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« La fosse sous caillebotis a amélioré nos conditions de travail »

Au Gaec de Brédeville dans la Manche, le stockage du lisier produit par les 150 vaches du troupeau s’effectue à l’aide de deux fosses indépendantes. Les moteurs électriques des mixeurs sont installés à l’extérieur.

LES DEUX FOSSES SOUS CAILLEBOTIS
permettent de stocker 2 400 m3 de lisier
avec une profondeur utile de 2 m.
Les eaux blanches sont stockées à part
dans une ancienne fosse.
LES DEUX FOSSES SOUS CAILLEBOTIS
permettent de stocker 2 400 m3 de lisier
avec une profondeur utile de 2 m.
Les eaux blanches sont stockées à part
dans une ancienne fosse.
© F. Mechekour

Le projet d’installation de Stéphane Mahé a été l’occasion de tout remettre à plat au niveau des bâtiments et de la salle de traite au sein du Gaec (trois associés). En effet, son installation programmée en avril 2011 s’accompagnait d’une augmentation de quota de 480 000 à 720 000 litres de lait. Aujourd’hui, la référence de 800 000 litres de lait est produite par 150 vaches de races Prim’Holstein et Normande.

« Notre stabulation sur aire paillée ne permettait de loger que 90 vaches. Nous avons donc décidé de repartir sur un projet totalement neuf », souligne Nadège, son épouse, installée depuis 2000.

Après un an de réflexion et plusieurs visites d’élevages, la solution d’une stabulation avec 156 logettes, avec un roto de traite extérieur 32 places de marque BouMatic et une fosse sous caillebotis s’est finalement imposée. « Notre principal objectif était de diminuer le temps de travail d’astreinte mais aussi d’améliorer nos conditions de travail. Nous n’avons plus besoin de raboter avec le tracteur ni de manipuler de la paille en grandes quantités. Les vaches sont plus propres surtout quand elles sont en chaleur. Et ce bâtiment est beaucoup plus lumineux que notre ancienne stabulation. » En revanche, la dermatite digitée a fait son apparition dans le troupeau.

Un investissement global de 916 000 euros HT

Les travaux ont débuté en février 2012. « Nous avons trait les premières vaches le 27 juin 2013. » Le projet initial prévoyait 130 places. « Mon père ayant été confronté à des extensions de bâtiments pour faire face à des augmentations de ses droits à produire, il nous a conseillé de prévoir plus de places dès le départ. »

Comme les vêlages sont étalés, le Gaec peut gérer jusqu’à 180 vaches. Pour Yves Françoise, du service bâtiment de la chambre d’agriculture de la Manche, si cette stratégie se comprend, « il faut aussi garder à l’esprit que les places supplémentaires coûtent cher quand elles ne sont pas utilisées ». Mais, ce n’est pas le cas au Gaec. L’investissement global s’est élevé à 916 000 euros HT, soit 5 730 euros HT par place. « C’est un montant courant pour ce type d’équipement. Aujourd’hui, pour un troupeau d’une centaine de vaches, il faut compter 6 500 euros par

place », précise Yves Françoise.

Le montant se décompose ainsi :

370 000 euros HT pour les gros oeuvres (maçonnerie, caillebotis…),

186 000 euros HT pour la charpente et le bardage,

23 000 euros HT de terrassement et

340 000 euros HT pour la machine à traire, les tubulaires, quatre DAC, un prérefroidisseur à plaques, les matelas, la plomberie, l’électricité…

Du drainage à la périphérie et sous le bâtiment

« Le coût de terrassement a été multiplié par deux par rapport au premier devis. Quand ils ont creusé il n’y avait que du cailloux et beaucoup d’eau. Il a fallu tout drainer », souligne Stéphane. « Avant de se lancer dans un tel projet, il faut d’abord connaître la nature de son sol. Ce système est proscrit si le sol n’est pas stable. Par ailleurs, il faut assurer un drainage à la périphérie de tout le bâtiment avec un regard de contrôle pour vérifier l’étanchéité dans le temps », prévient Yves Françoise.

Côté conception, il a fallu installer deux fosses indépendantes. « Nous avons été obligés de prévoir deux brasseurs parce qu’il y a huit couloirs sous la stabulation. Or, il ne faut pas dépasser quatre couloirs par brasseur pour assurer un brassage de qualité au-delà d’une longueur de 50 mètres », précise Christian Morice, le gérant de Lacta-Service.

Les caillebotis sont rainurés et donc antidérapants et leur fente va jusqu’au rebord du muret des logettes. Le couloir central de la stabulation sert de parc d’attente. « Avec l’augmentation des durées réglementaires de stockage des effluents d’élevage et de présence des animaux dans les bâtiments, on est obligé de stocker le lisier sous toute la surface du bâtiment. C’est d’autant plus nécessaire qu’il est très difficile de pomper le lisier au-delà de 3 mètres de profondeur », explique Yves Françoise.

Un mixeur pour quatre couloirs maximum

Avec 2 400 m3 de capacité de stockage, l’élevage a de la marge en termes de respect de la réglementation. D’autant que le pâturage occupe encore une place prépondérante dans le système. « Nos vaches ont 30 hectares accessibles sans avoir besoin de traverser une route. » Durant la saison de pâturage, elles restent très peu dans le bâtiment malgré un accès libre.

La mise en route des mixeurs est programmée une fois par semaine la nuit. « Le mélange se fait très bien. Nous n’avons aucun souci pour épandre le lisier », souligne Stéphane Mahé.

Après deux ans et demi de fonctionnement, le bilan est positif à deux bémols près. Un défaut de mise en place des bavettes dans les coins de la fosse permet aux larves d’éristale (les vers à queue) de remonter dans la stabulation à ces endroits. « Il faut absolument poser des plaques en plastique en forme de gouttière inversée pour empêcher les larves de remonter. Il suffit que la pose ne soit pas parfaite à un seul endroit pour que les larves entrent dans le bâtiment », prévient Jean-Luc Ménard de l’Institut de l’élevage. Second regret : rien n’a été prévu pour stocker la paille de lin utilisée comme asséchant sur les matelas de logettes.

Yves FRANÇOISE, chambre d’agriculture de la Manche : « Un système pas forcément plus coûteux »

« L’agrandissement des troupeaux, l’augmentation du temps de présence des vaches dans les stabulations, les problèmes de main-d’oeuvre… sont autant d’éléments propices au développement des systèmes 100 % lisier avec fosses sous caillebotis.

Les projets sont en augmentation nette depuis une dizaine d’années, aidés il est vrai par une amélioration de la qualité des matériaux utilisés (bétons, caillebotis rainurés…) et des compétences des entreprises qui les installent.

Les avantages de ce système sont nombreux. Il évite d’avoir une fosse à l’extérieur et de stocker de l’eau quand elle n’est pas couverte. Les animaux sont généralement propres et les sols moins humides. Les bétons durent plus longtemps que dans les systèmes avec raclage.

Par ailleurs, l’investissement n’est pas supérieur à celui d’un bâtiment en béton plein. En effet, la différence de prix se faisait surtout sur l’autoconstruction (réalisation des sols bétonnés et des bardages) qui, avec les problèmes de main-d’oeuvre, est de moins en moins d’actualité. »

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