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Permettre aux céréales de se défendre contre les pucerons d'automne

La jaunisse nanisante de l’orge et ses pucerons vecteurs peuvent être combattus avec des variétés tolérantes au virus et en retardant les dates de semis. Les solutions insecticides sont limitées.

© V. Marmuse

« Il ne faut absolument pas précocifier les dates de semis mais rester dans les dates recommandées ! » Spécialiste des ravageurs chez Arvalis, Nathalie Robin insiste sur cette stratégie visant à réduire l’impact des pucerons et de la jaunisse nanisante de l’orge (JNO). Avec la disparition des traitements de semences à base d’imidaclopride, il n’y a plus de protection garantie contre les pucerons vecteurs de JNO. Une date de semis suffisamment tard en saison (fin octobre à début novembre) permet de baisser significativement les infestations sur la plante. D’ailleurs, la campagne 2018-2019 s’est traduite par des infestations modérées en JNO, « grâce à une sécheresse automnale qui a conduit à des décalages de semis défavorables aux installations de pucerons et qui a réduit les plantes hôtes réservoirs à virus, selon Nathalie Robin. Les deux semaines de froid intense dans le courant de l’automne dernier ainsi que le recours grandissant aux variétés d’orge tolérantes à la JNO expliquent également cette faible présence de la maladie ».

La gamme en variétés tolérantes s’étoffe au fil des ans avec huit inscriptions actuellement (1). Mais il s’agit d’orges fourragères. Pour les escourgeons à orientation brassicole, il faudra encore attendre un peu pour voir des tolérantes à la JNO. « Ces variétés tolérantes ne sont pas des assurances tous risques, prévient Céline Drillaud, ingénieur régionale Arvalis en Poitou-Charentes. Elles ne présentent pas une résistance totale au virus et, dans des conditions de fortes infestations de pucerons comme cela est arrivé en 2015, il peut être nécessaire d’intervenir avec un insecticide en végétation. » En 2015, des chutes de rendement de 30 q/ha avaient été enregistrées sur des orges classiques.

Une seule famille d’insecticides contre les pucerons d’automne

En l’absence de traitement de semences contre les pucerons, les insecticides restent une solution de lutte au travers de produits d’application aérienne. « Ils ont été peu utilisés cette dernière campagne et ont été loin de remplacer les traitements de semences en surfaces d’orges protégées », remarque Nathalie Robin qui relie cette utilisation modérée aux faibles infestations de l’automne 2018. Les produits sont tous à base d’une seule famille chimique, les pyréthrinoïdes, qui regroupent des substances actives de contact. « Pour le moment, nous n’avons pas trouvé de populations résistantes aux pyréthrinoïdes chez la principale espèce de pucerons vecteur de la JNO, Rhopalosiphum padi, ni même chez Sitobion avenae, autre vecteur de la JNO. Mais chez ce dernier, des résistances existent près de nos frontières », remarque la spécialiste d’Arvalis.

La stratégie d’utilisation d’insecticide repose sur un suivi des parcelles avant d’intervenir. Le seuil d’intervention retenu est de 10 % de plantes avec au moins un puceron ou la présence de pucerons pendant au moins dix jours. « Pour éviter le développement de résistance chez les pucerons, nous conseillons d’alterner les solutions entre les trois sous-familles chimiques qui composent les pyréthrinoïdes : le tau-fluvalinate, l’esfenvalérate et le reste des pyréthrinoïdes », signifie Nathalie Robin.

Des outils de prévision du risque

Des outils de prévision peuvent-ils venir à la rescousse pour aider l’agriculteur dans son suivi de pucerons et le positionnement d’un traitement ? « Il y a eu des tentatives avec certains outils mais nous sommes confrontés à plusieurs espèces de pucerons hébergés sur des plantes hôtes différentes avant les infestations. Les dates d’envols, les transmissions de virus sont difficiles à modéliser », remarque Nathalie Robin. Tout juste existe-t-il des outils d’alerte concernant les arrivées de pucerons. « Un de nos axes de travail est de pouvoir caractériser de manière fine une situation à risques pour une parcelle donnée. Dans un environnement de grandes cultures, il y a plusieurs dizaines de plantes hôtes des virus de la JNO que les pucerons peuvent transmettre, des graminées essentiellement, explique Emmanuel Jacquot, directeur de recherches à l’Inra de Montpellier (2). Mais il existe déjà des outils de prévision du risque comme le JNOScope proposé par Bayer CropScience construit à dire d’experts et apportant des informations sur le niveau du risque en fonction de la localisation de la parcelle, de son environnement, de son historique cultural… »

(1) Coccinel, KWS Jaguar, Margaux, Amistar, Domino, Rafaela, KWS Boorelly, Hirondella.
(2) UMR BGPI, biologie et génétique des interactions plante-parasite.

Des couverts repoussoirs à pucerons

Des essais sont menés depuis quelques années sur les effets de couverts ou de plantes compagnes sur les semis d’orges vis-à-vis des infestations de pucerons. « L’idée est de masquer l’attractivité de l’orge au travers de ces couverts qui sont semés durant l’été avant les orges. Ces couverts sont détruits en hiver par l’action du gel, voire avec l’application d’un herbicide, présente Céline Drillaud, Arvalis. Non seulement la nature du couvert peut agir sur l’attractivité de la parcelle mais aussi son homogénéité de couverture du sol. Par ailleurs, le couvert peut remplir d’autres rôles comme l’apport d’azote au sol s’il s’agit de légumineuses. »

Moins de vulnérabilité chez le blé

« La JNO est moins un problème sur blé que sur orges mais c’est un problème quand même, signale Emmanuel Jacquot, Inra. Elle conduit à des pertes de rendement et le blé devient un réservoir à virus pour les parcelles d’orges à côté. Des gènes de tolérance variétale sont connus sur blé mais ils sont encore à l’étude pour en voir la durabilité, le niveau de tolérance et leur introgression dans des variétés. » Les blés avec la tolérance à la JNO ne sont donc pas pour demain.

Le blé comme l’orge sont atteints d’une autre maladie virale, celle des pieds chétifs dont l’insecte vecteur est une cicadelle, Psammotettix alienus. « C’est un insecte qui est très difficile à déterminer de manière formelle. Nous avons développé une approche moléculaire pour certifier les identifications de cicadelles mais elle n’est pas utilisable au champ de manière routinière, explique Emmanuel Jacquot. Par ailleurs, nous avons découvert qu’il existait un virus du pied chétif pour les orges et un pour les blés, l’un ne pouvant pas infecter l’autre céréale. Les néonicotinoïdes n’étaient pas très efficaces contre les cicadelles mais leur retrait enlève malgré tout une pression insecticide. Il y a actuellement une recherche de résistance génétique de la part des sélectionneurs et du matériel tchèque présenterait ce type de résistance. » Par ailleurs, le retrait des néonicotinoïdes lève un peu le voile sur des infestations d’autres ravageurs comme les zabres et taupins et cela concerne aussi bien le blé que l’orge.

Avis d’expert - Philippe Larroudé, Arvalis

« En maïs, il reste des solutions alternatives »

« Avec la disparition de Sonido, le seul traitement de semences à base de néonicotinoïdes dont nous disposions sur maïs, les surfaces de maïs protégées contre les ravageurs de début de cycle ont beaucoup baissé. Après son retrait, il reste des solutions alternatives que sont les produits microgranulés à base de pyréthrinoïdes qui représentent un quart des maïs environ contre la moitié quand nous avions Sonido. Ce dernier constituait un traitement d’assurance pour l’agriculteur. Ces microgranulés sont à appliquer dans la raie de semis avec des contraintes comme le réglage du microgranulateur et le bon positionnement du diffuseur. Les pyréthrinoïdes ne sont efficaces que là où elles sont positionnées dans le sol. Elles ne se diffusent pas au contraire du thiaclopride dans Sonido qui était une substance à action systémique. Ces produits sont un peu moins coûteux à l’usage que Sonido et quand ils sont bien positionnés, leur efficacité est équivalente à celle du traitement de semence. »

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