Stockage de l’eau : « Nous sécurisons nos cultures à haute valeur ajoutée grâce à nos retenues collinaires dans le Périgord »
L’ASA de Sainte Sabine, dans le Périgord, dispose aujourd’hui de sept retenues collinaires. Son président Thierry Pimouguet explique que ces ouvrages, qui s’inscrivent dans une logique territoriale, ont permis de développer des productions à valeur ajoutée.
Située à Beaumontois-en-Périgord dans le sud de la Dordogne, l’ASA (association syndicale autorisée) de Sainte Sabine a été créée en 1988 autour d’une première retenue collinaire. En 2003, trois retenues sont venues s’ajouter, puis trois autres en 2019, pour développer l’irrigation sur un territoire très rural et de plus en plus soumis au changement climatique. Implantées sur des bassins-versants, elles se remplissent à partir de ruissellements naturels, explique Thierry Pimouguet, président de l’ASA. « Je déclare tous les ans les volumes à l’Agence de l’eau et nous sommes contrôlés régulièrement par l’Office français de la biodiversité (OFB) et la direction départementale des territoires (DDT) », indique celui qui n’a jamais connu de « levée de boucliers » contre les différents projets au fil du temps.
Les sept retenues, toutes interconnectées, stockent au total 513 000 mètres cubes (m3) d’eau pour vingt exploitations en polyculture-élevage et/ou arboriculture. Les membres de l’ASA irriguent de la luzerne déshydratée (présence d’une usine sur le territoire), des maïs et sorgho fourrager pour les élevages, et des vergers, noyers, pruniers, kiwis…
Des retenues sans pompage ni bâchage
Les derniers ouvrages ont coûté environ 500 000 euros pour un stockage moyen de 75 700 m3. Les travaux ont consisté à creuser un bassin plus ou moins profond. « Plus le site est encaissé, mieux c’est, explique Thierry Pimouguet. S’il faut creuser profond, ce sera plus cher. L’idéal est d’avoir des surfaces de bassin-versant assez importantes (pentes), pour que le lac se remplisse facilement. » Les retenues de Sainte Sabine étant sur des sols argileux imperméables, aucun bâchage n’est nécessaire, ce qui constitue une économie importante. L’ASA a bénéficié d’aides régionales laissant 200 000 euros à la charge des irrigants.
À la création de la retenue, chaque agriculteur souscrit un nombre de modules correspondant à ses besoins, indique le président. « Un module donne droit à 1 750 m3 si les lacs sont pleins. Ainsi, une retenue de 17 500 m3 correspond à 10 modules et chaque module a un prix de 2 000 euros. » Chaque année, les irrigants paient des charges fixes (assurance, abonnement, intérêts…) d’environ 150 euros par module, ainsi que des charges variables liées à l’énergie de 0,13 euro par m3 d’eau souscrit.
Un projet de huitième retenue collinaire en réflexion
L’ASA envisage la création d’une nouvelle retenue pour sécuriser les productions à valeur ajoutée. « Stocker l’eau de la façon dont nous le faisons, sans prélever directement dans le cours d’eau, dans une région bien arrosée l’hiver, nous paraît pertinent », énonce Thierry Pimouguet. « Savoir que nous disposons d’un volume d’eau connu à l’avance est un atout aujourd’hui. Nous avons un plus grand choix de cultures possible, nous pouvons faire des cultures sous contrats qui incluent des obligations d’arrosage à des périodes bien précises, ou des productions sous signe de qualité. Nous avons moins de fluctuations de revenus et cela permet de pérenniser nos exploitations. »
Pour ce nouveau projet, comme pour les autres, l’ASA va réfléchir à un emplacement avec l’ADHA 24 (association départementale d’hydraulique agricole). Une fois le lieu choisi, il sera présenté aux services instructeurs (DDT et OFB), et si l’autorisation est délivrée, il faudra chercher les financements auprès de l’État ou de la Région. « Trois ans environ sont nécessaires entre le montage du dossier et la fin des travaux », explique celui qui a l’expérience en la matière.