Agrivoltaïsme : les haies solaires protègent surtout du vent la prairie et les bovins
Dans le Puy-de-Dôme et en Meurthe-et-Moselle, deux centrales agrivoltaïques de démonstration sont constituées de panneaux photovoltaïques fixes verticaux, appelés haies solaires. Les bovins au pâturage s'en servent contre le vent.
Dans le Puy-de-Dôme et en Meurthe-et-Moselle, deux centrales agrivoltaïques de démonstration sont constituées de panneaux photovoltaïques fixes verticaux, appelés haies solaires. Les bovins au pâturage s'en servent contre le vent.
« La vitesse du vent est divisée par deux », à Laqueuille dans le Puy-de-Dôme
Le démonstrateur d’Engie Green a démarré fin 2022 sur une parcelle appartenant à Inrae, à 1000 mètres d’altitude, sous un climat continental frais et humide, à Laqueuille, dans le Puy-de-Dôme. Il s’agit de neuf haies solaires, de 252 panneaux photovoltaïques verticaux fixes bifaciaux sur pieux battus, avec un interrang de 12 et 18 mètres. Un des atouts des haies solaires est que l’emprise au sol est réduite, l’ancrage simple et réversible.
Au bout de trois ans de suivi, les résultats montrent que les panneaux semblent avoir peu d’effet sur la prairie. Les génisses utilisent les panneaux pour s’abriter du vent : la vitesse du vent est divisée par deux. En revanche, lors des journées chaudes et ensoleillées, les animaux passent plus de temps sous les arbres, situés en bordure de parcelle, car l’ombre des panneaux n’est pas suffisante, surtout en milieu de journée.
Pour la conduite de la parcelle, « des fils électriques, placés proches des panneaux, évitent que les vaches ne dégradent les panneaux tout en permettant le pâturage de l’herbe sous les panneaux. Une brosse a aussi été installée sur la parcelle pour permettre aux vaches de se frotter », expose Catherine Picon-Cochard, chercheuse à l’Inrae. Des engrais minéraux sont apportés avec un tracteur équipé d’un épandeur centrifuge. « Il n’y a pas besoin de nettoyer les panneaux et les boulettes d’engrais projetées sur les panneaux ne les dégradent pas. »
Ce dispositif intéresse l’énergéticien car il permet de produire plus d’électricité en début et fin de journée, comparé à des centrales photovoltaïques classiques, ce qui le rend complémentaire des centrales classiques, et permet in fine à Engie de produire de l’électricité de façon plus régulière sur une journée.
« L’herbe aussi bénéficie de l’effet coupe-vent », à La Bouzule en Meurthe-et-Moselle
À La Bouzule, sur la ferme de l’Ensaia en Meurthe-et-Moselle, le démonstrateur de Solstyce (technologie Next2Sun) a été mis en route en 2023, sur une prairie permanente dédiée uniquement au pâturage, sur un sol d’argiles lourdes. Les interventions sont donc limitées à l’épandage du digestat de la ferme. D’une puissance de 79 kWc (potentiel de 70 MWh d’électricité), la centrale compte 170 panneaux verticaux fixes et bifaciaux, en cinq rangées. « Un fil à 50 centimètres des panneaux empêche les vaches de s’y frotter, précise Guillaume Henry, directeur du centre de recherche et développement de La Bouzule. L’effet coupe-vent est bénéfique pour les vaches et pour l’herbe, qui est protégée des vents gélifs l’hiver et des vents asséchants l’été. Nous gagnons environ trois semaines de pousse au début du printemps. » Il estime que les haies solaires sont un moyen de maintenir les prairies et l’élevage, dans une région où des prairies sont retournées et mises en culture chaque année. Le site a intégré le PNR AgriPV (Pôle national de recherche, innovation et enseignement sur l’agriphotovoltaïsme) porté par l’Inrae « et nous souhaitons mettre en place des protocoles expérimentaux standardisés au sein du PNR ». Il faudra donc attendre encore un peu pour avoir des résultats d’étude sur ce site.