« Avec notre robot d’alimentation, nourrir 300 animaux se résume à 30 minutes de surveillance pour 9 rations différentes » dans les Côtes-d’Armor
Dans les Côtes-d’Armor, le Gaec Boscher Palaric fait partie des tout premiers élevages équipés du robot d’alimentation Kuhn Aura. Après une longue phase d’intégration, l’automate a trouvé son régime de croisière. À la clé : une forte réduction de la charge de travail et des effets mesurables sur l’ingestion et la production des 135 vaches laitières.
Dans les Côtes-d’Armor, le Gaec Boscher Palaric fait partie des tout premiers élevages équipés du robot d’alimentation Kuhn Aura. Après une longue phase d’intégration, l’automate a trouvé son régime de croisière. À la clé : une forte réduction de la charge de travail et des effets mesurables sur l’ingestion et la production des 135 vaches laitières.
« Aujourd’hui, l’alimentation de nos 300 animaux se résume à une petite demi-heure de surveillance », résume Gaëtan Palaric, éleveur au Haut-Corlay dans les Côtes-d’Armor qui compte parmi les premiers produteurs équipé du robot d’alimentation Aura de Kuhn. Chaque jour, il se contente de vérifier la propreté des capteurs et l’absence d’obstacles sur le parcours du robot désileur distributeur. Associé avec sa femme Estelle et son beau-frère Baptiste Boscher, il conduit un troupeau de 135 prim’Holstein, produisant 1,6 million de litres de lait.
Un objectif de 1,8 million de litres avec 2 UTH
« Avant, avec la mélangeuse, l’alimentation représentait deux heures et demie d’astreinte quotidienne. C’était devenu une vraie corvée, aussi bien pour moi que pour ma salariée », se souvient l’éleveur. L’arrivée de l’automate change la donne. « Aujourd’hui, je suis confiant dans notre capacité à atteindre 1,8 million de litres, sans robot de traite, sans augmenter le cheptel et avec seulement 2 UTH sur l’atelier lait. »
Le robot d’alimentation Kuhn Aura est installé sur l’exploitation depuis novembre 2024. « Dès la construction du bâtiment, en 2019, j’avais prévu d’automatiser l’alimentation à terme. En revanche, je ne voulais pas d’un système qui oblige encore à passer du temps à désiler et à alimenter une cuisine », explique Gaëtan Palaric.
Six mois à optimiser le fonctionnement
La fraise de désilage intégrée à l’Aura fait rapidement la différence. « C’est ce qui m’a immédiatement séduit. » Reste que l’éleveur accepte de s’engager sur une machine encore en phase de pré-série. « J’ai mesuré le risque, mais j’étais aussi motivé à l’idée de participer aux derniers ajustements d’un équipement innovant. » Encadrée étroitement par le constructeur et le distributeur, la mise en route s’étire dans le temps. « L’automate était fonctionnel au bout de quinze jours, et j’ai vite pu en prendre les commandes grâce à une application mobile très intuitive. En revanche, il nous a fallu près de six mois pour optimiser l’ensemble des réglages. »
Plus de fibres dans les rations
Désormais en rythme de croisière, le robot fonctionne environ 11 heures par jour et confectionne jusqu’à neuf rations, dont une pour les laitières (complémentation au DAC), deux pour les taries et trois pour les génisses. « Il prépare deux fois par semaine un mash pour les veaux avec de la paille fraîche et de l’aliment. Pour les vaches, j’ai ajouté une ration de foin qui est beaucoup mieux valorisée que la botte déroulée auparavant », indique Gaëtan Palaric. Sur la plage horaire quotidienne (de 5 h à 21 h), le robot de 3 m³ distribue sept repas aux laitières et deux aux taries. « L’Aura m’a permis d’intégrer davantage de fibres dans la ration sans pénaliser les temps de mélange. Le foin et la paille en bigs rotocutés passent très bien dans la fraise, et les deux vis verticales assurent un mélange homogène. » Les effets ont été rapidement visibles sur l’ingestion, notamment en période estivale. « Par temps sec, on observe des gains de 6 à 7 kilos de matière brute ingérée », indique l’éleveur.
Des économies de maïs
Les vaches valorisent mieux leur ration et les pertes sont fortement limitées. « Il n’y a quasiment plus de refus à l’auge, ni de pertes au pied du tas. C’est l’un des gros points forts de ce robot qui désile directement à chaque distribution. » Avec sa petite fraise et son système de pesée, l’automate prélève des quantités très précises d’ensilage. « En désilant au télesco, j’avais tendance à en mettre toujours un peu plus malgré la pesée sur la mélangeuse. Le passage aux silos couloirs améliore aussi l’homogénéité du tas. Au vu du stock actuel, je vais pouvoir réduire ma surface de maïs de presque dix hectares en 2026 », apprécie l’éleveur.
Côté production laitière, le robot apporte surtout de la régularité. « Les vaches sont en meilleur état, elles se maintiennent plus longtemps à des niveaux élevés, et cela finit par se traduire en litres. » La moyenne du troupeau est ainsi passée de 36 à 38 kilos de lait par vache et par jour, « en sachant que l’on est encore en phase de transition avec 50 % de l’effectif en première lactation. »
Le Gaec Boscher Palaric
> 3 associés et 2 salariés
> 135 prim’Holstein et leur suite (300 bovins)
> 1,6 million de litres de lait
> 180 ha de SAU dont 50 ha de maïs, 60-70 ha de céréales et le reste en herbe
> 250 truies naisseur engraisseur
Chiffres-clés
> 4 000 h moteur en un an, soit environ 11 h/j
> 15 à 20 cycles de machine/j
> 9 rations distribuées : 1 VL (équilibrée à 35 kg), 2 taries, 3 génisses, 1 veaux, 1 engraissement, 1 foin
> 29 lots différents alimentés
> 4,2 l/h de GNR consommé
> 700 h de télescopique économisées sur un an
Côté éco
> 300 000 € robot d’alimentation, dont 80 000 € d’aides France 2030
> 150 000 € aménagements (silos, points de stockage fibres, réseau Wi-Fi)
> 3 000 € frais d’entretien la première année (vidanges et pièces d’usure, essentiellement les couteaux de la fraise)
Des aménagements et de nouvelles habitudes
1 – Construire des silos couloirs
Avant l’arrivée du robot, Gaëtan Palaric stockait ses ensilages en silos taupinières implantés sur une dalle bétonnée en bout de bâtiment, qui ne répondaient pas aux exigences de repérage spatial et de sécurité imposées par Kuhn. « Nous avons autoconstruit sept murs banchés de 45 mètres de long et 3 mètres de haut, ce qui nous permet de disposer de six couloirs d’une largeur de 9 à 12 mètres, en sachant qu’il y a en réalité 40 mètres utiles car le robot doit pouvoir entrer dans le couloir avant de désiler. » Remplis de terre, ces murs forment une zone de circulation sécurisée, facilitant le bâchage et le débâchage des silos. Un point clé pour la fiabilité du système. « Une bâche volante mal positionnée détectée par le Lidar de la machine peut rapidement devenir une source d’arrêts intempestifs. »
2 - Un espace de stationnement et de stockage
L’espace de stockage et de stationnement a été aménagé sous le bâtiment avec deux cases recevant les balles cubiques de foin et de paille. « Je dispose de quinze jours à trois semaines de stock en fibres. Au début, j’utilisais de la matière broyée en vrac, mais pour limiter la poussière au chargement qui perturbait les capteurs du robot, je suis passé à des balles rotocutées. » De l’autre côté de la zone de stationnement du robot, quatre silos en béton autoconstruits, d’une capacité de 10 tonnes chacun, approvisionnent le robot en correcteur azoté et aliments concentrés. « C’est aussi à cet endroit que j’effectue l’entretien courant et le plein de GNR du robot. »
3 – Un pilotage à distance depuis une application mobile
« Je sais en permanence où en est le robot et je peux ajuster certains paramètres tels que le nombre d’animaux par lot ou la composition des rations, sans me déplacer. Ma salariée est aussi autonome avec l’outil. Elle y trouve beaucoup plus d’intérêt que de perdre son temps avec la mélangeuse. »
4 – Aux petits soins pour les capteurs
L’éleveur et sa salariée sont encore régulièrement alertés par un SMS indiquant un arrêt du robot. « La plupart du temps, c’est lié à une saleté sur un capteur ou à la présence d’un obstacle sur sa route. » D’où l’importance d’une surveillance quotidienne : contrôle visuel des capteurs une fois par jour et soufflage complet du robot deux fois par semaine. « Les jours où nous faisons fait l’impasse, nous sommes quasiment sûrs d’avoir une alarme. »
Pourquoi robotiser l’alimentation et pas la traite ?
Lors de la réflexion menée en 2017-2018 pour la construction de son nouveau bâtiment, Gaëtan Palaric s’est interrogé sur l’opportunité d’investir dans un robot de traite.
« Je me souviens, lors de notre réflexion à l’époque, certains éleveurs faisaient marche arrière sur le robot. Il y avait aussi beaucoup d’incertitudes sur l’évolution de la production laitière. Deux robots n’auraient pas suffi, tandis que trois représentaient un investissement trop lourd pour notre exploitation, explique Gaëtan Palaric, éleveur au Haut-Corlay dans les Côtes-d’Armor. En conservant une salle de traite (TPA 2x10 double équipement), je gardais une meilleure maîtrise de mes charges et davantage de souplesse en cas de variation des volumes produits. »
Des salariés motivés par la traite
La question de la main-d’œuvre n’était par ailleurs pas un frein. « Avec un protocole simplifié, la traite mobilise entre une heure et demie et deux heures avec un seul trayeur. En semaine, un salarié n’assure qu’une traite par jour. Le week-end, la personne d’astreinte n’a que la traite à gérer. »
L’éleveur a donc fait le choix de prioriser l’automatisation de l’alimentation. « Mes salariés sont davantage motivés par la traite que par la conduite des tracteurs pour charger le bol et distribuer les rations. En automatisant l’alimentation plutôt que la traite, j’ai économisé plus de temps de travail tout en améliorant les performances de l’élevage. »
Mise en garde
Pour limiter les arrêts qui sont encore nombreux, l’éleveur prévoit de restreindre l’accès aux zones de circulation du robot et de clôturer l’enceinte du bâtiment. Il réfléchit enfin à la souscription d’un contrat d’entretien. « La première année, l’entretien s’est limité à des vidanges toutes les 500 ou 1 000 heures, ainsi qu’aux pièces d’usure. Mais pour éviter les immobilisations, une maintenance préventive peut se justifier à terme. »