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Haute-Savoie : « Avec le diagnostic énergétique de nos serres, nous avons chiffré des leviers d'action pour économiser de l'énergie »

Pour optimiser sa gestion de l’énergie, l’EARL Le Crest de Vaulx, située en Haute-Savoie, a fait réaliser un diagnostic énergétique. Retour d’expérience avec Denis Juget, coassocié de l’entreprise maraîchère.

<em class="placeholder">Denis Juget, co-associé de l&#039;entreprise de maraîchage Crest de Vaulx. </em>
Réaliser un diagnostic énergétique a notamment aidé Denis Juget, co-associé de l'EARL Le Crest de Vaulx, à équiper une de ses serres chauffées de déshumidificateurs thermodynamiques.
© C. Gerbod

« Nos serres sont chauffées 100 % au gaz ce qui pose un problème de coût de l’énergie et de décarbonation », introduit Denis Juget, coassocié de l’EARL Le Crest de Vaulx, une exploitation maraîchère située à Gaillard, en Haute-Savoie, à 5 km de Genève. « Nous travaillons essentiellement avec la Suisse. Le CO2 va être une question d’ici 2030. On doit être opérationnel sur la réduction d’empreinte carbone, même si nous n’arriverons jamais à la neutralité », ajoute-t-il. Pour identifier les leviers d’action, Denis Juget et son associée Christiane Vuagnat, ont décidé de réaliser un diagnostic énergétique. Ils l’ont confié au bureau d’études Agrithermic.

Des pistes pour baisser la consommation énergétique de 15 %

L’analyse s’est concentrée sur deux serres chauffées de 8 300 m2 et 6 000 m2. Elle a aussi évalué l’installation d’une nouvelle serre de 10 000 m2 selon six scénarios ainsi que l’opportunité de recourir à des énergies renouvelables.

Au final, le rapport a chiffré onze investissements d’optimisation, pour des budgets allant, aides déduites, de 2 000 euros (réparation de parois verticales) à 360 000 euros (rehausse de toiture et pose de verre à faible émission pour la serre la plus basse). Les retours sur investissement varient de 1,4 à 11,2 ans.

Une réunion intermédiaire a conclu qu’investir dans la serre de 8 300 m2 âgée de plus de 20 ans n’était pas judicieux. Plusieurs pistes ont été chiffrées mais sa faible hauteur (seulement 2,8 m sous chéneau) est un handicap trop coûteux à contourner. « Il vaut mieux décaler les cultures et baisser les températures de consigne », préconise le rapport.

Sur les six optimisations retenues pour la seconde serre (6 000 m2, 5,6 m au faîtage), Agrithermic a calculé une possible baisse de la consommation énergétique de 15 % rapportée à l’ensemble du site, pour un investissement de 93 000 euros HT - aides déduites - avec un retour de 5,5 ans.

La déshumidification active déjà engagée

Le rapport complet a été rendu en novembre 2024 mais dès les résultats intermédiaires, l’entreprise maraîchère s’est lancée dans l’une des préconisations, l’équipement en déshumidificateurs thermodynamiques de la serre ayant la hauteur requise. Le dispositif est opérationnel depuis avril 2025. Agrithermic a calculé un gain annuel de 5 000 euros après quatre ans. Mais l’enjeu est également la décarbonation. Autre action réalisée, beaucoup moins coûteuse, le replacement des plastiques à bulles abîmés.

D’autres options ne sont pour l’instant pas envisagées. Par exemple celle consistant à remplacer le brûleur à commande pneumatique de la chaudière par un brûleur micro-modulant permettant d’ajuster finement la flamme ou encore l’ajout d’un second tube de croissance dans les rangs. La suggestion de rénovation de l’écran ombrothermique actuel par un écran permettant 47 % d’économie d’énergie est toutefois une option que n’écarte pas le maraîcher à moyen terme. Le gain annuel en consommation calculé par Agrithermic est de 4,6 % avec un retour en 2,6 ans.

Le projet de nouvelle serre est en revanche mis de côté, pour une question de foncier empêchant une taille et une forme optimale de la serre. Désireuse de limiter les cultures de plein champ qui sont de moins en moins rentables, l’exploitation a préféré opter pour des tunnels qui ont bénéficié d’une aide du Feder « qui comme celle des CEE pour les déshumidificateurs est arrivée relativement vite », tient à souligner Denis Juget.

Mettre des chiffres sur des pistes

Si le maraîcher n’a jamais cessé de réfléchir aux problématiques énergétiques, faire le diagnostic l’a incité encore davantage à se projeter dans le futur proche et plus lointain. Il a apprécié le fait « de mettre des chiffres sur des pistes » et l’aide au choix lorsqu’il a décidé de s’équiper en déshumidification. Agrithermic lui a suggéré deux entreprises qu’il a ensuite interrogées.

La réalisation du diagnostic n’a pas été chronophage. « Il a fallu fournir des factures de gaz et la liste des équipements ; nous avons fait trois réunions dont une visite de site, et des échanges de mails », indique le maraîcher.

S’il juge la démarche très utile, il en souligne aussi les limites. « L’évolution future des prix des énergies n’est pas dedans car par définition, on ne sait pas », pointe-t-il. Pour les déshumidificateurs, l'électricien avait mal estimé les travaux de raccordement. « L’ampérage s’est avéré insuffisant. On a dû tirer des câbles électriques. Ça a été l’occasion de remettre l’installation électrique aux normes mais ça n’était pas prévu au départ », regrette-t-il.

Autre limite, le budget nécessaire. « S’il n’y avait pas eu l’aide de l’Ademe et les CEE, nous n’aurions pas fait le diagnostic et l’investissement dans les déshumidificateurs car tout ça coûte un bras et on ne vend pas plus cher les légumes décarbonés, admet le maraîcher. Nous consommons moins de gaz mais je pense que notre facture d’électricité a doublé ». Il note aussi que pour le moment, face au niveau des investissements requis, même beaucoup plus cher qu’avant, « le gaz revient toujours moins cher ». Agrithermic conseille de simuler différents scénarios de coûts de l'énergie. Le diagnostic énergétique a coûté 8 000 euros à 60 % financés par l’Ademe. 

Une amélioration sur le plan sanitaire à confirmer

Il faut toutefois plus d’une saison pour juger de l’impact complet des investissements. « S’il y a une amélioration sanitaire avec de meilleurs rendements comme nous l’avons constaté l’an dernier, ça peut devenir intéressant. On verra d’ici deux ou trois saisons », projette Denis Juget à propos des déshumidificateurs. Pour lui, l’aspect sanitaire de cet investissement n’est pas à négliger mais ce n’est pas évalué dans le retour sur investissement car difficile à mesurer.

La démarche a inspiré à l’EARL un équipement imprévu. L’équipe a eu l’idée de demander au fournisseur de déshumidification choisi (AirGaïa), un déshumidificateur pour la chambre froide. « Ça nous a permis de prolonger la conservation des potimarrons, courges et butternuts », se réjouit Denis Juget.

Earl Le Crest de Vaulx

Surface : 10 ha dont 1,4 ha de serres chauffées.

Production : tomates, concombres, salades, butternuts, potimarrons…

Vente : à 100 % en Suisse via une coopérative.

Effectif : 23 salariés, 30 en haute saison.

Des possibilités locales limitées pour l’énergie renouvelable

L’analyse des énergies renouvelables ne comptait que deux possibilités compte tenu des ressources locales : le bois-énergie et la géothermie sur sonde. Pas de raccordement possible au chauffage urbain et coût du bois sec trop élevé. Le rapport a déterminé qu’une chaudière bois de 2 MW pouvait couvrir presque à 100 % le besoin d’énergie mais avec un temps de retour sur investissement de plus de 18 ans par rapport au gaz. Pour une chaudière bois de 1 MW ou la géothermie sur sonde, le temps de retour tombe à 14 ans.

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