Aller au contenu principal

Produits phytos : « Nos mesures montrent que 75 à 80 % des expositions ont lieu au moment de la préparation du pulvé »

Pierre Lebailly, coordinateur de la cohorte Agrican et de l’étude Pestexpo, s’inquiète d’une sous-estimation de l’exposition aux produits phytos des agriculteurs.

Pierre Lebailly est chercheur et coordinateur de la cohorte Agrican.
Pierre Lebailly est chercheur et coordinateur de la cohorte Agrican.
© A. Penichou/AAP

Les équipements de protection individuelle (EPI) apportent-ils entière satisfaction ?

Les EPI, en matière de prévention, c’est le dernier maillon. Un des limites est que cela fait reposer la responsabilité liée au risque phyto uniquement sur l’agriculteur. Dans la réglementation, on parle de bonnes pratiques agricoles, qui ne sont pas clairement définies. Si un agriculteur a un problème de santé car il ne s’est pas protégé conformément à ces bonnes pratiques, finalement c’est de sa faute.

Sur le marché des pesticides, pour obtenir une homologation, les industriels s’appuient sur des modèles qui estiment le niveau d’exposition de l’utilisateur en fonction des caractéristiques du produit. Les données ne viennent que d’eux et ne sont établies que dans des circonstances où on est dans les bonnes pratiques agricoles sur des exploitations triées sur le volet. Les modèles surestiment l’efficacité de la protection individuelle.

Ces dispositifs doivent être bien utilisés pour être efficaces. De même, ils doivent pouvoir être portés dans des conditions réalistes. La question est aussi de savoir si ces équipements de protection individuelle sont portables en toutes circonstances, par forte chaleur par exemple.

Le port de l’EPI peut aussi donner à l’opérateur un faux sentiment de sécurité. Même avec cet équipement, il faut rester vigilant pour limiter l’exposition au maximum.

Concernant la combinaison, les campagnes de mesure menées dans le cadre de l’étude Pestexpo montrent des limites à son utilisation. Il a même été démontré que dans certains cas, lors du traitement ou du nettoyage, cela pouvait provoquer une concentration du produit sous la combinaison…

Qu’est-ce qui est le plus important d’après vous pour limiter son exposition ?

À mon sens, les grandes cultures sont le secteur où il est le plus facile de mettre en œuvre des choses basiques pour pour limiter son exposition aux produits. Cela concerne surtout la phase de préparation avant l’application (mélange et remplissage du pulvérisateur). Lors de cette étape, la protection des mains et des avant-bras avec des gants est essentielle.

Le point sur | Cancers et phytos : six pathologies plus fréquentes dans la population agricole que dans la population générale

Au champ, à mon sens, l’utilité des cabines filtrées est limitée car l’exposition principale est provoquée par le brouillard créé par l’épandage plutôt que par des gaz. Une des limites vient aussi du fait que si l’agriculteur a besoin de descendre du tracteur, s’il n’a pas un système efficace pour gérer le débouchage des buses par exemple, il peut se retrouver à marcher dans le produit puis à mariner dans sa cabine. Il faut donc veiller à s’éloigner au maximum de la zone où on a déjà traité pour intervenir à l’extérieur.

Qu’en est-il du matériel de pulvérisation vis-à-vis de la protection des utilisateurs ?

On peut regretter que la réglementation n’impose pas grand-chose aux constructeurs vis-à-vis du risque chimique pour l’opérateur lors de la phase de préparation, qui est la plus courte mais la plus exposante. En grandes cultures, nos mesures montrent que 75 à 80 % des expositions ont lieu à ce moment-là.

L’idéal est d’être équipé d’un pulvérisateur avec incorporateur en état de marche. Encore faut-il l’utiliser correctement de manière à être le moins exposé possible aux projections de produits. Les cinq minutes de gagner à verser le produit de traitement dans le pulvé par le haut, dans le trou prévu pour l’eau, au lieu d’utiliser l’incorporateur, n’en valent pas la peine.. En étant attentif lors de cette étape, on diminue très fortement son exposition lors d’une journée de traitement. Certains machinistes commencent à placer le branchement pour l’eau à côté de l’incorporateur, cela facilite le travail de l’opérateur qui peut tout faire au même endroit sans être tenté d’aller mettre le produit en même temps que l’eau par le haut.

Les plus lus

<em class="placeholder">Sébastien Legrand, agriculteur à Couvertpuis (Meuse)&quot;Avant le semis d’automne, il est très rare d’avoir recours au glyphosate. Je remplace cet herbicide par un ...</em>
Glyphosate : « Je remplace l’herbicide par des passages de vibroculteur avant semis sur mon exploitation dans la Meuse, avant tout pour des raisons environnementales »

Agriculteur à Couvertpuis (Meuse), Sébastien Legrand utilise le glyphosate comme une solution de secours quand les conditions…

<em class="placeholder">hangar agricole. entrepôt de matériel et stockage du grain à la ferme. silos. silo. récolte de céréales. machines agricoles. équipement. Calvados.</em>
Attention aux changements de destination des hangars agricoles
Le stockage à la ferme pour des tiers peut s’avérer rentable mais aussi risqué en cas de bail rural et impactant fiscalement.
<em class="placeholder">Philippe Brousse, conseiller transition énergétique à la chambre d’agriculture de la Dordogne.</em>
Photovoltaïque : « Avec les nouveaux tarifs d’achat de l’électricité, il faut des projets sur bâtiments de plus de 100 kWc pour espérer une rentabilité »

Philippe Brousse est conseiller transition énergétique à la chambre d’agriculture de la Dordogne. Il explique les conséquences…

<em class="placeholder">Contrôleur et agriculteurs devant un pulvérisateur.</em>
Aides PAC : Comment sont sélectionnées les exploitations contrôlées ?

Chaque année une partie des exploitations demandeuses d’aides PAC font l’objet de contrôles. Réalisés sur pièces ou…

Glyphosate : « Les conditions permettent souvent de me passer de l’herbicide et de le remplacer par des destructions mécaniques des adventices »

Agriculteur à Issoncourt (Meuse), Xavier Bazart utilise au minimum les produits phytosanitaires. Il est dans une démarche…

<em class="placeholder">Antonin Ayrault agriculteur à Rives-d’Autise, en Vendée, dans un champ de colza, avril 2026</em>
Installation : « J'ai pris un an de réflexion pour bâtir mon projet et m'installer dans de bonnes conditions sur l'exploitation familiale en Vendée »
Antonin Ayrault s’est installé sur la ferme familiale à Rives-d’Autise, en Vendée, le 1er janvier 2026. Il…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures