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Les bons gestes pour des veaux laitiers en pleine forme dès la naissance

Il n’y a pas une seule et unique recette pour élever un veau. Ce qui est sûr, c’est que les premiers jours sont déterminants pour la suite de sa croissance et sa productivité future. Le fil rouge ? L’hygiène.

« Lorsque la performance animale est compromise au cours des premiers jours de vie, cela va compromettre la croissance des veaux et la production de lait à venir », prévient Adam Geiger, support technique international, chez Zinpro (fabricants de minéraux). « Quand une génisse ne démarre pas bien, il y a un gap de productivité qui s’explique dès la naissance », abonde sa collègue Marie-Laure Ocaña.

Lire aussi : « J’utilise zéro antibiotique pour élever mes veaux laitiers »

La préparation au vêlage, clé d’une naissance réussie

 

 
Case spécifique pour vaches taries en préparation au vêlage
Si possible, il faut avoir une conduite en deux lots des taries pour pouvoir porter une attention toute particulière aux préparations au vêlage. © E. Bignon

« Le point de départ, c’est la bonne préparation au vêlage, estime Jean-Marc Héliez, vétérinaire  nutritionniste chez Chêne Vert. Des vaches correctement nourries, sans excès d’énergie, avec une bonne prévention des hypocalcémies (magnésium , baca,…) et avec des apports suffisants en protéines et en oligoéléments et vitamines adaptées à la période. Cela va conditionner la tonicité du veau et surtout que la quantité et la qualité du colostrum. »

« Il faut une vache en bonne santé au tarissement et au vêlage sinon cela ne commence pas bien pour le veau », certifie Evelyne Kessler, vétérinaire chez Covetrus en Suisse. Elle conseille de supplémenter les vaches taries en sélénium pour la santé de la vache et pour permettre son transfert au veau via le placenta et via le colostrum.

« On évite aussi les vaches grasses car ce sont des vaches à problèmes et cela a un impact négatif sur le vêlage », ajoute-t-elle. « Une note d’état corporel de 3 à 3,5 au vêlage donne un bon indicateur », image David Plouzin, responsable veaux à la ferme expérimentale des Trinottières dans le Maine-et-Loire. « Plutôt 2,8 à 3,2 », estime de son côté Jean-Marc Héliez.

Une hygiène au vêlage irréprochable

 

 

Les vétérinaires sont unanimes : l’idéal reste le box dédié au vêlage à proximité du troupeau, mais il faut être vigilant quant à son entretien. « Il doit être nettoyé entre chaque vêlage, sinon cela peut vite devenir l’endroit le plus contaminé de l’élevage », s’alarme Jean-Marc Héliez. Pour le vétérinaire, une aire paillée pour la préparation au vêlage sans surdensité (10 m2 voire 14 m2 par vache), curée tous les trois-quatre vêlages ou au moins tous les quinze jours-trois semaines peut faire l’affaire, à la condition d’un retrait rapide du veau à la naissance.

Et pourquoi ne pas faire vêler ses vaches dehors ? « À la belle saison, c’est une idée pour limiter les contaminations. En plein soleil, et avec des vêlages qui n’ont jamais lieu au même endroit, la pression du microbisme est moindre qu’en bâtiment », estime Jean-Michel Cuminet, vétérinaire chez Littoral normand. « En termes d’hygiène, vêler dehors, pourquoi pas mais cela ne doit pas se faire au détriment d’une bonne préparation au vêlage, qui est plus facile à conduire en bâtiment », estime Jean-Marc Héliez.

Une limite toutefois au vêlage en logement collectif : « Parfois le veau va téter une autre vache que sa mère, qui ne leur donnera pas de colostrum », signale David Plouzin.

Désinfecter le nombril

Dans tous les cas, pour éviter un maximum les contaminations, le veau doit être séparé rapidement de sa mère. Après avoir été vidangé, le cordon doit être désinfecté, au moins une fois dans la foulée de la naissance. « C’est une mesure de prévention simple et pas seulement pour les élevages qui ont des problèmes de gros nombrils. C’est une voie importante d’entrée des germes », pose Jean-Marc Héliez.

Teinture d’iode, spray, ou autres solutions épaisses, les produits utilisables sont nombreux. La ferme expérimentale des Trinottières utilise un produit pour la dermatite riche en cuivre et en aloe vera, à utiliser en une seule fois en trempage. « On évitera les produits contenant des antibiotiques, souvent sous forme de spray. »

Un colostrum sain

« Le colostrum, c’est la chose la plus importante pour nos veaux », plante Adam Geiger, titulaire d’un doctorat en physiologie de la lactation. C’est aussi un excellent milieu de culture pour les bactéries. Seaux, tétines, bouteilles, sondes, mamelles et trayeurs : l’hygiène autour du colostrum doit être irréprochable au risque de contaminer les veaux qui, à la naissance, n’ont pas acquis toutes leurs défenses immunitaires et ont l’intestin encore perméable. « On évitera aussi les transferts d’un récipient à un autre », conseille Jean-Marc Héliez.

Côté conservation : pour une utilisation immédiate, maximum 2 heures à température ambiante ; au frigo, maximum 48 heures ; plus, il faudra y ajouter un conservateur. La congélation est possible pendant un an.

Une alimentation des veaux adaptée dans des conditions adaptées

 

 
Éleveur en train de donner le lait au veau dans un biberon
Le veaux doit téter la tête en l'air pour que la gouttière œsophagienne se positionne correctement. © D. Plouzin

La position de la tête lors de la prise alimentaire du veau a toute son importance. « Le veau est fait pour téter la tête en l’air, illustre Emmanuel Germain, chef de produit ruminant chez Denkavit. Cela permet à la gouttière œsophagienne de bien se positionner et que le colostrum ou le lait aillent bien dans la caillette et pas directement dans le rumen. »

Les risques d’utiliser un seau ou une tétine flottante trop basse ? Un veau qui ballonne et les complications qui peuvent en découler, dont la mort subite. Le bon outil ? Le seau tétine. L’avantage ? Il permet de réduire la vitesse de buvée ce qui permet aux veaux d’ingérer plus de volumes.

« Dès 4 à 5 jours, il faut apporter de l’eau à volonté, le lait ne suffit pas à couvrir les besoins hydriques », évalue Emmanuel Germain. Le concentré a également rapidement son importance, plus que les fibres. « C’est le concentré qui va encourager le développement du rumen », explique Adam Geiger, en se basant notamment sur une étude de l’Université de Penn State, aux États-Unis.

Des niches à veaux bien propres

« Le top, c’est la niche en extérieur ou la niche en pouponnière sur roulettes que l’on peut sortir pour nettoyer dehors, estime Jean-Marc Héliez. Pour les plus gros élevages, avoir deux salles de nurserie permet de réaliser un vide sanitaire. »

Côté nettoyage des cases individuelles, curage, nettoyage puis désinfection, avec un produit contre les virus, les bactéries et les parasites, sont le trio gagnant. « Un bon nettoyage élimine 90 % des germes entre chaque veau. C’est plus efficace qu’une désinfection seule », estime le vétérinaire. Et attention au nettoyeur haute pression, particulièrement en bâtiment : « Le brouillard généré va déposer de la cryptosporidiose partout ! » Autre idée : le nettoyeur vapeur, radical contre les germes.

Astuce

Pour limiter les contaminations apportées par l’extérieur, installer les veaux mâles à l’écart permettra aux femelles de ne pas être en contact avec le marchand.

Pas trop froid et beaucoup de paille

« On peut réduire de 30 % les maladies des veaux avec des litières sèches et épaisses et obtenir de bien meilleurs résultats qu’en changeant l’aération du bâtiment de la nurserie », assure Adam Geiger. « Si un éleveur gère bien sa litière, cela peut compenser un problème d’ambiance », abonde Jean-Marc Héliez.

La bonne hauteur de paille ? Quand les pattes du veau sont cachées. Sur caillebotis, outre le bien-être des veaux, la paille évitera les ponts thermiques par le sol. Car la zone de confort en termes de température pour les petits veaux est plus haute que pour les vaches, dont l’activité ruminale dégage énormément de chaleur : entre 10 et 25 degrés en bâtiment et moins de 8 à 10 degrés d’écart entre le jour et la nuit. En extérieur, c’est un peu moins (4 à 5 degrés de moins), car un microclimat se crée dans les niches.

Cibler les diarrhées des veaux laitiers

« Même bénignes, les diarrhées des veaux sont sources de retard de croissance », alerte Jean-Marc Héliez. « Une énorme faille dans l’élevage des veaux, c’est que l’on ne sait pas pourquoi on a des diarrhées, souligne Jean-Michel Cuminet, vétérinaire chez Littoral normand. Pour adapter la prévention, il faut connaître l’agresseur – virus, bactérie, parasite – en réalisant des analyses. »

« On ne vaccine pas contre les diarrhées mais contre certains germes ! Pour choisir la valence vaccinale, il faut s’assurer que l’on connaisse le germe en cause », abonde son confrère.

 

Un verre de colostrum matin et soir pendant huit jours

« Continuer de distribuer aux veaux un verre, environ 20 cl, de colostrum à chaque repas pendant huit jours a des effets intéressants sur les diarrhées », conseille le vétérinaire Jean-Marc Héliez. « Lors de la première traite, le colostrum en surplus, s’il est très bon on le congèle, sinon en y ajoutant du sorbate de potassium, qui coûte trois fois rien, on peut garder les quelques litres au frigo pendant une semaine et en ajouter à chaque buvée du veau. »

Si la pratique peut avoir des bénéfices sur la santé des veaux, les conditions d’hygiène et de conservation doivent être strictes, sinon cela peut avoir l’effet inverse à celui escompté.

 

Mise en garde

Le stress thermique sur une vache gestante va avoir des impacts sur son veau. « Le flux sanguin est réduit vers le placenta. C’est moins de nutriments et moins de croissance », illustre la vétérinaire Evelyne Kessler. Si les veaux ayant connu un épisode de stress thermique in utero auront, a priori, de meilleures dispositions face à la chaleur, cela sera au détriment de la croissance. « Cela vaut la peine de trouver des solutions pour rafraîchir les vaches et les veaux. »

Avis d’expert : David Plouzin, responsable veaux à la ferme expérimentale des Trinottières dans le Maine-et-Loire

« Nous misons sur les taries »

 

 
David Plouzin, responsable veaux à la ferme expérimentale des Trinnotières dans le Maine-et-Loire
David Plouzin, responsable veaux à la ferme expérimentale des Trinottières dans le Maine-et-Loire © D. Plouzin

« Comment diminuer le taux de mortalité des veaux dans son élevage ? En faisant le focus sur les vaches taries. Le mieux est de réaliser une préparation au vêlage spécifique pour densifier la ration en énergie et en azote. Mais sur la ferme expérimentale, pour une question de simplification du travail, il a été choisi de conduire les vaches taries en un seul lot. Le rationnement du maïs est sévère : 8 kg MS de maïs, 2 kg de tourteau de colza, beaucoup de fibre avec de la paille coupée de 5 cm accompagnée de minéraux spécifiques vache tarie. Nous investissons dans un minéral un peu plus onéreux enrichi en vitamine A et en sélénium pour la qualité du colostrum et avoir des veaux toniques, et avec 50 à 80 g de chlorure de magnésium pour booster les contractions utérines et éviter les non-délivrances. »

 

Lire aussi  Veaux laitiers : « Je ne connais ni les diarrhées ni les problèmes pulmonaires »

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