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Un colza biologique maîtrisé en toute simplicité

Le colza en production biologique n’est pas si compliqué si l’on en juge la culture chez Dominique Clouard, dans l’Orne. Un minimum d’investissement pour un colza propre et productif.

Le colza bio n’est pas celui que l’on croit. À l’horizon, une grande parcelle laisse apparaître de larges plages blanches d'infestations de matricaires en fleurs. C’est du colza conventionnel. Dans la petite parcelle de 3 hectares de colza biologique de Dominique Clouard, quelques hampes de rumex émergent çà et là et c’est tout pour la concurrence des adventices. En ce début du mois de juillet, l’agriculteur habitant de l’Aigle dans l'Orne, en espère 30 quintaux/hectare(1). « Depuis neuf ans que je produis du colza en production biologique, ce serait peut-être un record. J’ai toujours obtenu des rendements aux alentours de 25 quintaux/hectare avec un maximum à 29 quintaux et une année à 18 quintaux qui avait été la conséquence de semis trop tardifs, d’attaques de méligèthes et d’un salissement mal maîtrisé. » En conventionnel, les producteurs obtiennent des colzas à 40 quintaux/hectare dans cette région de l’Orne.

Pour l’agriculteur, ce n’est pas si compliqué de faire du colza bio, si l’on tient compte de quelques règles comme l’absence de repousses de céréales et la culture dans un champ pas trop épuisé. Dominique Clouard s’est fixé comme objectif d’intervenir le moins possible une fois les colzas semés. Mais avant cela, il faut bien préparer le terrain. Le colza suit une prairie temporaire composée de graminées et de légumineuses. « Depuis deux ans, je détruis cette prairie assez tôt, en avril, puis j’y sème une céréale que je fauche en immature pour nourrir le bétail. À partir de fin juin ou début juillet, j’effectue des déchaumages tous les quinze jours en alternant outil à disque (travail superficiel) et outil à dents (travail plus profond à 7-8 cm) pour la gestion des adventices à l’interculture », précise le producteur. Dans les terres à silex de la région, le labour est proscrit et ne peut être un moyen de destruction des mauvaises herbes.

Densité de semis cinq fois plus élevée qu’en conventionnel

La stratégie anti-adventice consiste en un semis très dense de colza, après les déchaumages. « Pour des graines que je produis sur ma ferme, je sème à 7-10 kilos à l'hectare. C’est en gros cinq fois plus qu’en conventionnel ! Je veux clairement encombrer le terrain avec cette forte densité et cela s’avère très efficace sur le salissement en étouffant bien les adventices. » Il peut arriver que le colza soit vraiment trop dense et Dominique passe alors un coup de herse étrille pour éclaircir un peu la culture.

Pourtant, pour l’agriculteur, le facteur limitant n’est pas tant la concurrence des adventices que la nutrition azotée. « C’est la prairie qui joue le rôle de restituer suffisamment d’éléments nutritifs, notamment l’azote. Celui-ci est fourni via le fumier de notre élevage sur les prairies qui précédent la culture. Concernant la fertilisation du colza, je réalise un apport de soufre (kiésérite) au printemps à la reprise de végétation. » Aucune intervention n’est réalisée en fait à l’automne.

Le semis est réalisé autour du 15 août, assez précoce pour amener le colza à un développement qui ne le rendra pas trop vulnérable aux attaques d’altises. Le colza est épargné par les ravageurs et maladies. « La parcelle n’est pas grande, ce qui doit faciliter l’impact des auxiliaires sur les ravageurs. D’autre part, en dépit du fait qu’il y a beaucoup de colza cultivé dans le secteur, je prends soin d’éviter de mettre ma production à côté d’autres parcelles de colza."

3000 bouteilles d’huile et un peu de tourteau

Avec son épouse Monique, maintenant à la retraite, Dominique Clouard a peaufiné ses techniques de production vers le bas niveau d’intrants d’abord avec des travaux de l’Inra sur ce type de gestion et avec un groupe « agriculture intégrée » de l’Eure suivi par Bertrand Omon, conseiller de chambre d’agriculture. Le couple est passé à la production biologique en 2009 avec encore, comme source d’inspiration, des expériences comme celle du Domaine de Villarceaux dans le Val d’Oise. Avec un choix assumé : être le plus autonome possible sur son exploitation agricole.

La petite production de colza de Dominique Clouard fournit du tourteau à la ferme pour deux mois en hiver quand les vaches sont à l’étable. Mais c’est surtout l’huile qui rapporte le plus. « Nous produisons aux alentours de 3000 bouteilles d’un litre qui sont vendues pour la plupart dans des magasins Biocoop. Je reste un producteur modeste comparé à d’autres fermes biologiques tournées sur la production de colza. Les 3 hectares de colza me rapportent le même produit que les 20-25 hectares de céréales quand j’étais en production conventionnelle, évalue l’agriculteur. Le produit brut est supérieur à 6000 euros de l’hectare avec les 1000 litres d’huile produite à 5,40 euros hors taxe le litre et le tourteau », calcule-t-il. Dominique ne souhaite pas augmenter sa surface de production, pour des questions de temps à y consacrer surtout, à côté de l’élevage. Le colza bio ne fera pas trop la nique au colza conventionnel du secteur...

(1) Le rendement a été de 25-30 q/ha au final.
EN CHIFFRES

Un retour du colza tous les dix ans

Dominique Clouard est installé en individuel sur la ferme du Châtelet avec un salarié temps plein et un mi-temps

93 ha dont près des 3/4 en prairie, 10 ha en mélange céréalier (triticale, avoine, pois), 10 ha en trèfle violet, 3 ha en colza en 2017-2018.

70 vaches laitières

8 vaches de race limousine pour la viande

Plus de 6000 euros de produit brut sur le colza bio

Terres Inovia conseille le labour

Le colza exige une bonne disponibilité en azote dès l’automne, a fortiori quand il est cultivé en bio. Terres Inovia le confirme. Si aucune matière organique ne peut être apportée au colza, il faut placer celui-ci à la suite d’une culture à bon reliquat azoté : luzerne, blé de luzerne, pois ou mélange pois-céréales… Le colza valorise parfaitement l’azote du précédent. Dans une même parcelle, le colza ne devra pas revenir avant cinq ans.

Contre les adventices, combiner plusieurs stratégies

Contre les adventices, plusieurs stratégies sont à combiner. L’avancement du semis de quinze jours par rapport aux dates préconisées dans la région pour le colza conventionnel accentuera la capacité d’étouffement de la culture mais ce, à plusieurs conditions : un sol bien pourvu en azote et avec de l’eau disponible pour assurer une bonne levée du colza, un peuplement suffisamment dense (Terres Inovia conseille 30 à 40 plantes levées au m2, soit autour de 3 kg/ha au semis), un labour à réaliser notamment pour lutter contre les repousses de céréales et détruire les adventices estivales. En cas de faible disponibilité de l’azote, le risque d’un colza peu concurrentiel des adventices pourra être compensé par des interventions mécaniques de désherbage.

La culture sera suffisamment compétitive face aux attaques de ravageurs si le semis est précoce avec des conditions de levée et de croissance rapide du colza. Cette stratégie décale sa période de sensibilité par rapport à l’activité forte d’insectes comme l’altise. Le semis précoce est efficace en particulier contre les altises mais aussi contre les limaces et les tenthrèdes. Contre les ravageurs de printemps (méligèthes surtout), Terres Inovia préconise le mélange variétal (10 % d’une variété plus précoce avec celle cultivée) ou une bande en bordure de cette variété plus précoce.

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