Aller au contenu principal

À quand des variétés de blé issues d’une sélection 100 % bio ?

Depuis 2022, la réglementation permet de commercialiser du matériel génétique plus adapté à la production biologique, à savoir les « matériaux hétérogènes biologiques (MHB) » et les « variétés biologiques adaptées à la production biologique ». L’objectif est de voir se développer une sélection génétique 100 % pour répondre aux besoins spécifiques de la production biologique.

<em class="placeholder">Essais de populations de blé menés en France pour mettre au point des matériaux hétérogènes biologiques</em>
Les MHB sont intéressants en production bio car ils ont la capacité de s’adapter aux conditions de cultures et de montrer une meilleure résilience, par exemple face au stress hydrique.
© Geves

Si les producteurs bio ont l’obligation d’utiliser des semences multipliées en bio, il n’existe pas d’obligation concernant les phases de sélection variétale. Toutefois, le règlement européen UE 2018/848 ambitionne de favoriser le développement de schémas de sélection 100 % bio, c’est-à-dire sans utilisation d’intrants de synthèse. Pour y parvenir, il définit deux nouveaux types de semences commercialisables : les « matériaux hétérogènes biologiques (MHB) » et les « variétés biologiques adaptées à la production biologique ».

Les MHB laissent s’exprimer la diversité génétique pour plus de résilience

Les MHB, autorisées à la commercialisation depuis le 1er janvier 2022, peuvent se définir comme « un ensemble végétal d’une espèce donnée caractérisée par une très grande diversité phénotypique et génétique », décrit Laurence Fontaine, consultante indépendante, spécialiste des grandes cultures bio. Ces populations sont issues de plusieurs parents croisés deux à deux dont on a conservé toute la descendance, d’où leur caractère diversifié. « Les MHB sont à distinguer des mélanges variétaux, explique Laurence Fontaine, car c’est au niveau génétique que la diversité s’exprime. »

Les MHB sont intéressants en production bio car ils ont la capacité de s’adapter aux conditions de cultures et de montrer une meilleure résilience, par exemple face au stress hydrique. Pour être commercialisable, un MHB ne fait pas l’objet d’une inscription à proprement parler puisqu’il ne s’agit pas d’une variété. Il doit seulement être notifié auprès du CTPS (Comité technique permanent de la sélection).

Un premier MHB notifié en France en 2023

En France, un premier MHB a été notifié en 2023, intitulé Pop Orvilliers. C’est Adrien Pelletier, agriculteur boulanger installé en Eure-et-Loir, qui l’a mise au point. Elle répond à son besoin spécifique d’obtenir une farine adaptée à la fabrication de pain au levain. Trois projets de populations croisées composites (CCP), qui pourront être commercialisées en tant que MHB après notification, sont aussi en cours au sein de l’Union bio semences (Ubios) qui associe les coopératives Biocer et Cocebi. « Je teste les trois CCP sur mon exploitation », explique Vincent Lefèvre, président d’Ubios et agriculteur dans l’Yonne sur des terres à faible potentiel. Il se félicite des résultats obtenus. Les CCP ne battent pas des records de rendement mais lui apportent une stabilité de résultat.

Le cadre économique des MHB reste à définir

Le modèle économique de ce type de semences bio reste à définir. « Comme il ne s’agit pas de variétés, il n’y a pas de possibilités de royalties pour rémunérer le sélectionneur », note Laurence Fontaine. D’autant que l’objectif de ces MHB est que l’agriculteur se les approprie pour pouvoir ensuite les réutiliser en semences de ferme.

Se pose donc la question du retour sur investissement pour une coopérative qui investit dans ce type de recherches. « L’objectif est de favoriser l’autonomie de l’agriculteur, confirme Vincent Lefèvre. Nous testons d’ailleurs l’évolution dans le temps de ces populations lorsqu’elles sont utilisées en semences de ferme. »

Vers l’émergence de variétés issues d’une sélection 100 %

Les variétés biologiques adaptées à la production biologique présentent aussi une grande diversité génétique même s’il s’agit de lignées. Elles peuvent donc prétendre à une inscription au catalogue des variétés. Pour ce faire, elles doivent répondre aux critères DHS (distincte, homogène et stable) et apporter une amélioration de valeur agronomique, technique ou environnementale (VATE) par rapport aux variétés existantes.

Le cadre juridique des variétés bio encore en construction

Malgré le cadre réglementaire européen, il reste à déterminer les conditions exactes d’une sélection 100 % bio. Des travaux sont en cours au niveau de l’interprofession semencière (Semae) pour y parvenir. Le réglement européen indique que « la sélection doit être conduite dans des conditions certifiées biologiques pour un minimum de 5 années pour les plantes annuelles pour assurer une adaptation aux conditions biologiques ». « Est-ce depuis la pépinière ? Et quid des parents qui ont servi aux premiers croisements », interroge Laurence Fontaine. Les acteurs de la sélection doivent aussi s’entendre sur le caractère hétérogène de ces variétés : à quel point une variété peut déroger au principe d’homogénéité et pouvoir être encore considérée comme telle ?

Pour l’heure, aucune variété ayant fait l’objet d’une sélection 100 % bio n’est inscrite au catalogue français. Toutefois, des variétés étrangères, allemandes ou suisses principalement, sont disponibles.

Les plus lus

Pommes de terre : des milliers de tonnes à détruire, faute de débouchés suffisants

La filière pomme de terre subit depuis cette année un retournement de conjoncture. La forte hausse des surfaces en 2025…

<em class="placeholder">Chemin goudronné entre parcelles agricoles</em>
Que le chemin n’appartienne qu’à un seul propriétaire ne l’empêche pas d’être un chemin d’exploitation

La Cour de cassation dans un arrêt du 9 janvier 2025 a réaffirmé que ce qui caractérise un chemin d’exploitation est…

<em class="placeholder">Julien Bricquet devant son bâtiment d&#039;exploitation initialement construit sur un terrain appartenant à son père</em>
Bâtiment agricole : « On a construit sur sol d’autrui, sans être alertés et sans connaître les risques »

Comme beaucoup de sociétés agricoles familiales, le SCEA Bricquet et Fils, à Saint-Amand-sur-Fion (Marne) a construit un…

<em class="placeholder">Adolescent au volant d&#039;un tracteur </em>
Les enfants d’agriculteurs peuvent-ils donner un coup de main sur l’exploitation familiale en toute légalité ?

À partir de 16 ans, voire dans certains cas dès 14 ans, les enfants d’agriculteurs peuvent contribuer aux travaux de l’…

<em class="placeholder">Thierry Boudaud président de la Coop de l’eau 79 devant un enrouleur.</em>
Sainte-Soline : « Notre réserve restera vide cette année, laissant les exploitations sans solution alternative d’irrigation »

Thierry Boudaud est président de la Coop de l’eau 79, qui porte les réserves de substitution du bassin de la Sèvre niortaise.…

Xavier Priault, céréalier dans le Loiret.
Traitement phytosanitaire : « Dans le Loiret, je pulvérise de nuit en bas volume à 50 l/ha pour maximiser l’efficacité des produits »

Xavier Priault est céréalier à Saint-Maurice-sur-Aveyron, dans le Loiret. Il réalise ses pulvérisations phytosanitaires…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures