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Ille-et-Vilaine : « J'ai un contrat pluriannuel pour produire du Sarrasin, culture à bas niveau d'intrants pour préserver la ressource en eau »

En intégrant le sarrasin dans leur assolement, les agriculteurs bretons du label Terres de sources, en Ille-et-Vilaine, agissent pour préserver la qualité de la ressource en eau. Peu gourmande en intrants, cette culture affiche d’autres atouts, à condition de prendre soin de la récolte.

<em class="placeholder">Émilien Bohuon, agriculteur en Ille-en-Vilaine, produit du sarrasin, culture à bas niveau d&#039;intrants</em>
© E. Bohuon / A. Gilet

Quoi de plus naturel pour un agriculteur breton que de cultiver du sarrasin, ingrédient principal des fameuses galettes ! Émilien Bohuon, agriculteur en Ille-et-Vilaine, a fait le choix, il y a deux ans, d’introduire le sarrasin dans sa rotation dans le cadre du label Terres de sources porté par la collectivité Eau du bassin rennais (EBR). Cette culture à bas niveau d’intrants est un atout pour la préservation de la qualité de l’eau. Un sujet qui tient à cœur à cet agriculteur double actif qui, en plus de ses deux fermes, travaille dans le domaine des biosolutions. « Je souhaitais diversifier mon assolement pour éviter que blé, orge et maïs ne reviennent trop souvent sur mes 35 hectares de culture (1), précise-t-il. Après avoir échangé avec l’équipe de Terres de sources, j’ai opté pour le sarrasin, sur 2 hectares pour commencer. »

Un label construit collectivement

« Le label Terres de sources, lancé en 2015 par la collectivité Eau du bassin rennais (EBR), regroupe aujourd’hui 150 agriculteurs, dont 70 % en bio, répartis dans un périmètre de 80 km autour de Rennes, explique Coralie Chuberre, chargée de missions filières amont. L’enjeu était de mettre en place des actions concrètes pour préserver la qualité des eaux potables, tout en offrant un levier économique aux acteurs engagés, à commencer par les agriculteurs. » Le label rassemble autour d’un même enjeu – reconquête de la qualité de l’eau et de l’air – agriculteurs, transformateurs, consommateurs et collectivités. Le tout en proposant des aliments de qualité, produits localement. « Les orientations de la filière sont prises en commun, avance Coralie Chuberre. La volonté est de relocaliser la production du sarrasin à l’échelle du territoire. Pour aboutir à des résultats concrets sur la qualité de l’eau, il est capital de massifier les efforts. Pour ce faire, nous espérons atteindre 750 agriculteurs à l’horizon 2028. »

Un cahier des charges pour réduire son IFT

Comme tout agriculteur labellisé de Terres de sources, Émilien Bohuon s’est engagé depuis 2023 à faire évoluer ses pratiques : 53 indicateurs sont calculés – sur les plans agronomique, social et économique – avec un objectif de progrès au bout de trois ans. L’enjeu : modifier son système pour avoir un faible impact sur l’eau et l’environnement. Parmi les actions mises en avant, l’allongement des rotations, la mise en place de bocage, la réduction de l’usage des produits phytosanitaires mesurée au travers du calcul de l’IFT (indice de fréquence de traitement)… Le cahier des charges précise que quatre matières actives sont interdites : S-métolachlore, diméthénamide-P, métaldéhyde et métazachlore. « Si le cahier des charges est commun à tous les producteurs, les objectifs de progrès sont, eux, propres à chaque exploitation en fonction de la situation de départ », précise Coralie Chuberre, chargée de missions filières amont au sein de Terres de sources.

La simplicité de l’itinéraire technique du sarrasin a séduit l’agriculteur dont les parcelles sont implantées sur deux sites distincts, dans les bassins-versants du Meu, à l’ouest de Rennes et dans celui de la Sélune, au nord de Fougères. « Cette année, le semis s’est déroulé le 13 mai, après un labour. Et pour le reste, aucune intervention n’a été nécessaire », confie-t-il. Le développement rapide et fourni permet de concurrencer les adventices : pas besoin d’herbicide. De même, aucune maladie ou ravageur ne justifie une intervention phytosanitaire. Le plus compliqué reste la récolte, surtout si l’automne est humide. Deux solutions sont possibles : moissonner directement ou faucher et andainer avant. Émilien Bohuon a opté pour la première solution en la déléguant à une ETA (entreprise de travaux agricoles).

Pourquoi ne pas tester la double culture

Avec un rendement de 650 kg de graines sèches triées récoltées par hectare en 2025, Émilien Bohuon reconnaît être en dessous de la moyenne régionale, plus proche des 900 kg. En cause, le choix de la parcelle, au potentiel moindre. « Malgré un contrat pluriannuel, le sarrasin affiche en moyenne une rentabilité 1,5 à 2 fois moins importante que celle d’un blé tendre, mais il s’adapte à tous les types de sols et convient bien aux parcelles avec du dénivelé, explique-t-il. Sans oublier que c’est une plante mellifère, très appréciée des apiculteurs. Et grâce aux abeilles, la pollinisation des fleurs de sarrasin est optimisée et les rendements augmentés. » Pour les années à venir, l’agriculteur compte tester son implantation derrière une orge, récoltée de bonne heure. « Avec cette double culture, la rentabilité pourrait être ainsi plus importante », espère-t-il.

(1) 35 ha de cultures dont 11 ha de maïs, 10 ha de blé tendre, 10 ha de prairies, 2 ha d’orge et 2 ha de sarrasin.

En Bourgogne aussi on aime le sarrasin

En Bourgogne, le réseau BioBFC s’est adossé à la coopérative de déshydratation de luzerne (Déshy 21) et au Moulin Marion dans l’Ain pour bâtir une filière autour du sarrasin. « Cela représente 500 ha pour 35 agriculteurs, résume Julien Halska, conseiller grandes cultures de BioBFC. S’adosser à un séchoir nous permet d’assurer la qualité de récolte. » Dans ce secteur, la moitié des surfaces sont récoltées après avoir été fauchées et andainées. Une technique un peu plus complexe, mais qui permet d’avoir une maturité plus homogène des graines.

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