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"Face au changement climatique, nous sommes passés en tout herbe »

Le Gaec du Bois des Houx, en Vendée, a arrêté le maïs. Grâce à une conduite rigoureuse et au semis de prairie sous couvert de triticale, trèfles incarnat et de Micheli tardif, il vise rendement, qualité et durabilité des prairies. 

Le Gaec du Bois des Houx, dans le nord de la Vendée, n'a pas accès à l'irrigation. Dans ses sols limoneux argileux, avec une réserve utile limitée dans certaines parcelles, les chaleurs et les sécheresses de plus en plus fréquentes et intenses rendaient la réussite du maïs trop aléatoire. « Lors de la terrible sécheresse de 2018, il y a eu des ruptures de stock, il a fallu acheter plus de concentrés mais nous avons produit moins de lait. Chez nous, le rendement moyen était de 8 à 10 tMS/ha. En irrigué, on peut compter sur du 15 à 16 tMS. Nous avons donc décidé d'acheter du maïs irrigué à un voisin céréalier », raconte Sylvain Fioleau, un des quatre associés du Gaec. « Nous avons réduit la surface en blé et maïs, jusqu'à ne plus en cultiver à partir de cette année. Et nous avons augmenté la surface en herbe. Avec beaucoup de prairies, nous arrivons toujours à faire pâturer les laitières, même en été. Et nous avons largement assez d'ensilage et de foin. » Le Gaec maintient le maïs dans la ration pour tenir la production laitière et faire vivre 4,5 UTH. Une ration d'ensilage d'herbe et d'ensilage de maïs est distribuée aux laitières toute l'année (25 % de maïs en moyenne sur l'année), plus ou moins selon la pousse de l'herbe.

Déléguer la production de maïs

Le Gaec achète à un voisin céréalier 10 hectares de maïs grain irrigué sur pied à 1 500 €/ha. Le Gaec s'occupe du chantier d'ensilage (en Cuma). « Avec ce maïs très énergétique, la quantité de correcteur azoté a augmenté. Mais nous avons supprimé l'apport de maïs aplati. D'autre part, le rendement laitier est passé de 6 400 l/VL à 7 800 l. Les taux protéique et butyreux ont aussi progressé. Le coût de ce maïs est donc plus que compensé ! »

PTD, déprimage, topping...

Sur les 60 hectares de prairies autour de la stabulation, l'essentiel est dédié au pâturage des laitières. La majorité sont des prairies multiespèces de longue durée : ray-grass anglais, trèfle blanc, fétuque élevée, des trèfles violet, hybride, de Micheli, incarnat, et du lotier, de la fléole, du plantain. Ces parcelles, d'environ 2 hectares chacune, sont conduites en pâturage tournant dynamique, au fil avant et arrière.

Le rendement de l'herbe atteint en moyenne 7 tMS/ha sur les prairies multiespèces. La plus ancienne a aujourd'hui 6 ans et reste belle. Pour tirer le meilleur de ces prairies en quantité et qualité, dans la durée, le Gaec met en œuvre plusieurs pratiques. Un dernier pâturage rapide des génisses et taries avant l'hiver. Un déprimage par tous les animaux en sortie d'hiver dès que le sol est portant. Une fertilisation azotée après le déprimage pour booster les repousses si nécessaire. Quand la pousse de l'herbe est trop forte, il faut débrayer des parcelles de l'ilot de 60 hectares. « Soit on ensile à l'optimum quantité-qualité. Soit on réalise du topping quand la fétuque élevée est tout juste en train d'épier. » Le topping stimule la repousse de l'herbe, qui se fait de façon homogène. « Et les vaches rasent moins la prairie que si on n'avait pas fauché. »

En été, des stocks sur pied

 
Une des cinq parcelles "parking" sur le site des vaches. « On y met les vaches pour laisser plus de temps de réessuyage ou de repousse aux autres parcelles. Elles sont donc "sacrifiées" pour assurer la conduite des autres parcelles. » © C. Pruilh

 

Les stocks d'herbe sur pied sont réservés pour les vaches laitières, et les parcelles à qualité limitée pour les génisses et les taries. Quand la pousse de l'herbe ralentit, les vaches tournent moins vite dans les pâtures. « Et on augmente la distribution d'ensilage d'herbe et de maïs à l'auge. On peut laisser les vaches dans une parcelle "parking" pour laisser à d'autres parcelles plus de temps de repousse. » Puis les vaches entrent dans la parcelle quand l'herbe fait au moins 15 cm de haut. On place le fil avant et le fil arrière de manière à ce qu'elles aient une ration pour une demi-journée (10 h – 15 h 30). Elles restent dans un paddock jusqu'à une hauteur d'herbe de 6 cm. « Avant, on avait tendance à laisser les vaches trop longtemps ; elles rasaient trop l'herbe, qui avait du mal à repartir ensuite. » Les stocks sur pied conviennent aux parcelles riches en légumineuses. Au Gaec, les trèfles représentent jusqu’à 60 % de la prairie la première année, « puis la proportion diminue, plus ou moins selon les parcelles ».

Des prairies semées sous couvert

Le Gaec du Bois des Houx a testé en octobre 2019 de semer un mélange prairial sous couvert de triticale et trèfle incarnat et de Micheli tardif. Il s'agissait de 7,5 hectares de vieilles prairies à refaire. « Grégoire Dufour, de la chambre d'agriculture, nous a conseillé cette technique qui offre plus de souplesse, au semis et dans la conduite », précise l'éleveur.

 

Une parcelle de prairie semée sous couvert de triticale et trèfles annuels. Cette technique permet une production de biomasse plus précoce le printemps suivant, et fait gagner quinze jours de pousse à la prairie. © C. Pruilh

 

Grégoire Dufour explique : « On peut semer la prairie plus tard, jusqu'au 25 octobre, dans de meilleures conditions météorologiques que fin septembre quand il fait trop sec. Le triticale et les trèfles annuels ont un démarrage précoce, et ils font de la biomasse très tôt au printemps. Après leur récolte ou leur pâturage, la prairie, qui a eu le temps de s'implanter, se développe franchement. On gagne quinze jours pour la pousse de la prairie. »

Pour l'implantation, le Gaec a labouré les prairies, puis passé un combiné de semis en ligne pour le triticale. Il vaut mieux semer en deux fois car les tailles de graines sont très différentes : le triticale d'abord, puis les trèfles annuels et le mélange prairial « au Vicon, suivi du passage de deux rouleaux ».

Grâce au semis de prairie sous couvert, les éleveurs ont augmenté le nombre de jours pâturés. « Cela a laissé le temps aux autres parcelles de repousser correctement. On avait tendance à revenir trop vite dans certaines parcelles », expose Sylvain Fioleau. Le Gaec a vu une amélioration de la production laitière et des taux durant la saison de pâturage 2020. L’année dernière, le Gaec a semé ainsi 25 hectares au total sur ses deux sites.

Gégoire Dufour ajoute : « Certains éleveurs sèment d'autres "couverts" avec le mélange prairial : un méteil triticale-pois ou triticale-féverole, qui peut être récolté en fourrage ou en grains. Dans ce dernier cas, la prairie redémarre bien à l'automne après la moisson. »

Chiffres clés

Un système très économe

4 associés, 1 salarié
105 vaches prim'Holstein traites
160 ha de prairies en 2021
27 mois d'âge moyen au premier vêlage
24 génisses de renouvellement par an
7 800 l/VL/an
36 €/1000 l de coût alimentaire avec 107 g/l de concentrés

À retenir

Les actions

Diminuer le nombre de génisses
Réduire et arrêter les cultures annuelles trop aléatoires : maïs et blé
Augmenter les surfaces en prairies et améliorer leur conduite 

Réduire le nombre de génisses

Réduire le chargement est très efficace pour soulager le système fourrager face au changement climatique. « Il y a encore des marges d'évolution pour réduire le nombre d'animaux improductifs dans beaucoup d'élevages laitiers », note Grégoire Dufour, conseiller à la chambre d'agriculture des Pays de la Loire. Les actions concrètes sont : réduire l'âge au premier vêlage des génisses en visant 24 mois ; réduire le taux de renouvellement encore compris entre 30 et 35 % en moyenne dans les élevages ; retarder la reproduction pour avoir moins de jours improductifs et plus de jours productifs.

Au Gaec du Bois des Houx, l'âge au premier vêlage est passé de 36 mois il y a quatre ans à 27 mois en moyenne. L'objectif est de se rapprocher de 24 mois. Le renouvellement est passé de 32 génisses élevées par an à 24 génisses en 2020. Cela représente de grosses économies de fourrage : 90 tonnes !

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