Vague de chaleur : quel impact sur les cultures à l’amorce des premières récoltes ?
Plus d’une semaine de chaleur intense dès le mois de mai : un impact est à prévoir sur les productions céréalières et de colza. Les conséquences négatives pourraient être plus importantes encore sur les protéagineux. Quant au maïs, soja, tournesol et betterave, le coup de chaud ne devrait pas avoir de répercussions importantes.
Plus d’une semaine de chaleur intense dès le mois de mai : un impact est à prévoir sur les productions céréalières et de colza. Les conséquences négatives pourraient être plus importantes encore sur les protéagineux. Quant au maïs, soja, tournesol et betterave, le coup de chaud ne devrait pas avoir de répercussions importantes.
Avec Virginie Charpenet
Ce sont des records de chaleur inédits qui ont été battus dans toute la France durant la dernière semaine de mai. Les températures ont dépassé les 30° durant plusieurs jours dans de nombreuses régions, en particulier sur la façade ouest. Blé, orge, colza, cultures de printemps… les conséquences de ces conditions exceptionnelles diffèrent en fonction des cultures. Tour d’horizon.
La vague de chaleur dégrade le potentiel de rendement
La vague de chaleur est arrivée au moment de la phase de remplissage des grains sur colza, au moins dans la région Bourgogne Franche-Comté. « Avec un cumul de pluie assez modeste depuis un mois et ces stress hydriques et thermiques qui se cumulent, il y aura indéniablement un impact sur le rendement, juge Victoire Lefèvre, de Terres Inovia. Il y aura réduction du PMG (poids de mille grains) et aussi de la teneur en huile des graines qui pourrait se situer entre -10 et -15 %. » Dans d’autres régions comme le Sud-Ouest, les colzas étaient à des stades plus avancés, avec un PMG déjà finalisé. « Il y aura une dessiccation accélérée et, dans toutes les régions, les récoltes vont être avancées », souligne Victoire Lefèvre. Les autres composantes de rendement comme le nombre de siliques et de graines ne sont pas touchées.
Le pois protéagineux pâtit du stress thermique
La spécialiste de Terres Inovia prévoit des conséquences autrement négatives sur les pois protéagineux et féveroles de printemps. « Nous étions en début de floraison dans notre région au début de la vague de chaleur. Le pois subit un stress quand la température dépasse 25°C sur cette phase. Nous avons connu plusieurs jours à plus de 30°C. Des étages foliaires vont couler et il y aura un impact sur le nombre de graines produites », explique Victoire Lefèvre.
Des cultures d’été revigorées par la hausse des températures
Tournesol, maïs, soja : pour ces cultures d’été, la vague de chaleur ne semble pas avoir eu d’effet néfaste. Au contraire, elle a pu redonner de la vigueur aux plantes après une phase d’implantation sous des températures basses dans la première quinzaine de mai. Localement, le stress thermique, davantage que le stress hydrique, a pu affecter de jeunes plants de maïs, comme sur les sols sableux des Hautes-Landes. « La réverbération sur les sables blancs accentue le phénomène, remarque Anne Sagot, du GRCeta des sols forestiers d’Aquitaine. Mais dans notre secteur, les cultures légumières de plein champ sont davantage affectées par les fortes chaleurs, notamment les haricots verts. »
En betterave, les plants sont en train de couvrir les rangs. Il semblerait que la vague de chaleur ait un effet positif, « affectant la dynamique des populations de pucerons, selon l’ITB. Au niveau national, la proportion de betteraves avec présence de pucerons ailés diminue. »
Des conséquences limitées pour les orges et blés les plus avancés
Et en céréales ? Les moissons d’orges avaient déjà démarré ces derniers jours de mai, comme dans l’ex-région Poitou-Charentes. Plus au nord, dans la région Pays-de-la-Loire, Anne-Monique Bodilis, ingénieure régionale Arvalis, remarque que la vague de chaleur est intervenue sur des blés en milieu de remplissage. « Le début de remplissage s’est bien déroulé avec des pluies bénéfiques début mai. L’impact de la canicule devrait être limité. Ce n’est pas catastrophique dans notre région. Mais dans des secteurs comme le Sud-Vendée, les pluies n’ont pas été importantes et on pourrait s’attendre à davantage de conséquences. »
Selon une note du 28 mai provenant d’Arvalis Poitou-Charentes, « les impacts cumulés des fortes chaleurs et des déficits hydriques actuels sur les PMG vont être assez limités pour les orges et les blés les plus avancés qui terminent leur remplissage. Ils risquent d’être forts à très forts pour les blés moins avancés. Les situations seront très diversifiées, l’impact des fortes températures dépendant beaucoup du stade mais aussi de l’intensité du déficit hydrique. Celui-ci est très variable selon les sols, les hauteurs de pluie cumulées depuis début mai et les éventuelles irrigations. »
La chaleur accélère le développement des plantes
Ingénieur écophysiologiste chez Arvalis, Jean-Charles Deswarte évoque « un risque d’échaudage sur les secteurs et parcelles les moins pourvus en eau au sud de la Loire, qui peut aboutir à un remplissage « tronqué » des grains. L’accès à l’irrigation peut s’avérer utile pour limiter le stress des cultures dans ces situations. » Le spécialiste mentionne les risques de fortes températures à floraison, phase où étaient les blés au nord de la Loire. « La littérature scientifique évoque des avortements en cas de températures supérieures à 35°C lors de la fécondation, mais les températures annoncées restaient en deçà de ce niveau. La chaleur va donc en premier lieu accélérer le développement des plantes et la mise en place des grains dans les fleurs. »
Charlotte Perin, ingénieure régionale dans les Hauts-de-France chez Arvalis, se veut rassurante concernant l’impact dans le nord de la France. « En blé tendre, le remplissage des grains n’avait pas encore démarré, pour l’instant le potentiel est là », assure-t-elle. Reste à voir ce qu’il en sera des conditions météo du mois de juin. « Les cultures ont besoin de beaucoup de rayonnement pour garantir un PMG suffisant mais avec des températures qui restent inférieures à 30°. La crainte, ce sont les phénomènes d’échaudage, précise Charlotte Périn. Les cultures ont aussi besoin de températures qui descendent suffisamment la nuit. » Elle indique qu’en date du 1er juin, les cultures enregistrent 7 à 10 jours d’avance par rapport à la moyenne quinquennale.
Cette forte chaleur qui a duré dans le temps (le jour et aussi la nuit) a forcément engendré une évapotranspiration importante des plantes. La recharge en eau des sols et la qualité d’enracinement auront leur importance sur le rendement final des cultures.