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Piloter les couverts permanents pour fournir de l’azote aux cultures en non-labour

En non-labour, le couvert permanent à base de légumineuses enrichit le sol tout en préservant sa structure, mais il peut aussi contribuer à fournir de l’azote aux cultures.

En culture comme sur blé ici, un couvert comme le trèfle blanc sera régulé dans son développement au travers des herbicides utilisés.
En culture comme sur blé ici, un couvert comme le trèfle blanc sera régulé dans son développement au travers des herbicides utilisés.
© C. Gloria

En agriculture de conservation des sols sans labour, les couverts permanents ont de multiples fonctions, de l’amélioration de la structure du sol et de sa vie biologique à la gestion des adventices. La réduction de la fertilisation est aussi l’un des objectifs poursuivis. Ces couverts sont implantés dans une culture, souvent le colza. Des essais conduits par le GIEE Magellan, dans la Nièvre, ont quantifié les fournitures d’azote de couverts permanents de légumineuses. « La libération d’azote est nulle la première année sur colza mais on peut l’estimer de 10 à 30 unités d’azote disponible sur la céréale qui suit, et de 30 à 50 unités l’année suivante », évalue Michaël Geloen, ingénieur à Terres Inovia et conseiller du GIEE.

Cette quantité d’azote transférée dépend de l’état des plantes. La mise à disposition de l’azote pour la culture peut se faire via trois mécanismes de relargage : la restitution de la litière (feuilles) au sol après un broyage à l’interculture, la production d’exsudats racinaires et le renouvellement ou la destruction des racines. Ce dernier phénomène est consécutif au vieillissement du couvert et aux applications d’herbicides en culture. « À titre d’exemple, pour la luzerne, on passe de 600 pieds au mètre carré à 50 pieds en trois ans de couvert », détaille l’ingénieur.

Une augmentation du potentiel de rendement du blé avec un couvert

Selon Arvalis, les couverts permanents ne sont toutefois pas une solution miracle pour économiser les apports d’azote sur blé. Dix-sept essais ont été suivis avec un couvert permanent tué ou gardé vivant dans cette culture. « Des courbes de réponse à l’azote sur blé ont rarement montré que le couvert permanent permettait de baisser la dose optimale d’azote à apporter, observe Jérôme Labreuche, Arvalis. En revanche, les couverts ont plus souvent eu un impact sur le rendement de la culture. L’augmentation du rendement que nous avons parfois constatée peut s’expliquer par un enracinement de la culture modifié en présence du couvert ou par un effet structurant sur le sol qui permet au blé d’aller chercher plus de nutriments. Il peut aussi y avoir une augmentation des fournitures d’azote, non pas par un transfert d’azote direct d’une légumineuse vivante vers la céréale mais après minéralisation du couvert détruit ou lorsqu’une partie du couvert meurt et retourne au sol. »

Cette libération d’azote dépend de la dynamique de croissance du couvert. « Les blés semés sur des couverts développés ayant produit 2 à 5 t/ha de matière sèche en automne ont vu leur rendement augmenter d’environ 7 % en moyenne, à fertilisation azotée identique, que le couvert soit tué sous blé ou maintenu vivant mais bien régulé, constate Jérôme Labreuche. Les petits couverts en automne ont peu apporté au blé. Il faut être très vigilant avec la croissance du couvert au printemps. Un couvert dépassant 1 t/ha de MS à la floraison de la céréale pénalise le rendement de 30 % en moyenne et entre même en compétition avec le blé pour l’azote. »

Une régulation des couverts à bien gérer en culture

Directeur de l’entreprise de conseil privé Novalis Terra, Paul Robert accompagne les producteurs en agriculture de conservation des sols. « Pour les couverts permanents, nous avons travaillé surtout trois espèces : le trèfle blanc nain, la luzerne et le lotier corniculé. Nous cherchons à garder des couverts homogènes sur la durée et à gérer le salissement par les adventices, explique-t-il. Le trèfle blanc est le plus simple à implanter, lors du semis du colza. Avec un rapport C/N (carbone sur azote) très bas, il a l’avantage de pouvoir relarguer très rapidement de l’azote. Mais il peut être un peu dommageable sur une céréale si le potentiel hydrique de la parcelle est limité et si l’on gère mal sa régulation au moment du tallage. Son système racinaire est assez similaire à celui du blé. » Le trèfle dans une céréale peut être régulé à l’automne avec un traitement herbicide à base de metsulfuron-méthyle ou de Défi + Fosburi, par exemple. « Ainsi régulée, la légumineuse peut apporter de l’ordre de 30 unités d’azote au printemps à la céréale conduite en ACS », estime Paul Robert.

 

 
Un couvert permanent est le plus souvent implanté en même temps que le semis d'un colza (luzerne ici). © Novalis Terra
Chez la luzerne, le rapport C/N est plus élevé. Sa capacité de production de biomasse est très forte, même en condition sèche. « L’implantation se fera sous colza, voire avec une orge de printemps, un tournesol ou un maïs. Mais attention : dans sa phase juvénile, la luzerne peut exercer une compétition pour l’eau ainsi que pour la potasse, un élément pour laquelle la légumineuse est exigeante », souligne Paul Robert. La luzerne présente un système racinaire très différent de celui du blé. « C’est un atout. Sa présence n’est pas du tout délétère sur le rendement du blé par rapport à la concurrence pour l’eau. Au contraire, elle peut générer un gain de 2 à 7 q/ha. »

 

Relargage important d’azote à la destruction de la luzerne

« Dans un colza, la luzerne nécessite une régulation au printemps avec un traitement anti-dicotylédones, ajoute Paul Robert. Elle entre en dormance en automne-hiver et le tallage du blé ne s’en trouve pas affecté. Ensuite, il faudra la réguler entre les stades 'épi 1 cm' et '2 nœuds' quand sa croissance reprend, puis au stade 'dernière feuille' de la céréale. » La maîtrise de cette régulation est importante en particulier dans les secteurs aux moissons tardives. Remarque : des légumineuses comme la luzerne peuvent être mises à profit en élevage pour l’alimentation du bétail. Mais si elle a reçu un traitement herbicide interdit pour cette légumineuse fourragère, elle ne pourra pas être consommée par les animaux.

La fourniture d’azote de la luzerne est décalée par rapport au trèfle blanc. « On ne peut pas compter sur un apport pour la première céréale qui suit la culture où a été implantée la luzerne. Mais on peut avoir 40 unités d’azote disponible pour la culture suivante. Et au moment où la luzerne sera détruite, il y aura un important relargage d’azote. » Il conviendra de bien choisir le moment de cette destruction de façon à ne pas générer trop de fuite d’azote dans l’environnement.

Le lotier se situe entre le trèfle blanc et la luzerne. Il est plus simple à réguler que cette dernière avec une dormance plus longue. Sa production de biomasse se place entre celle de la luzerne et du trèfle blanc. Sa concurrence hydrique est moins forte pour la céréale que celle du trèfle blanc.

Paul Robert alerte sur deux inconvénients du couvert permanent : celui-ci favorise le développement de campagnols et empêche d’utiliser certains herbicides comme des antivivaces sous peine de détruire le couvert. C’est un problème à court terme mais, à moyen terme, un couvert peut être mis à profit pour gérer les adventices.

Sélection d’une luzerne spéciale couvert permanent

 

 
Une longue dormance de la luzerne en hiver facilite la régulation de son développement. © Novalis Terra
Paul Robert, chez Novalis Terra, conseille l’utilisation de variétés de luzerne avec des dormances hivernales fortes, pour retarder son redémarrage au printemps et faciliter la régulation. La société Cérience (ex Jouffray-Drillaud) et l’antenne Inrae de Lusignan travaillent sur un projet de sélection de luzerne typée pour les couverts permanents. L’objectif est d’obtenir des variétés avec une dormance assez longue pour que son redémarrage de son développement n’interviennent pas avant avril ou mai et avec une bonne croissance entre juillet et septembre quand la céréale est récoltée.

 

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