Près de Toulouse, une artiste cultive un œil monumental dans un champ de blé : la plus grande œuvre photographique au monde
Près de Toulouse, l’artiste britanno-espagnole Almudena Romero a réalisé une prouesse en cultivant la plus grande œuvre photographique au monde, en faisant pousser une image monumentale d’un œil humain sur 11 000 mètres carrés de terres agricoles.
Près de Toulouse, l’artiste britanno-espagnole Almudena Romero a réalisé une prouesse en cultivant la plus grande œuvre photographique au monde, en faisant pousser une image monumentale d’un œil humain sur 11 000 mètres carrés de terres agricoles.
Le projet pouvait sembler un peu fou : faire apparaître dans un champ près de Toulouse un immense œil grâce à la pousse ordonnée de végétaux. Le pari est désormais réussi grâce à Almudena Romero, une artiste visuelle espagnole basée à Londres dont la pratique explore les dimensions matérielles, historiques et sociales de la photographie. Pour mener à bien ce projet, elle a travaillé avec Inrae Occitanie-Toulouse. Initié en 2023, Farming Photographs est le premier projet à utiliser des cultures vivantes comme médium photographique, transformant le champ lui-même en une image produite par la photosynthèse. En associant science agricole et pratique photographique, l’artiste a souhaité que l’œuvre propose une forme inédite de création d’image où lumière, écologie et temporalité convergent à travers la matière vivante.
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Différentes variétés de graines ont été utilisées
C’est près de Toulouse, dans un champ de 11 000 mètres carrées que les 30 et 31 octobre 2025, Almudena Romero a achevé le semis de la première itération de son projet Farming Photographs. L’ œuvre vivante de grande échelle a été imaginée de manière évolutive pour devenir une composition photographique. Le champ a été cultivé de manière durable, en combinant différentes variétés de graines et en reliant l’héritage agricole à la pensée écologique contemporaine, selon la volonté de l’artiste. Farming Photographs utilise le blé, des graminées d’hiver, la photosynthèse et les variations chromatiques pour créer une image directement dans le champ.
De novembre dernier à mars 2026, la croissance des plantes a fait émerger progressivement l’image de l’œil qui est aujourd’hui bien visible et qui disparaîtra en août avec le moisson. Le blé sera ensuite moulu afin d’être transformé en farine, élargissant la portée conceptuelle de l’œuvre vers l’alimentation quotidienne et restituant sa présence matérielle aux communautés qui ont contribué à sa réalisation.
1 350 « pixels » plantés et un projet qui a failli ne pas voir le jour
L’image originale a été divisée en 1 350 « pixels » plantés, chacun associé à une variété végétale choisie pour sa couleur et sa densité. Le résultat est une photographie vivante. Pourtant le projet a failli ne pas voir le jour. Après un hiver exceptionnellement pluvieux, le champ a été inondé et, pendant plusieurs semaines, il n’était pas certain que l’image puisse apparaître. Février 2026 a été le mois de février le plus humide jamais enregistré dans la région depuis le début des relevés en 1947, faisant de la fragilité de l’œuvre une partie intégrante de son sens, et reliant le processus photographique aux réalités auxquelles l’agriculture est aujourd’hui confrontée face au dérèglement climatique.
Un œil humain cultivé regarde depuis la terre
L’artiste explique que l’image finale s’inspire du mimétisme des ocelles, un phénomène naturel dans lequel certains animaux développent des marques semblables à des yeux pour dissuader les prédateurs. Ici, un œil humain cultivé regarde depuis la terre, symbolisant notre interdépendance avec la planète et ses écosystèmes. Almudena Romero a souhaité composer l’œil de traits issus de différentes races et genres pour qu’il puisse donner une image universelle de l’humanité, collective, symbolique et autoréflexive.
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Les grands-parents de l’artiste cultivaient des oranges à Valence
Les grands-parents de Almudena Romero étaient agriculteurs durables à Valence (En Espagne), où elle a appris les pratiques de culture, les rythmes saisonniers et le travail agricole manuel. C’est à Valence qu’elle a développé The Pigment Change, un projet qui, selon elle, réinvente la photographie à travers des processus végétaux et biologiques, en utilisant des plantes pour générer des images par photopériodicité, photoblanchiment et photosynthèse. « Je viens d’une famille d’agriculteurs durables d’oranges à Valence, et j’ai toujours été consciente de l’importance non seulement de ce que nous faisons, mais de comment nous le faisons, en particulier dans le contexte de la crise environnementale actuelle. Avec Farming Photographs, j’ai le sentiment de fermer une boucle, en rendant ma pratique photographique plus durable en laissant les images émerger grâce à la lumière et à la croissance végétale » explique l’artiste.
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De prochaines œuvres utiliseront des plantes résilientes comme les cactus et les succulentes
L’œil occitan est la première œuvre d’une série en devenir. En effet Farming Photographs constitue la première itération d’une recherche plus large, menée sur plusieurs années et développée à travers différentes espèces végétales et environnements. Les futures itérations utiliseront des plantes longévives et résilientes face au climat, comme les cactus et les succulentes, élargissant les possibilités temporelles et matérielles de la photographie générative. L’artiste explique que chaque espèce déterminera la durée, la couleur et le comportement de l’image, approfondissant l’exploration de la manière dont les plantes créent, soutiennent ou transforment les traces photographiques.