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Sécheresse  agricole : le mal est-il déjà fait pour les cultures ?

Le déficit de pluviométrie est d’ores et déjà critique pour les cultures en place dans le sud de la France et dans les terres superficielles au nord. Parfois touchées par le gel, les céréales souffrent de stress hydrique et peinent à compenser les pertes de pied.

Dans de nombreuses régions, les niveaux élevés d’évapotranspirations affectent déjà les potentiels. © Jérôme Chabanne
Dans de nombreuses régions, les niveaux élevés d’évapotranspirations affectent déjà les potentiels.
© Jérôme Chabanne

« Il n’est pas tombé un millimètre depuis début mars, le vent souffle beaucoup et les cultures souffrent ». Comme beaucoup d’agriculteurs, Jean-François Monod, agriculteur à Villeneuve La Comptal (Aude) attend la pluie avec impatience. Une sécheresse printanière inédite frappe les régions PACA, Nouvelle Aquitaine et Occitanie, mais aussi les régions Grand Est, Rhône-Alpes Auvergne, Centre-Val-de-Loire et Pays de la Loire.

« L’indice d’humidité des sols est inférieur à la normale sur la quasi-totalité du pays, confirme Gaétan Heymes, prévisionniste chez Météo France. Depuis que cet indice est calculé, soit depuis 1959, seules deux années présentent un déficit encore plus important un 27 avril : 1997 et 2011 ».

La situation est déjà critique pour les cultures d’automne, en particulier dans le Sud-Ouest, le Sud-Est et le Poitou-Charentes, où, vu les stades des cultures, les capacités de compensation sont faibles.  « L’absence de pluie et des niveaux souvent élevés d’évapotranspirations affectent les potentiels en sols superficiels, malgré des températures faibles », commente Jean-Charles Deswarte, écophysiologiste chez Arvalis.

L’expert alerte en particulier sur la combinaison de dégâts de gel et du temps sec sur les blés durs. « En situation de stress hydrique, les plantes dont le maitre-brin a gelé peinent à faire monter des talles à épi. La plante n’est pas correctement alimentée en eau et ne peut valoriser les apports azotés. Elle ne dispose plus de l’énergie nécessaire. »

Les pluies généreuses qui touchent actuellement le Centre Est, l’Auvergne, la Vallée du Rhône, l’Alsace et la Franche Comté seront-elles suffisantes pour améliorer la situation ? « Dans les zones de production où les céréales arrivent au stade épiaison, la pluie va arriver trop tard et les pertes de talles sont irréversibles », déplore Jean-Charles Deswarte.

L’inquiétude persiste pour les cultures des régions Poitou-Charente, Val de Loire et Limousin, où la sécheresse est déjà bien installée et où les quantités d’eau prévues dans les prochains jours sont beaucoup plus faibles.

Dans le nord de la France, les céréales peuvent encore compenser. « Les sols sont plus profonds, les évapotranspirations d’avril ont été modérées et les températures sont plus froides », relève Jean-Charles Deswarte.

Le temps sec, défavorable au développement des maladies du feuillage, pousse même à alléger les programmes fongicides. Mais dans les petites terres et les sols superficiels, les signes de stress hydrique apparaissent. Les cultures de printemps, elles, apprécieraient de bonnes ondées pour lever correctement et assurer leur développement.

Quid pour les jours à venir ?

Dans ces régions, le mois de mai sera déterminant pour la future récolte. « C’est en général un mois assez humide », rappelle Gaétan Heymes. En mai, il pleut en moyenne 93 mm à Dijon, 80 mm à Charleville-Mezières, 71 mm à Orléans et 75 mm à Bourges. « Mais à cette période, les précipitations se produisent déjà sous forme orageuse, elles sont moins homogènes dans l’espace et moins efficaces », rappelle le prévisionniste.

 

Selon l’expert, les pluies abondantes seront de retour d'ici samedi inclus au sud d'une ligne reliant les Pyrénées au Jura, et s'ajouteront à celles tombées depuis le début de la semaine. La semaine prochaine, les régions proches de la Manche rencontreront également des pluies fréquentes. Mais au-delà de 7 à 10 jours, il n’est pas possible de prévoir précisément les précipitations à venir.

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