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Courants parasites : « Nous avons regagné en fréquentation au robot en changeant un câble électrique défectueux dans les Côtes-d’Armor »

Dans les Côtes-d’Armor, à la SCEA de l’Ambre, la fréquentation au robot a subitement baissé en juin dernier et les cellules ont grimpé. En cause, des courants parasites, notamment issus du câble reliant le point de livraison au tableau électrique principal.

« Du jour au lendemain, la fréquentation des vaches laitières au robot est passée de 2,7 à 2,3 voire 2,2, rapporte Emmanuelle Le Lostecque, responsable du troupeau laitier à la SCEA de l’Ambre. Ce qui m’a choquée, c’est qu’il n’y a pas eu de baisse progressive. » Nous sommes alors aux alentours du 20 juin 2024, soit un peu plus d’un an après la mise en route des deux robots de traite. « Les cellules aussi ont grimpé : entre juin et juillet, leur niveau est passé de 170 000 à 240 000. Les vaches rechignaient à sortir de la stabulation, pourtant il y avait de l’herbe dehors. C’était le seul comportement visible. »

Fiche élevage

SCEA de l’Ambre

•2 associés, 1 salarié à plein temps

•2 robots depuis le 14 mars 2023

•104 prim’Holstein à la traite

•1,2 million de litres de lait

•10 540 litres de niveau d’étable

•180 ha de SAU

Essayer de changer la prise de terre

« Très vite, j’ai pensé à un souci électrique ou des courants parasites », poursuit Emmanuelle Le Lostecque. L’éleveuse se rappelle que la prise de terre a été déplacée lors de l’installation des robots. « Elle s’est retrouvée dans la laiterie, à côté du tank. J’ai pensé que cela pouvait en être la cause. J’ai contacté un électricien. Nous avons tiré dix mètres de câble pour repiquer une terre dans un champ. » Cette « nouvelle terre » fait effet : « Les vaches sont revenues au robot, c’était spectaculaire. Nous avons retrouvé des fréquences de 2,6 passages. » L’euphorie est cependant de courte durée. « Huit jours après, elle rebaissait à 2,2. Les vaches sont passées de 33 kilos à 30 kilos. La rumination, par contre, était correcte. » Jugée inutile, la « nouvelle terre » est démontée.

Mi-juillet, Emmanuelle Le Lostecque appelle son vétérinaire. Il lui recommande un diagnostiqueur électrique, Jean-Claude Deschamps, qui se rend à la SCEA de l’Ambre le 6 août. « Il a tout étudié, tout mesuré, partout où vont les vaches. Il a démarré par le point de livraison du courant électrique. Il a ensuite mesuré le voltage de l’armoire électrique principale et s’est rendu compte qu’il y avait une déperdition entre le point de livraison et le bâtiment. Nous ne nous en étions pas aperçus, car il n’y avait pas de microcoupure, les robots marchaient en continu, tout était OK, même les leds qui sont sensibles. Il a mesuré les tensions de pas et de contact aux robots : les deux robots avaient des fuites de courant mais pas de mêmes valeurs alors qu’ils sont reliés entre eux. Il a aussi pris des mesures dans l’eau. Là aussi, il y avait des courants vagabonds. »

Retour à 160 000 cellules

« Jean-Claude Deschamps a mesuré une déperdition électrique de la pompe du forage. L’alimentation électrique était défectueuse », rapporte Emmanuelle Le Lostecque. Elle contacte une entreprise spécialisée dans les forages et change les quatre-vingts mètres de câble d’alimentation de la pompe. « Il n’y a pas eu de résultat spectaculaire. Mais il fallait le faire. »

Le diagnostiqueur recommande aussi de changer le câble électrique qui relie le point de livraison au compteur principal. « Il passe sous la cour de la ferme et date de 1985. Nous avons eu la chance de trouver une gaine que le cédant avait installée et qui ne servait pas. Sinon, nous aurions dû casser le béton sur une centaine de mètres. » Les éleveurs passent alors le câble eux-mêmes. Le raccordement est fait le 19 septembre par une entreprise d’électricité. La coupure dure deux heures. « Dès le 21 septembre, nous avions regagné 0,3 à 0,4 point de fréquentation au robot. Le 26 septembre, nous étions revenus à un niveau de 160 000 cellules. Les vaches sont retournées dehors. »

« Nous aurions dû faire un diagnostic complet avant d’installer les robots »

Quand Emmanuelle Le Lostecque a décidé de passer de la salle de traite aux robots, elle se rappelle d’« un gros nettoyage électrique. Nous avons repris la ferme du cédant en 2011, rien n’avait été fait en électricité depuis des années. Des câbles avaient été changés mais des anciens étaient encore en place ». Les tableaux électriques ont alors été refaits, le ferraillage et les treillis mis à la terre.

Une géobiologue est intervenue en amont de la mise en place des robots de traite et, à leur mise en route, un diagnostic Certi’traite a été réalisé. « Ils ont mesuré la terre et les liaisons équipotentielles du bloc traite et n’ont rien trouvé d’anormal. Nous avons démarré les robots, au bout de quarante-huit heures nous avions retrouvé la production de la salle de traite. C’était honorable. »

Seulement, les recherches électriques n'ont été réalisées que sur le bloc traite, et non sur l’ensemble de l’exploitation. « Quand la situation a dérapé un an après, nous avons été très anxieux vis-à-vis de l’investissement qu’il faut rembourser. Une vache qui ne va pas bien commence par baisser en lait mais il peut y avoir un effet boule de neige. Avec du recul, j’aurais dû faire faire le diagnostic complet car la facture n’est pas grand-chose au regard des 400 000 euros investis. »

Côté éco

Le coût des interventions

•500 € pour changer le câble du forage

•1 560 € pour changer le câble entre le point de livraison et le tableau électrique principal

•1 140 € de diagnostic

Avis d'expert : Jean-François Labbé, vétérinaire

« Rien de catastrophique, mais ça aurait pu devenir embêtant »

 

 
<em class="placeholder">Jean-François Labbé</em>
« Au bout de quelques mois, les courants parasites peuvent provoquer des problèmes de reproduction ou des lactations qui démarrent mal », signale le vétérinaire Jean-François Labbé. © J. Pertriaux

« La fréquentation au robot était en baisse mais il n’y avait rien d’alarmant. En fonction de la chaleur ou de l’humidité, la diffusion électrique n’est pas la même. Plus il fait chaud, si le câble est défectueux, plus il diffuse des courants parasites. Emmanuelle est la responsable du troupeau laitier, elle a l’œil sur tout alors elle a très vite vu que quelque chose n’allait pas. Mais cela aurait pu durer. En octobre-novembre, on ouvre les nouveaux silos de maïs, alors on peut penser que les troubles viennent de la transition alimentaire. Si on n’est pas attentif, on arrive au bout de quelques mois avec des problèmes de reproduction, des lactations qui démarrent mal et là, cela devient plus compliqué à rattraper. L’impact économique est plus important. »

Avis d'expert : Jean-Claude Deschamps, ingénieur en électricité

« J’ai mesuré un déséquilibre de 3 volts »

 

 
<em class="placeholder">Jean-Claude Deschamps</em>
« Les câbles peuvent devenir défectueux car l’isolant est soumis à des vibrations dues au trafic routier, aux engins, à la saleté, à l’humidité, etc.», décrit Jean-Claude Deschamp, diagnostiqueur électrique. © J.-C. Deschamps

« À la SCEA de l’Ambre, j’ai mesuré un déséquilibre de 3 volts entre le point de fourniture d’énergie et le tableau d’alimentation principal. Les câbles peuvent devenir défectueux car l’isolant est soumis à des vibrations dues au trafic routier, aux engins, à la saleté, à l’humidité, etc. La pompe de forage est alimentée par un relais de mise sous tension en fonction de la consommation d’eau. Des mesures spécifiques électriques sont faites pour connaître l’état de dégradation du câble d’alimentation ou celui de la pompe de forage. Ce sont des problèmes électriques que je peux rencontrer dans trois ou quatre diagnostics sur dix. »

 

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