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« Nous sommes fatigués de ne toujours pas être considérés » : que demandent les jeunes ruraux à Michel Barnier dans une lettre ouverte ?

L’association Rura, ex Chemins d’Avenirs,  qui ambitionne de faire changer le regard sur le ruralité et les jeunes ruraux, vient de publier une lettre ouverte au Premier ministre pour qu’il ne les oublie pas et qu’il fasse cesser les inégalités qu’ils expriment dans trente témoignages qui accompagnent ce courrier. 

Portrait de Michel Barnier
Les jeunes ruraux souhaitent échanger avec Michel Barnier.
© Service photographique de Matignon / Florian David

« Si j’avais le 07 de Michel Barnier » : ainsi est titrée la lettre de l'association Rura (dédiée à la jeunesse des territoires ruraux et des petites villes) dirigée par Salomé Berlioux publiée dans Ouest-France le 25 novembre dernier qui aborde tous les sujets de revendication des jeunes ruraux qui disent en avoir marre d’être des laissés pour compte. « Situés plus loin des opportunités académiques, culturelles ou économiques, nous avons moins accès aux soins, moins accès aux diplômes, moins accès à l’emploi, moins accès à la culture, moins accès au logement et à la propriété. Au-delà des difficultés, réelles, du monde agricole, des solutions doivent être apportées aux jeunes qui vivent loin des grandes métropoles. Nous sommes convaincus que c’est la clé de la cohésion nationale que vous souhaitez rétablir » écrivent-ils.

« Les jeunes des territoires restent, dans l’imaginaire collectif, une poignée de fils et de filles d’agriculteurs »

Très remontés, ils poursuivent : « Les jeunes des territoires restent, dans l’imaginaire collectif, une poignée de fils et de filles d’agriculteurs grandissant dans des coins de France où il ferait bon vivre. Au grand air, proches de la nature, au rythme des saisons. Lointains et, la plupart du temps, silencieux. Ne sommes-nous donc dignes de votre intérêt que lorsque les résultats des élections ne sont pas à votre goût ? ». Et de répondre : « Et pourtant, nous représentons un tiers de la jeunesse française. Et pourtant, en ruralité, pas plus de 6 % d’actifs travaillent dans l’agriculture. Et pourtant chez les jeunes ruraux, le premier parti, c’est l’abstention. Comme partout ailleurs ».

Lire aussi : tous nos articles sur la ruralité

Les jeunes ruraux estiment ne pas être considérés

Les jeunes ruraux estiment qu’ils sont les grands oubliés des décisions politiques : « Vous comprendrez pourquoi nous sommes fatigués de ne toujours pas être considérés. Pourquoi ça nous révolte que la plupart des politiques publiques pensées pour la ruralité soient liées à la production agricole ». Ils dénoncent le manque de moyens mis à leur disposition, avec au final une jeunesse sacrifiée victime de multiples inégalités : « Alors que nous avons des résultats scolaires dans la moyenne nationale, nous finissons par suivre des études plus courtes que les autres. En même temps, avec 70 % des formations postbac situées dans les grandes villes et les 30 % restantes qui ont peu de chances de se trouver à un jet de pierre de chez nous, on ne risque pas d’aller bien loin »

« Le lieu dans lequel on est élevé ne devrait pas à ce point conditionner l’accès aux droits et aux opportunités"

Ils dénoncent « des journées qui commencent plus tôt car nos établissements scolaires sont plus loin » et pointent du doigt le manque de transports, leur coût quand ils sont obligés de les emprunter et les prix prohibitifs des logements lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix que de quitter leur lieu de vie pour aller étudier en ville, souvent très loin. Et pourtant, ils aiment l’endroit où ils vivent et aimeraient bien y travailler mais ne le peuvent pas, faute d’emploi. Ils écrivent : « Comprenez-le : nous ne demandons pas à grandir ailleurs. Mais le lieu dans lequel on est élevé ne devrait pas à ce point conditionner l’accès aux droits et aux opportunités. Jusqu’à preuve du contraire, grandir au grand air n’a jamais remplacé un service public ».

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Appel au dialogue avec le Premier ministre

La lettre ouverte qui comprend les témoignages de trente jeunes se termine par un appel au dialogue avec Michel Barnier : « Si nous avions votre 07, Monsieur le Premier ministre, on vous dirait tout ça. On vous dirait de venir nous voir. Et même de nous inviter. Pour qu’on vous raconte. Pour débattre avec nous de propositions concrètes. Sans concurrence victimaire et bien conscients de la situation budgétaire du pays. Mais parce que les territoires, ce n’est pas juste un mot, c’est nos vies. Et nos avenirs, aussi ».

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