une moyenne d’étable à 12 150 kg de lait produit par lactation, un taux protéique (TP) moyen de 34 g/L « avec des variations sur l’année de 33 à 36 » et un taux butyreux (TB) moyen de 44 g/L « qui fluctue entre 42 et 46 ». De tels taux apportent une réelle plus-value sur le prix du lait. « Début 2025, pour un prix de base de 455 €/1 000 litres, nous avons touché un complément de 17,15 €/1 000 L pour le TB et de 14,40 €/1 000 L pour le TP », chiffre le jeune éleveur.
Soucieux de produire un lait riche en matière utile, les associés du Gaec des Tissages misent tout d’abord sur la complémentarité des races, avec un troupeau composé à 59 % de prim’Holstein, 23 % de croisées de première génération, 13 % de brunes et 5 % de montbéliardes. « Nous avons toujours veillé à choisir des taureaux qui apportent une progression équilibrée entre niveau de production et taux », souligne Paul Champouillon. Aujourd’hui, alors que la moyenne régionale pour l’index TP chez les génisses prim’Holstein est 0,9, le troupeau affiche un index moyen à 1,1. L’index TB se situe à 2,5, alors que la moyenne régionale est de 1,6.
Détenir un bon niveau génétique est un premier pas, encore faut-il que la conduite du troupeau lui permette de pleinement l’exprimer. Avec de bonnes conditions de logement et une attention particulière portée à la santé du troupeau, « les différents indicateurs de conduite du troupeau sont au vert », rassure Louise Deschrevel, consultante nutrition Seenorest.
Qualité de récolte et de conservation des silos
Pour assurer la qualité de la ration, le premier point de vigilance des trois associés est la qualité des fourrages. « Dans nos terres, il est difficile de garder des légumineuses dans les prairies, regrettent les éleveurs. Pour maximiser le taux protéique, nous sommes très vigilants quant au stade de récolte de l’herbe ensilée. Nous n’hésitons pas à faucher en plusieurs fois et toujours l’après-midi, quand les plantes ont une teneur maximale en sucre et en protéines. Pour l’ensilage de maïs, nous sommes vigilants sur la finesse de hachage et l’éclatement des grains, même si nous perdons un peu en débit de chantier ».
« Pour tous les animaux, nous visons la stabilité des rations en limitant le nombre de transitions alimentaires », souligne-t-il encore. Les transitions se font en douceur grâce à une bonne gestion des stocks, qui permet aux éleveurs d’atteindre 4 à 5 mois avant l’ouverture des silos de maïs et d’herbe. « Les fermentations sont alors bien faites. Toute l’énergie disponible est bien valorisée ».
Une ration homogène et distribuée à volonté
La distribution joue un rôle clé pour maximiser tant la production que les taux. « Une ration homogène et à volonté est le socle », estime l’éleveur. La ration est disponible 24 h/24 et facilement accessible grâce à une auge centrale. « Les vaches ne peuvent pas trier et font 10 à 12 repas répartis sur toute la journée, ce qui contribue à une bonne santé ruminale », complète Louise Deschrevel.
Depuis l’investissement dans une mélangeuse automotrice, les éleveurs ont constaté une nette amélioration dans la qualité des rations. « Il y a un gain sur l’homogénéité de la ration, constatent-ils. C’est aussi plus facile de préparer des rations par petits lots, comme pour les vaches en préparation vêlage. Nous distribuons matin et soir. Passer à deux repas quotidiens, avec une ration homogène a fait gagner un kilo par vache par jour. La croissance des génisses et le GMQ des taurillons se sont aussi améliorés. Nous avons aussi gagné en confort de travail, je mets seulement une heure pour distribuer les cinq bols aux 400 animaux présents sur l’exploitation ».
Assurer une parfaite disponibilité de la ration
La ration de base à l’auge est constituée de 60 % d’ensilage d’herbe, soit 7,5 kg MS, et 40 % d’ensilage de maïs, soit 5 kg MS. À laquelle s’ajoutent 8 kg de corn gluten feed humide, 2,6 kg de mélange protéique (80 % tourteaux de maïs, 20 % de drèches de maïs), 2,4 kg de maïs grain, 200 g d’huile de palme, 300 g de minéraux, 100 g de sel. Au robot, selon le stade de lactation et la production, la complémentation se fait avec du wheat feed, 3 kg en moyenne, et un mélange protéique tanné, 2 kg en moyenne.
« La ration est optimisée pour satisfaire les besoins énergétiques et azotés, tout en veillant à diversifier les profils fermentaires des sources d’amidon et de protéines, ce qui assure une bonne santé ruminale », analyse Louise Deschrevel. La ration est équilibrée à 16 % de MAT et 0,97 UFL/kg MSI. L’ajout de matière grasse saturée permet d’atteindre cette densité énergétique tout en limitant les apports d’amidon. Cela se traduit par un gain de 1,5 g de TB.
Cette ration apporte des performances techniques mais aussi économiques. La marge sur coût alimentaire oscille entre 10,9 et 12 €/VL/jour, en fonction du prix du lait, avec un coût alimentaire de 5,80 €/VL/jour. Travaillant avec un cahier des charges sans OGM, les éleveurs ont fait le choix de valoriser des coproduits, très présents dans leur région et intéressants sur le plan technique et économique. « Nous n’avons pas pour objectif d’atteindre l’autonomie protéique à l’échelle de l’exploitation, souligne Paul Champouillon. Économiquement, c’est plus intéressant de vendre nos céréales et d’incorporer des coproduits à la ration ». Pour continuer à maximiser les performances laitières, notamment les taux, les éleveurs veulent désormais travailler sur l’équilibre en acides aminés, plus particulièrement méthionine et lysine.
Gaec des Tissages
3 associés
125 vaches
1 470 000 litres produits
245 ha
Le saviez-vous ?
Hormis l’effet race et la variabilité individuelle, il existe aussi un effet saison bien connu : les taux baissent quand les jours rallongent. Le stade de lactation intervient aussi avec des taux variant en sens inverse à la quantité de lait produit. Et le stress thermique, est un autre facteur de variation, faisant baisser production et taux.
L’alimentation, levier rapide pour agir sur les taux
Le niveau du taux butyreux (TB) dépend du niveau énergétique de la ration, de sa fibrosité, des sources d’énergie.
Les aliments riches en sucres simples (betteraves, mélasse) augmentent la production ruminale de butyrate, favorable au TB. Tous les facteurs alimentaires qui peuvent conduire à une acidose ruminale peuvent provoquer une baisse du TB : excès d’énergie fermentescible (amidon), déficit en cellulose brute, défaut de fibrosité. Pour limiter les risques d’acétonémie, il faut veiller à une bonne préparation au vêlage.
Dans les rations très pauvres en lipides (foin, ensilage d’herbe), une supplémentation lipidique modérée augmente le TB. Mais si le taux de lipides est trop élevé, on obtient l’effet inverse.
Les concentrés protéiques ont aussi un effet sur le TB. Les tourteaux de soja apportent le plus de bénéfice sur le TB. En comparaison, le tourteau de colza fait baisser le TB de 1,2 g/kg lait par rapport à un apport en tourteau de soja.
Pour améliorer le TP
Le taux protéique (TP) est plus lent à augmenter. Il faut déjà bien couvrir les besoins en énergie. Le repère est d’avoir une ration avec une densité énergétique entre 0,9 et 0,95 UFL/kg MS, grâce à des fourrages de qualité. L’ajout d’une UFL/vache/jour permet d’augmenter le TP de 0,6 g/kg lait.
La ration doit présenter un bon équilibre énergie/azote, avec un rapport PDI/UFL entre 100 et 110.
Pour faire du TP, il faut des PDIA (protéines by-pass non dégradées dans le rumen) et des PDIM (protéines microbiennes produites dans le rumen). Les PDIM sont produites en quantité limitée, insuffisante pour couvrir tous les besoins. Donc il faut un apport suffisant de PDIA, d’autant plus que le niveau de production est élevé. Attention s’il y a trop de protéines dégradables dans le rumen, on assiste à un phénomène de saturation et l’azote excédentaire n’est pas valorisé.
Pour les vaches hautes productrices, un apport d’acides aminés peut être intéressant. La lysine et la méthionine sont des acides aminés limitants, notamment dans les rations à base d’ensilage de maïs. En apporter sous forme protégée des dégradations ruminales, via des tourteaux tannés, peut permettre une hausse du TP d’environ 1 g/kg.
Repères
Avec un TP haut et un TB bas : vérifier que la vache n’est pas en acidose
Avec un TP bas et un TB haut : probable déficit énergétique, situation fréquente en début de lactation
Avec un TP bas et un TB bas : ration insuffisante, manque d’énergie et de protéines