Sécheresse 2026 et maïs : les producteurs confrontés au décrochage de la culture avec un recul global de la production estimé à 45 %
La sécheresse et les canicules à répétition ont mis à mal la production de maïs dans de nombreux secteurs. La filière va enregistrer sa pire récolte depuis 1976 : selon les sources la production oscillerait entre 6,9 (Argus média) et 7,5 millions de tonnes (AGPM), contre 13 ou 14 Mt habituellement. Une situation qui pousse les producteurs à revoir leur assolement.
La sécheresse et les canicules à répétition ont mis à mal la production de maïs dans de nombreux secteurs. La filière va enregistrer sa pire récolte depuis 1976 : selon les sources la production oscillerait entre 6,9 (Argus média) et 7,5 millions de tonnes (AGPM), contre 13 ou 14 Mt habituellement. Une situation qui pousse les producteurs à revoir leur assolement.
La sécheresse 2026 et son été caniculaire va marquer au fer rouge la filière maïs. D’après un communiqué de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM) du 27 août, on s’achemine vers la pire récolte de maïs depuis 40 ans avec un recul historique de la production de 45 %. Le syndicat estime la production de maïs grain à 7,5 millions de tonnes (Mt) contre 13 ou 14 Mt habituellement, sous l’effet cumulé de la baisse de la sole (-20 %, 1,3 million d’hectares) et de celle du rendement moyen. Lors d’une conférence le 27 août, l’agence d’analyses de marchés Argus média avance un chiffre encore plus pessimiste à 6,9 Mt.
Les parcelles irriguées n’échappent pas à la baisse des rendements
Sur le terrain, les agriculteurs ne peuvent que constater les dégâts. Dans le Maine-et-Loire, en sols argilo-calcaires non irrigués, l’agriculteur Luc Sébille, joint via Facebook, estime son rendement en maïs grain à 30 quintaux par hectare (q/ha) contre 90 q/ha habituellement. L’irrigation a permis de sauver les meubles, même si, dans bien des cas, elle a atteint ses limites, soit à cause des températures extrêmes, soit à cause du manque d’eau. En Eure-et-Loire, la coopérative Scael estime que le rendement va reculer de 50 à 60 % en maïs grain non irrigué. « Localement, des agriculteurs vont même renoncer à récolter avec un coût de battage supérieur à ce que la culture va leur rapporter », précise Florent Babin, directeur adjoint du pôle agricole du groupe coopératif Scael. En irrigué, il indique que les pertes vont atteindre au moins 15 à 20 % à cause des fortes températures au moment de la fécondation. « Le besoin en eau des plantes était trop important, l’irrigation n’a pas suffi dans ces moments-là », note le responsable.
Côté Vallée du Rhône, même constat pour la coopérative drômoise de céréales. « En sec, c’est très mauvais. Il n’y aura pas grand-chose à récolter. D’ailleurs, beaucoup de maïs ont été broyés ou ensilés. L’irrigation a permis de limiter la casse, mais le rendement sera inférieur à la moyenne avec une perte estimée à 10 % (au 26 août) », indique Martial Guerre, responsable commercialisation. La coopérative table sur une baisse de 20 % de la collecte de maïs.
Dans le Sud-Ouest, dans les Landes, Philippe Lamarcade nous confie sur Facebook qu’il a dû arrêter l’irrigation au 22 juillet (lac collinaire vide) et que, depuis, il n’est tombé que 30 mm de pluies (au 20 août). Il estimait ses pertes à 30 % après le passage de l’expert de son assurance récolte. Sa moyenne quinquennale est de 130 q/ha.
Une mauvaise récolte qui met à mal les trésoreries
Agriculteur à Franquevielle, en Haute-Garonne, Romain Brune s’apprête à récolter environ 40 q/ha contre 90 q/ha en moyenne. Au départ, il prévoyait de vendre ses 15 hectares de maïs grain à sa coopérative, mais il va finalement ensiler 5 hectares pour sécuriser l’approvisionnement en fourrage de son atelier bovin viande. À plus large échelle dans le Sud-Ouest, la coopérative Maïsadour estimait au 25 août un rendement moyen à 100-105 q/ha en irrigué et 45-50 q/ha en non irrigué, soit une baisse de la collecte de 35 %, due aussi à la réduction des surfaces.
Dans le sud de la Charente, à Salles-de-Barbezieux, Christophe Le Neillon, producteur de grandes cultures joint par téléphone, réalisait jusqu’ici en moyenne 90 q/ha sans irrigation sur des sols argilo-calcaires plutôt profonds. « En 2025, on pensait être dans une situation exceptionnelle avec un rendement de 50 q/ha, se souvient l’agriculteur, mais cette année ça sera pire. » Il craint en effet de ne pas atteindre les 30 q/ha en maïs grain qu’il s’est pourtant engagé à livrer à sa coopérative. « On est à au moins 1 000 euros de pertes par hectare, ça va faire très mal aux trésoreries », s’inquiète-t-il.
Des agriculteurs revoient leur stratégie face au risque climatique
Pour l’an prochain, la plupart des agriculteurs interrogés envisagent de réduire encore la voilure sur leur surface de maïs. « Cette culture est devenue trop risquée. Il y a trop d’années où elle n’est pas rentable », soutient Christophe Le Neillon, qui a décidé de réduire sa surface au profit du blé, du tournesol et aussi de la jachère. « Ça devient très difficile pour les cultures de printemps, confirme Luc Sébille. Je vais réorienter mon assolement et mettre toute mon eau à disposition pour irriguer des cultures spécialisées. »
Les agriculteurs sont unanimes : ce n’est pas le manque d’eau qui a le plus pénalisé la culture. Ce sont surtout les fortes températures, supérieures à 40 °C, atteintes durant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, dans le centre et le Sud-Ouest au moment de la floraison, stade clé du maïs. Les pluies survenues fin août ont été trop tardives pour changer la donne.