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Tereos : les opposants prennent le pouvoir au sein du géant sucrier

C’est l’épilogue d’un conflit commencé en 2017 : les opposants, qui reprochaient à la direction de Tereos une gouvernance défaillante sur fond d’endettement excessif, ont empoché la majorité au sein du conseil de surveillance de la coopérative. Gérard Clay devient président, le président du directoire Alexis Duval a été démis de ses fonctions.

Tereos
Changement de régime chez Tereos, deuxième sucrier mondial, où les opposants à la direction ont finalement pris le pouvoir lors du conseil de surveillance du 18 décembre après de nombreuses péripéties.
© Tereos

Une nouvelle ère commence pour le géant sucrier Tereos. À l’issue de trois années de conflit entre la direction et certains planteurs qui contestaient les orientations stratégiques du groupe, ces derniers ont eu le dernier mot. Lors du conseil de surveillance du 18 décembre, Gérard Clay a été élu président, poussant vers la sortie Jean-Charles Lefebvre. Gérard Clay fait partie des trois principaux opposants qui ont mené la contestation, aux côtés de Xavier Laude et Gilles Bollé.

Le président du directoire, Alexis Duval, s’est lui aussi retrouvé dans la charrette. Le petit-fils du fondateur du groupe coopératif, qui a succédé à son père, a été démis de ses fonctions et remplacé par Philippe de Raynal, directeur de la coopérative Axéréal entre 2011 et 2017.

« Gouvernance défaillante » et « manque de transparence »

Signe de la tension qui règne, les protagonistes n’ont pas souhaité répondre à nos questions. « Nous ne répondrons à aucune question de la presse, qui nous a trop cassés. Nous réservons la primeur de nos déclarations aux planteurs », a expliqué l’un des trois leaders de la contestation. Le nouveau président s'est d'ailleurs adressé aux adhérents de la coopérative dans un courrier daté du 19 décembre.

Il faut dire que le feuilleton a été violent. La hache de guerre a été déterrée en 2017. En décembre de cette année, Francis Leroux est élu à la tête du conseil de surveillance avec onze voix contre dix pour Gérard Clay. Les mois suivants, ce dernier, Xavier Laude et Gilles Bollé remettent ouvertement en cause la gestion de la direction, qui avait parié sur l’internationalisation (notamment au Brésil) au prix d’un endettement important. Pour les trois opposants, cette stratégie ne s’est pas faite au service des planteurs. Ils dénoncent alors publiquement une gouvernance jugée « défaillante » et le « manque de transparence ». En 2018, le conflit s’enracine avec la démission de nombreux administrateurs.

Exclusions et procédures judiciaires à répétition

La guerre des tranchées s’installe entre les deux camps. En août 2018, la direction veut exclure les trois planteurs « pour avoir mené une campagne de diffusion d’informations fausses ou mensongères, systématique et publique ». Une procédure que « déplore » aussitôt la CGB. Le syndicat s’oppose à cette démarche susceptible de « mettre en péril les conditions de dialogue et le pluralisme des opinions au sein de la filière ».

Les trois leaders de l’opposition seront finalement réintégrés, mais la tension ne retombe pas. Plusieurs adhérents de la coopérative déposent une plainte contre X en 2019 pour « acte de terrorisme ». Des sacs de sorbitol estampillés Tereos ont en effet été retrouvés en 2016 dans des entrepôts du groupe terroriste État islamique. Les plaignants accusent la direction du groupe sucrier d’avoir continué à livrer en Syrie ce produit qui peut servir à l’élaboration d’explosifs.

Une ultime tentative de suspension déboutée par la justice

La plainte a été rapidement classée sans suite. Pour la direction, il s’agit d’une « tentative de déstabilisation ». Elle attaque à son tour les huit plaignants pour « dénonciation calomnieuse ». Fin novembre, les huit planteurs sont finalement condamnés.

Parmi ceux-ci se trouvaient Xavier Laude, Jérôme Hary et Gérard Clay. Tereos a tenté d’obtenir la suspension de ces trois betteraviers. L’enjeu pour la direction en place est de conserver la majorité du conseil de surveillance. Lors de l’assemblée générale du 30 novembre, 14 élus sur les 25 du nouveau conseil de surveillance se sont en effet prononcés en faveur d’un changement de direction. Peine perdue pour les désormais anciens dirigeants : la demande de suspension a été déboutée par le tribunal de Senlis, ouvrant la voie à un changement d’époque pour le deuxième sucrier mondial.

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