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Les systèmes herbagers sont-ils attrayants?

Une enquête réalisée dans le Grand Ouest cerne ce qui incite ou au contraire freine les éleveurs à évoluer vers des systèmes plus herbagers.

POUR GABRIEL LISSILLOUR, miser
sur l’herbe est une façon de
pérenniser une exploitation
de taille moyenne en valorisant
le volume de lait produit plutôt
qu’en cherchant à l’augmenter.
POUR GABRIEL LISSILLOUR, miser
sur l’herbe est une façon de
pérenniser une exploitation
de taille moyenne en valorisant
le volume de lait produit plutôt
qu’en cherchant à l’augmenter.
© S. Roupnel

La gestion plus technique de l’herbe peut rebuter un certain nombre d’éleveurs, mais ce n’est pas le critère le plus souvent cité par les 42 exploitants en systèmes « peu herbagers » qui ont été enquêtés. La plupart (60 %) connaissent les atouts économiques des systèmes herbagers et 40 % sont tentés d’augmenter la proportion d’herbe sur leur exploitation. Ce qui les arrête, c’est d’abord la crainte du manque de productivité (40 %) et du manque de sécurité (30 %). Cinq enquêtés sur dix déplorent leurs conditions de travail et que quatre sur dix reproduisent un système rodé et connu. Jean-Marie Lusson, du réseau agriculture durable, rappelle le rôle de l’enseignement dans la découverte par les futurs exploitants de la diversité des systèmes fourragers.

Réalisée en 2011 et 2012 dans le cadre du projet de recherche PraiFace porté par le réseau agriculture durable des Civam, l’enquête(1) a également permis d’interroger 40 éleveurs en systèmes herbagers ou en transition vers un système herbager. En évoluant vers plus d’herbe, 70 % d’entre eux espéraient améliorer leurs conditions de travail. C’est d’ailleurs pour quatre enquêtés sur dix, l’amélioration des conditions de travail qui les a amenés à aller vers plus d’herbe. Les principales difficultés rencontrées au cours de l’évolution ont été la conquête de l’autonomie fourragère (25 %) et l’apprentissage de la gestion du système herbager (20 %). Aujourd’hui 90 % sont satisfaits de leur évolution, avec quelques bémols sur le travail et la technicité. Et 40 % prennent plus de plaisir dans leur métier.

40 % prennent plus de plaisir dans leur métier

« Bien souvent, le changement de système fait suite à une phase de maturation associée ou non à un déclic », remarque Jean- Marie Lusson. Les facteurs déclenchants sont variés. Il peut s’agir d’un problème de main-d’oeuvre (éclatement du Gaec, départ en retraite d’un parent…) ou d’un souci économique. Dans un tiers des cas, le déclic a été identifié par l’éleveur. Certains facteurs facilitent l’évolution vers un système plus herbager. Ce sont fréquemment la perspective d’amélioration des conditions de travail (50 %) et les échanges en groupe (40 %). Les éleveurs enquêtés reconnaissent l’importance de bien s’entourer et de se former.

Notons que trois enquêtés sur dix apprécient de passer moins de temps sur le tracteur. « L’évolution vers un système herbager dépasse les simples pratiques agricoles", ajoute Xavier Coquil, de l’Inra Sad, qui a étudié dans sa thèse les phases de transition vers une plus grande autonomie.

Les éleveurs apprennent à se référer à de nouvelles normes

L’évolution concerne aussi les normes professionnelles auxquelles se réfère l’éleveur et sa façon de penser son système. "Le changement se construit pas à pas. Il débute souvent par de petites choses… Six hectares d’herbe peuvent être une révolution sur une exploitation. S’il n’existe pas de parcours type, divers outils peuvent accompagner au cas par cas les éleveurs dans la gestion de l’herbe. Et notamment dans l’apprentissage de l’observation et de l’adaptation. »

(1) En Haute et Basse-Normandie, Bretagne, Pays-de-Loire et Poitou-Charentes

«L’herbe me fait vivre un nouveau départ»

À l’EARL Lissillour, dans les Côtes-d’Armor. «Même si je savais que j’avais une ferme plus adaptée à la culture de l’herbe que des céréales, il m’a fallu des années avant de franchir le pas, explique Gabriel Lissillour, installé à Pleumeur-Bodou. Le déclic s’est fait pendant la crise du lait en 2009. » L’éleveur a repris en 1995 l’exploitation de ses parents. Les terres humides étaient responsables de variations importantes des rendements céréaliers. « Pour le pâturage, j’avais l’avantage de disposer d’un bloc de 45 hectares autour du corps de ferme. J’avais quand même peur du changement et j’ai voulu me rassurer en faisant réaliser deux diagnostics de mon exploitation, par la chambre d’agriculture et le Cedapa. Ces démarches m’ont conforté dans l’idée que ma ferme était bien adaptée au pâturage. »

Gabriel Lissillour s’est alors intéressé à la MAE SFEI. Ce soutien financier a été très apprécié. « La transition vers un nouveau système coûte cher et n’est pas toujours facile à gérer. J’ai semé de nouvelles prairies et cassé d’anciens pâturages. Pendant cette phase, j’ai dû semer des dérobées pour assurer la sécurité fourragère. Or semer un hectare de prairie revient aussi cher qu’un hectare de maïs. »

Aujourd’hui l’exploitation compte 53 ha de prairies, 11 ha de maïs et 7 ha de céréales.

53 ha de prairies pour 370 000 litres de lait

Quatre ans après la mise en place de ces nouveaux herbages, Gabriel Lissillour estime qu’il va commencer à rentabiliser son système. Il se satisfait de pouvoir pâturer tôt ses prairies humides alors qu’il n’aurait pas pu entrer sur les mêmes parcelles en céréales. « Aujourd’hui, j’ai envie de mettre de l’herbe sur de meilleures terres pour gagner des jours de pâturage en améliorant l’accessibilité. L’an passé, pour la première fois, j’ai produit du lait sans maïs. Mon silo était vide. J’ai tenu six mois sans ensilage. Ma principale difficulté consiste à gérer les années humides. L’année 2012 n’a pas été terrible. »

Gabriel Lissillour a su s’entourer en adhérant au Cedapa et à un groupe d’éleveurs locaux. « Je pense qu’il est très important de pouvoir échanger sans être jugé. À ce stade de ma carrière, ce projet a été très motivant. J’avais envie de voir autre chose. » Pour Gabriel Lissillour, l’important est de rester cohérent, de croire à son projet et d’être prêt dans sa tête. « J’essaye aussi d’expliquer ce que je fais. Je trouve que le pâturage donne une image très positive à notre production. Enfin, je pense qu’en misant sur l’herbe, je suis dans le coup au regard de la flambée du coût des intrants ces dernières années. »

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