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Vie des sols : quelle teneur viser en matière organique ?

Avoir un sol riche en matière organique devient un objectif pour de nombreux agriculteurs. Quel niveau atteindre, pourquoi, par où commencer ? Les réponses font appel à nos bases — oubliées — en agronomie.

La matière organique agit sur l’état structural du sol. © C. Gloria
La matière organique agit sur l’état structural du sol.
© C. Gloria

Malgré une stabilisation, la teneur des sols en matière organique reste fortement dégradée dans les parcelles françaises. Elle est en moyenne de 2 % de matières organiques sur l’horizon 0-30 centimètres. Les initiatives pour relever ces taux se multiplient, réunies sous la bannière de l’agriculture de conservation. La raison ? Dans le sol, les matières organiques exercent plusieurs fonctions, à commencer par l’amélioration de la fertilité physique et chimique des sols.

Elle influence également l’activité biologique. « En se dégradant, la matière organique du sol contribue à alimenter la plante en éléments fertilisants, en particulier en azote et en phosphore, explique Hélène Lagrange, spécialiste en fertilisation chez Arvalis. Elle joue aussi sur l’état structural du sol, la battance et la porosité. » L’humus retient jusqu’à quinze fois son poids en eau. Autant d’éléments qui comptent quand surviennent des épisodes climatiques extrêmes.

S’appuyer sur les analyses de sol pour mesurer la matière organique

« La matière organique est l’un des constituants majeurs du sol », confirme Sarah Singla, agronome et agricultrice dans l’Aveyron. Longtemps négligé, le niveau de matières organiques influe sur l’aptitude des sols à fonctionner et à assurer leurs fonctions. La teneur en matière organique est évaluée grâce à une analyse de terre complète sur les trente premiers centimètres. Elle est déduite de la teneur en carbone organique, dont elle est composée à 60 %.

La valeur obtenue sera à comparer avec la teneur minimale en matières organiques qu’il faut dans un sol fertile. Or celle-ci dépend du type de sol, et en particulier de la teneur en argile. « Il faut regarder l’analyse granulométrique de l’analyse et multiplier le taux d’argile par 0,17 », indique Pascal Boivin, professeur d’agronomie à la HES-SO de Genève et spécialiste du sujet, dans une formation en ligne très suivie sur le rôle du carbone.

La capacité de l’argile à complexer la matière organique à sa surface est en moyenne de 17. Ainsi, si le taux d’argile est de 10 %, la teneur souhaitable en matière organique sera de 1,7 %. Pour un sol à 60 % d’argile, la teneur souhaitable est de 10 %. « Ce sont les conditions pédoclimatiques et les pratiques agricoles qui entrent en jeu dans l’augmentation du taux de matière organique », indique Sarah Singla. Reste qu’à l’aune de ces chiffres, plus de la moitié des sols sont déficitaires.

Le suivi de cette teneur dans le temps permet d’identifier des problèmes physiques qui ralentissent la dégradation de la matière organique, comme le tassement. Plusieurs types de matières organiques composent les sols, mais seule celle qui se dégrade rapidement est facilement disponible. Outre une plus grande résilience des sols, un relèvement de la teneur en matière organique va permettre de réduire la fertilisation.

Arvalis estime qu’une remontée du taux de matière organique de 0,5 point va fournir 50 kg d’azote par hectare et par an, autour de 12 unités de soufre par hectare et par an, ainsi que 20 % des besoins en phosphore.

« La matière organique contribue à augmenter la capacité d’échange cationique (CEC) et facilite la réserve d’éléments nutritifs des sols », souligne Hélène Lagrange, qui rappelle que « l’évolution des teneurs en carbone dépend de l’équilibre entre les quantités de matières qui entrent et les quantités de matières qui sortent. La remontée peut être très longue. Pour augmenter de 0,5 point, il faut compter près de dix ans. »

Pour Pascal Boivin, les choses peuvent aller plus vite, en particulier lorsque la teneur en matières organiques est très déficitaire et que les bonnes mesures sont appliquées. « Le sol agit alors comme une vidange de condensateur, c’est très rapide », illustre-t-il. Les mesures en question sont désormais bien connues : l’apport de matières organiques et l’arrêt du travail du sol.

Le travail du sol, un des facteurs de perte de matière organique

« Le travail du sol est l’un des facteurs de perte de matière organique », assure Sarah Singla. Le travail intensif du sol accélère la dégradation de la matière organique. À l’inverse, la faible perturbation du sol et l’introduction de couverts végétaux — lorsque les conditions le permettent — apparaissent comme des pistes à explorer pour limiter la dégradation du taux de matière organique des sols.

L’épandage de fumiers, de boues d’épuration, de composts, de digestats de méthanisation ou d’autres formulations sont également dignes d’intérêt mais toutes les matières organiques ne se valent pas. « Et si c’est trop merveilleux, attention », prévient Sarah Singla. Dans tous les cas, leur valeur fertilisante, retenue pour le calcul de la dose totale d’azote, limite les quantités épandables annuellement. « Il faut remettre l’agronomie au cœur de nos systèmes, quelles que soient les orientations, et garder en tête que le premier facteur de durabilité de nos exploitations, c’est leur rentabilité. »

 

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