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Prix des engrais et compensation carbone : la menace d’une forte hausse en 2026

L’Association générale des producteurs de blé (AGPB) sonne l’alerte sur le prix des engrais. La mise en place au 1er janvier d’une nouvelle taxe carbone européenne sur les importations émettrices de CO2 pourrait entraîner une forte augmentation des prix, qui ne serait pas supportable pour les agriculteurs.

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43 % de la consommation française d’engrais azotés est importée et serait donc potentiellement concernée par le MACF.
© V. Marmuse

« Jamais dans l’histoire récente on a vu des engrais aussi chers avec en parallèle des prix des céréales aussi bas », indique Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), en charge de porter le dossier des engrais au niveau européen.

Une taxe carbone européenne qui doit se mettre en place au 1er janvier 2026

Mais jusqu’où cette hausse du prix des engrais peut-elle aller ? D’après l’AGPB, une menace plane : il s’agit du mécanisme d’ajustement du carbone aux frontières (MACF) aussi appelé « taxe carbone européenne » ou Carbon Border Adjustment Mechanism (CBAM), censé entrer en application au 1er janvier 2026, conformément au règlement (UE) 2023/956. Cédric Benoist n’a pas caché sa vive inquiétude lors d’une conférence organisée le 14 octobre dans l’objectif « d’alerter l’opinion » sur les conséquences que pourrait avoir la mise en œuvre de cette taxe pour l’agriculture française et européenne.

D’autant que cette perspective de nouvelle hausse des prix s’inscrit dans un contexte déjà haussier. « Les prix sont censés être plus bas en morte-saison, entre mai et septembre, explique Cédric Benoist. Mais cette année, cela n’a pas été le cas. » Les prix moyens d’achat de solution azotée par les agriculteurs en juillet (552 €/t) étaient par exemple supérieurs à ceux du mois de mars (496 €/t) d’après l’enquête menée par l’AGPB auprès de 300 producteurs. Ces hausses s’expliquent par l’augmentation des prix du gaz ainsi que l’instauration de nouvelles taxes sur les engrais russes depuis le 1er juillet 2025. Conséquence : cet automne, les agriculteurs sont moins avancés qu’à l’accoutumée dans leurs achats d’engrais, aux alentours de 60 % d’après le syndicat, contre 70 à 80 % habituellement à la même époque.

Les prix des engrais repartent à la hausse

Evolution du prix des engrais depuis janvier 2025

La fabrication d’engrais, source de gaz à effet de serre

Concrètement, le MACF va obliger les importateurs à déclarer les émissions de carbone directes et indirectes des importations sur lesquelles ils devront payer une taxe lors du franchissement de la frontière de l’Union européenne (UE). Les engrais azotés, dont la fabrication est très émettrice de gaz à effet de serre, sont concernés par ce mécanisme. « Cette situation serait supportable pour l’agriculture française si nous étions autosuffisants en engrais azotés », signale Cédric Benoist.

Près de la moitié des engrais azotés consommés en France concernée par le MACF

L’Europe importe en effet la moitié des engrais azotés qu’elle consomme, principalement de la solution azotée et de l’urée en provenance d’Égypte, Algérie, États-Unis, Trinité-et-Tobago, Nigéria ou encore Vietnam. La provenance Russie est en recul depuis la hausse des droits de douane. En France, 43 % de la consommation française d’engrais azotés est importée et serait donc potentiellement concernée par le MACF.

Un surcoût de 121 euros la tonne de solution azotée pour un chargement de 40 000 tonnes

Pour estimer les conséquences économiques de cette taxe, l’AGPB s’est appuyée sur le simulateur proposé en ligne par le ministère de la Transition écologique. « C’est une estimation très provisoire car il manque encore de nombreux coefficients et facteurs pour avoir un chiffre précis », avance Sylvain Lhermitte, responsable Europe et Filières de l’AGPB. Sur la base de cette calculatrice, le coût unitaire du MACF serait de 121 euros par tonne (€/t) de produit importé pour un bateau de 40 000 t de solution azotée et de 144 €/t pour un chargement de 20 000 t d’urée.

Un des risques pointés par le syndicat est de voir les importateurs arrêter d’importer. « Le marché des engrais est un marché de gros volumes avec des marges faibles de l’ordre de 5 €/t », expose Sylvain Lhermitte. Les contrats d'importation pour janvier ne se signent plus actuellement, assure l’AGPB.

L’AGPB demande une compensation ou une suspension du MACF

En l’état actuel des choses, le syndicat réclame la mise en place d’un mécanisme de compensation pour les agriculteurs ou la suspension de l’application de la taxe carbone européenne en ce qui concerne les engrais, « tant qu’un système cohérent n’est pas mis en place. » « Nous ne sommes pas opposés à la trajectoire de décarbonation, mais qui la porte économiquement ? interroge Cédric Benoist. La répercussion d’une telle hausse ne serait supportable économiquement pour les producteurs. »

Le poste engrais pèse de plus en plus lourd dans les charges

Cédric Benoist alerte sur la situation dans laquelle se trouvent actuellement les producteurs de céréales : « Ils connaissent trois années consécutives de revenus négatifs. Depuis trois ans, l’effet ciseau se fait sentir avec des niveaux de charges qui ne sont pas redescendus au niveau d’avant Covid. Pour une exploitation moyenne de 100 hectares, en 2025, le poste engrais représente un surcoût de 150 € par hectare (par rapport à la période pré-Covid, ndlr), soit 15 000 € par an. »

L’AGPB rappelle que « les engrais ont pesé en moyenne pour plus de 16 % des charges à l’hectare sur la période 2019-2023, avec un pic atteint à 21 % en 2023 (sources : RICA), leur poids dans le coût de production risque de s’accroître avec la mise en place du MACF. »

Une demande de suppression des droits de douane et taxes antidumping

​​Dans le contexte géopolitique actuel, en raison des sanctions sur les engrais russes, l’AGPB demande également la suppression des droits de douane et des taxes antidumping pour les autres origines. « L’annonce de la levée des taxes sur les engrais importés des États-Unis en juillet est une bonne nouvelle, mais ça ne suffit pas », précise le responsable syndical.

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