Photovoltaïque : « Avec les nouveaux tarifs d’achat de l’électricité, il faut des projets sur bâtiments de plus de 100 kWc pour espérer une rentabilité »
Philippe Brousse est conseiller transition énergétique à la chambre d’agriculture de la Dordogne. Il explique les conséquences du nouveau système de tarifs d’achat de l’électricité pour les projets photovoltaïques. Il devient d’autant plus nécessaire de bien réfléchir à son projet pour en assurer la rentabilité.
Philippe Brousse est conseiller transition énergétique à la chambre d’agriculture de la Dordogne. Il explique les conséquences du nouveau système de tarifs d’achat de l’électricité pour les projets photovoltaïques. Il devient d’autant plus nécessaire de bien réfléchir à son projet pour en assurer la rentabilité.
Quels sont les tarifs d’achat proposés au 1er avril 2026 ?
Philippe Brousse - Pendant 15 ans, le photovoltaïsme a fortement soutenu la construction de bâtiments agricoles. 20 % des fermes ont ainsi modernisé leurs infrastructures. Mais aujourd’hui, les conditions d’achat de l’électricité sont beaucoup moins intéressantes. Pour le deuxième trimestre 2026, le tarif d’achat en vente totale (formule la plus courante) est de 7 centimes d’euros du kilowattheure (c€/kWh) sur la tranche 36 kWc – 100 kWc, contre 7,92 c€ sur le premier trimestre 2026, et 11,26 sur le deuxième trimestre 2025, il y a un an. Nos simulations à 7,92 c€ montrent un temps de retour sur investissement de 18 à 20 ans pour un bâtiment de 600 m2 qui a coûté 110 000 euros (charpente et installation photovoltaïque uniquement). Cela restait jouable, mais à 7 c€, il faut rajouter un ou deux ans de remboursement et ça devient difficile.
Le tarif d’achat du surplus pour les formules en autoconsommation est, lui, aussi en baisse, à 4,73 c€/kWh sur la tranche 9 kWc – 100 kWc, contre 7,61 c€ il y a un an. L’autoconsommation reste intéressante en élevage laitier ou hors sol, car elle permet une économie de 15 à 16 c€ comparé au réseau. Mais, elle n’a pas d’intérêt sur des exploitations avec de faibles besoins en électricité comme en grandes cultures.
Quelles sont les raisons de cette baisse des tarifs ?
P. B. - La PPE 3 (programmation pluriannuelle de l’énergie), votée il y a un mois, remet le nucléaire au premier plan. D’autre part, le réseau électrique actuel a du mal à absorber le renouvelable. En Nouvelle-Aquitaine, nous sommes confrontés un peu partout à la saturation des postes sources (nœud de distribution de l’électricité) et des petits projets de 36 kWc (soit 200 m2 de toiture) sont refusés.
En outre, les foyers ne consomment pas autant d’électricité qu’on aurait pu le penser. Malgré une forte période de froid en début d’année, il n’y a pas eu de problème sur les réseaux.
Quelles sont les solutions pour monter des projets aujourd’hui ?
P. B. - Pour les petits projets sur la tranche 36 à 100 kWc, le tarif de 7 c€ semble rédhibitoire. Sur les projets de taille intermédiaire, entre 100 et 500 kWc, le soutien public ne passe plus par un tarif d’achat automatique. Les porteurs de projets doivent candidater via un appel d’offres simplifié de la CRE (commission de régulation de l’énergie), en proposant un prix de vente pour l’électricité. Seuls les dossiers les plus compétitifs, retenus dans la limite de capacité (en MWc) que l’appel d’offres prévoit de financer, obtiennent un complément de rémunération sur vingt ans. L’électricité est vendue sur le marché avec un soutien de l’État si le prix de marché est inférieur au prix proposé lors de l’appel d’offres. Pour les porteurs de projets capables de proposer des coûts bas (toiture existante, raccordement simple, bonne orientation), l’opportunité existe donc toujours.
Les contrats de gré à gré ou PPA (Power Purchase Agreement) peuvent constituer une autre solution. L’agriculteur passe un accord avec un gros consommateur d’électricité au niveau local en lui offrant une garantie de tarifs sur cinq ans. À 10 c€ (soit 17 c€ avec les taxes et l’acheminement), cela devient compétitif pour l’entreprise et cette énergie verte est un atout pour sa politique RSE. Enfin, les projets collectifs sont rares, mais ils existent. Installer par exemple des panneaux sur un hangar de Cuma, permet de mutualiser coûts et surfaces.