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Une lame de fond
Le bien-être animal est un enjeu de taille pour la filière

Les attentes des consommateurs sont relayées, voire amplifiées, par des associations puissantes et par la grande distribution. Quelles sont les conséquences sur l’élevage laitier ?

Il y a cinq ans, la filière laitière se demandait si le bien-être animal était un enjeu ou pas. Aujourd’hui, c’est évident, c’est un enjeu ! Le sujet monte en puissance, bien plus vite et plus fort que les thèmes environnementaux. Les défenseurs de la cause animale ne s’attaquent pas qu’à l’élevage hors sol. C’est plus complexe. La filière laitière est une cible, car la vache bénéficie d’un capital sympathie important auprès du consommateur", dépeint Maude Marpault, chargée de mission au service lait de Coop de France ouest.

Welfarm protection des animaux de ferme, CIWF défense du bien-être des animaux de ferme, OABA (œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs), SPA (Société protectrice des animaux), L214, Fondation droit animal (LFDA), Peta… Il existe beaucoup d’associations mais leur philosophie et leurs actions sont très différentes. "Très schématiquement, on peut distinguer deux grands ensembles : les réformistes qui veulent faire évoluer les conditions d’élevage, de transport et d’abattage pour un plus grand respect du bien-être animal. Et les abolitionnistes de l’élevage (vegan, antispécistes, défenseurs de droits pour les animaux) qui refusent toute exploitation des animaux, que ce soit pour l’élevage ou les loisirs, décrit Maude Marpault. Ces mouvements sont à mettre en lien avec une méconnaissance de l’élevage et une défiance vis-à-vis des institutions, de la recherche et des experts."

Face aux attaques des abolitionnistes, il faut réagir, car les conséquences peuvent être lourdes pour les filières animales : consommations en baisse de viande et peut-être de lait demain, détérioration de l’image des éleveurs… et donc baisse de l’attractivité du métier. La profession agricole a édité le Recueil des actions des partenaires agricoles pour le bien-être animal. Des éleveurs mettent en ligne des images et des vidéos de leurs animaux et de leur ferme. D’autres ouvrent leurs fermes. Pour montrer l’élevage tel qu’il est et montrer que les éleveurs sont soucieux du bien-être animal.

Top départ pour une révision de la Charte

La filière commence à s’emparer du sujet. Les filières animales ont achevé le projet casdar Accept (2014-2017) pour mieux comprendre les mouvements et attentes de la société en matière d’élevage. La Charte des bonnes pratiques commence sa révision, "et les questions de bien-être animal seront un des axes forts de cette révision, indique Anne-Charlotte Dockès, de l’Institut de l’élevage. L’objectif est de la rendre plus parlante pour le grand public. Parallèlement, l’Institut de l’élevage et le Cniel s’emparent d’un travail sur l’élaboration de critères et indicateurs pour évaluer le bien-être animal. Il s’appuie sur les définitions de l’OIE et le travail du programme européen Welfare Quality qui a défini douze critères de bien-être animal. L’idée est de créer des outils simples à utiliser." L’objectif est de ne pas laisser le champ libre aux associations et à la distribution.

"Les coopératives sont à l’interface entre les éleveurs et les consommateurs ; elles ont donc un rôle essentiel à jouer. Elles sensibilisent leurs sociétaires. Les services bâtiments intègrent des recommandations pour les nouveaux projets, pour par exemple prévoir la sortie à l’herbe. Les chartes laitières, comme la Route du lait ou Passion du lait, intègrent de nouveaux points traitant du bien-être animal. Il faut communiquer mais ce n’est pas suffisant. Il faut apporter au consommateur des preuves pour entretenir la confiance ; avec le numérique, il devient possible d’apporter des éléments objectifs", développe Maude Marpault.

Une attente forte pour le plein air et le pâturage

Il faut être à l’écoute des attentes consommateurs et anticiper les évolutions des normes publiques et privées (cahier des charges). Pour éviter le gâchis que vont vivre les éleveurs de poules pondeuses qui ont récemment investi dans de nouvelles cages. Dans le sillage de Monoprix (groupe Casino), toutes les enseignes de France se sont engagées à ne plus vendre d’œufs issus de poules élevées en cage d’ici 2025. Et des industriels comme les brioches Pasquier ou la restauration hors foyer affichent aussi des engagements de la sorte.

En dehors des plus extrêmes, ces associations relayent des attentes réelles des consommateurs en matière de bien-être animal. "Dans les pays riches et urbanisés, en Europe et en Amérique du Nord, les enquêtes consommateurs conduisent aux mêmes résultats : une forte préoccupation des modes d’élevage, de transport et d’abattage des animaux. La liberté de mouvement est un critère très important aux yeux des consommateurs, l’accès à la lumière naturelle, et plus largement tout ce qui permet l’expression de comportements naturels. C’est pour cela que l’accès au pâturage est, aux yeux des consommateurs, LE critère bien-être concernant les bovins", souligne Luc Mirabito, de l’Institut de l’élevage.

Vers des labels et étiquetages bien-être

Les associations établissent des cahiers des charges avec la distribution et l’agroalimentaire. Casino par exemple travaille avec trois associations de protection animale — LFDA, CIWF et OABA — pour "développer un projet d’étiquetage afin de mieux informer le consommateur sur le niveau de bien-être animal des produits." Le groupe a aussi mis en place un programme de contrôle des conditions d’abattage dans sa chaîne d’approvisionnement en France. Carrefour travaille depuis longtemps avec l’association Welfarm et souhaite développer avec elle et les professionnels (éleveurs, transporteurs, abatteurs), un référentiel permettant de qualifier le bien-être." L’objectif est de garantir que l’animal qui arrive dans les rayons a été bien traité tout au long de la chaîne d’opérateurs.

Les démarches bien-être animal peuvent "améliorer l’image de l’élevage vis-à-vis des consommateurs, et le bien-être deviendrait alors une opportunité de rapprocher l’éleveur du consommateur", rassure l’Institut de l’élevage dans un rapport.

La filière laitière a encore peu de cahiers des charges bien-être animal, et très peu d’étiquetage qui identifie clairement les produits laitiers avec des promesses bien-être (exemples au Royaume-Uni et aux Pays-Bas). En France, la laiterie Saint Denis de l’Hôtel a développé du lait sous cahier des charges bien-être animal, à l’initiative de son partenaire Monoprix (groupe Casino) qui y a travaillé avec l’association CIWF (lire p. 45). L’étiquetage mentionne que le lait est issu de fermes sélectionnées suivies dans le cadre d’une démarche d’amélioration continue, sans plus de détail.

Se rapprocher du consommateur

Définition et critères

Les cinq libertés fondamentales énoncées par l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale) : absence de maladies, de lésions ou de douleur ; absence d’inconfort ; absence de faim, de soif ou de malnutrition ; absence de peur et de détresse ; possibilité d’exprimer les comportements normaux de l’espèce.

En 2015, l’OIE a édité des critères mesurables du bien-être des bovins laitiers, ainsi que des recommandations sur la conception du système, des équipements, et sur la conduite d’élevage. En mai 2017, elle a adopté sa première stratégie mondiale en faveur du bien-être animal, avec notamment l’élaboration de normes internationales et le développement des compétences et la formation des services vétérinaires.

Plus de coconstruction dans l’élaboration des normes

La France décline au niveau national le changement de stratégie opéré par l’Union européenne en matière de bien-être animal. Un centre national de référence piloté par l’Inra a été créé. Et un plan 2016-2020 de vingt actions prioritaires a été arrêté, dont plusieurs concernent l’élevage (plus d’informations sur lait.reussir.fr).

Au niveau européen, "le projet de règlement cadre sur le bien-être animal a été abandonné. La Commission se concentre sur la mise en œuvre des textes existants et l’harmonisation. Une plateforme européenne a été mise en place pour que les acteurs (associations, éleveurs, vétérinaires, chercheurs, transformateurs) puissent échanger et prendre des engagements, pour que les futures normes, guides ou recommandations, émanent du terrain", expose Luc Mirabito, de l’Institut de l’élevage. "La stratégie n’est plus basée sur une obligation de moyens, mais davantage sur une obligation de résultats, avec des critères mesurables (taux de boiteries, état d’engraissement…) en continu. Il manque encore des outils pour mesurer certains critères, mais avec le développement du numérique, on aura de plus en plus d’outils fins", indique Luc Mirabito.

Lobby et politique

• L’Eurogroup for animals est un lobby qui fédère une quarantaine d’associations de protection animale pour influencer la législation européenne.

• En France, le parti animaliste a été lancé officiellement en novembre 2016. Il a présenté 142 candidats aux législatives et a recueilli près de 1,1 % des suffrages, ce qui lui donne droit à un financement public pendant cinq ans. Dans son programme, figurent par exemple des aides pour convertir des élevages vers l’agriculture végétale. Ce parti prend exemple sur un parti animaliste des Pays-Bas qui a déjà cinq sièges au Parlement.

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