Lactalis en passe de racheter Triballat
Le projet de rachat de Triballat par Lactalis pourrait rebattre les cartes de la filière caprine française. En intégrant le quatrième collecteur national de lait de chèvre, le groupe mayennais deviendrait le deuxième collecteur de lait de chèvre tout en renforçant son portefeuille de marques et de fromages AOP.
Le projet de rachat de Triballat par Lactalis pourrait rebattre les cartes de la filière caprine française. En intégrant le quatrième collecteur national de lait de chèvre, le groupe mayennais deviendrait le deuxième collecteur de lait de chèvre tout en renforçant son portefeuille de marques et de fromages AOP.
Le géant laitier Lactalis a annoncé le 23 juillet être entré en « négociation exclusive » pour acquérir 100 % du capital de Triballat. Si l'opération aboutit, ce rachat placerait Lactalis parmi les premiers collecteurs de lait de chèvre en France.
Dans leur communiqué commun, Hugues Triballat, président de Triballat, et Emmanuel Besnier, président de Lactalis, expliquent être « guidés par une même vision de l’excellence, un profond attachement aux territoires et des racines familiales fortes » et partager « la même ambition : préserver un héritage remarquable tout en lui donnant les moyens de poursuivre son développement en France et à l'international ».
Triballat, une entreprise familiale indépendante plus que centenaire
Fondé en 1901 à Rians dans le Cher, Triballat est resté depuis plus de 120 ans une entreprise familiale indépendante. Le groupe emploie aujourd'hui environ 1 600 collaborateurs et exploite 17 sites de production, principalement en France, mais également en Espagne et aux États-Unis. La laiterie privée collecte 140 millions de litres, dont environ 50 millions de lait de chèvre.
Lire aussi : Henri Triballat : « Une démarche RSE pour montrer les efforts des éleveurs laitiers »
Connu du grand public pour la marque Rians (faisselle, crottin, dessert), Triballat est aussi un acteur historique des fromages de chèvre AOP et de tradition, avec les marques et fromageries Picandine (cabécou du périgord, Dordogne), Cloche d’Or (sainte-maure-de-touraine, Indre-et-Loire), Dubois-Boulay (crottin de chavignol, Cher), La Lémance (fromages bio, Lot-et-Garonne), fromagerie de la Drôme (picodon, Drôme), la fromagerie du Quercy (rocamadour, Lot), la fromagerie Anjouin (selles-sur-cher, valençay et pouligny-saint-pierre, Indre) ainsi que la fromagerie Segré et la fromagerie Hardy (selles-sur-cher et valençay, Loir-et-Cher). L'entreprise est également présente aux Etats-Unis avec la laiterie Laura Chenel en Californie. En 2025, Triballat a réalisé un chiffre d'affaires de 365 millions d'euros, dont près de 30 % à l'international.
Lactalis, possible numéro un du lait de chèvre en France
Premier groupe laitier mondial, Lactalis rassemble des marques comme Président, Lactel, Parmalat, Galbani, Société ou Étoile du Quercy. Avec 31,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, le groupe est présent dans 50 pays et compte 270 laiteries et fromageries à travers le monde. Lactalis poursuit donc son développement à la fois par croissance interne et par acquisitions ciblées. Le rapprochement avec Triballat constituerait une nouvelle étape dans cette stratégie. Il permettrait au groupe mayennais d'élargir son portefeuille de marques, de renforcer sa présence sur les fromages AOP et de consolider son approvisionnement en lait de chèvre.
Lire aussi : 100 % d’adhésions pour l’OP lait de chèvre du Rouergue
En acquérant le quatrième collecteur de lait de chèvre français, Lactalis approcherait les 150 millions de litres de lait de chèvre collectés en France, un niveau qui le place un peu en dessous d'Eurial (Agrial), aujourd'hui considéré comme le premier collecteur français avec environ 160 millions de litres transformés et vendus principalement sous la marque Soignon.
Une plus grande force commerciale
Ces derniers mois, Triballat avait fait part à ses producteurs de plusieurs difficultés : les contraintes liées à la transformation du lait cru, les difficultés à valoriser le lait de vache écrémé, mais aussi les blocages pour passer des hausses de tarifs lors des négociations commerciales avec la grande distribution. « Ce projet pourrait redonner de la force commerciale à Triballat et permettre à nos AOP d’être vendus dans davantage de points de vente », espère Sylvain Boiron, éleveur de chèvres du Loir-et-Cher et président de l'organisation de producteurs Rians-Centre. Les producteurs restent toutefois vigilants et souhaitent préserver un dialogue de proximité entre les organisations de producteurs et l'entreprise, malgré le possible changement d'actionnaire.