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Orge de printemps semée à l’automne : comment bien piloter ses apports azotés pour obtenir une teneur en protéines dans les normes

Bien conduite, une orge de printemps semée à l’automne (OPSA) produira un rendement élevé. Dans ces conditions, le bon pilotage des apports azotés est indispensable pour obtenir une teneur en protéines supérieure à 9,5 %. Témoignages dans l’Aube.

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Sur orge de printemps semée à l'automne, un fractionnement dela fourniture azotée en trois apports assure le plus souvent de meilleurs rendements et taux de protéines qu’en deux apports.
© V. Marmuse

Un rendement de 95 q/ha en orge de printemps semée à l’automne (OPSA) contre 80 q/ha en moyenne pour celles semées au printemps : les bonnes conditions de la dernière campagne 2024-2025 ont donné raison à Thibaud Gandon. Agriculteur à Marigny-le-Châtel dans l’Aube, il a semé un tiers de ses orges de printemps autour du 15 novembre en 2024, ce qui ne fut pas possible en 2023, compte tenu de la forte pluviosité. « Les taux de protéines ont été dans les normes pour le débouché brassicole, à savoir entre 9,5 et 11,5 %. Mais celles des OPSA ont été plus faibles que mes orges semées au printemps, du fait des hauts rendements obtenus. »

En effet, dans de bonnes conditions climatiques, une orge de printemps semée à l’automne assure un meilleur potentiel de rendement que la même orge semée au printemps, mais avec le risque d’obtenir une teneur en protéines trop faible. La fertilisation azotée doit permettre de rectifier le tir. « En OPSA, nous connaissons quelques difficultés en taux de protéines, notamment avec la variété RGT Planet, largement utilisée, dont la teneur est plutôt faible, remarque Florent Thiebaut, conseiller au Ceta de Romilly-sur-Seine. Si l’on effectue deux apports d’engrais azotés aux stades tallage et épi 1 cm comme en orge d’hiver, la teneur en protéines s’avère souvent trop basse. Nous incitions à réaliser un troisième apport, avec l’utilisation de la pince N-tester comme outil d’aide à la décision. »

Risque de dilution des protéines avec un rendement élevé

Pour Alexis Decarrier, ingénieur régional Arvalis, « le fractionnement des apports d’azote sur OPSA se conduit comme en orge d’hiver avec deux applications. Mais si le potentiel de rendement se montre très bon, comme cela a été le cas en 2025 avec des productions atteignant les 100 q/ha, il est prudent d’utiliser un OAD de type N-tester. L’outil peut conseiller d’apporter 30 unités au stade 1 nœud, ce qui remet le taux de protéines dans la bonne fourchette, supérieure à 9,5 %. »

Thibaud Gandon suit ces conseils : « Je fais les apports de solution azotée en deux fois, puis je complète par une troisième application selon l’indication N-tester. » En 2025, 75 unités d’azote ont été ainsi apportées respectivement le 24 février et le 15 mars. L’outil N-tester indiquait de réaliser un apport supplémentaire, avec une fourniture de 30 unités réalisée le 14 avril.

Du temps à consacrer pour les mesures N-tester

Le recours à l’outil N-tester nécessite une mesure étalon sur une petite zone de la parcelle qui aura été surfertilisée pour cela et bien repérée. Il s’agit d’une zone de référence non limitante en azote. Thomas Gandon apporte une dose supplémentaire de 100 unités au premier apport sur une cinquantaine de mètres et la largeur de son pulvérisateur. Après les deux premiers apports d’engrais, des mesures avec la pince N-tester seront réalisées entre les stades 1 nœud et 2 nœuds sur la dernière feuille de la céréale, avec trois mesures dans la zone étalon et trois sur le reste de la parcelle.

Le Ceta de Romilly-sur-Seine a mené des essais de fertilisation azotée avec diverses combinaisons entre apports précoces ou tardifs pendant trois ans. « Les réponses ont été très variables et dépendaient beaucoup des conditions météorologiques. Mais globalement, les résultats étaient meilleurs en rendement et qualité avec un fractionnement en trois apports, souligne Florent Thiebaut. Réalisé entre les stades un et deux nœuds, le troisième apport n’est jamais pénalisant. Effectué plus tard, à dernière feuille, on prend en revanche le risque d’un dépassement de taux de protéines» Par ailleurs, quand le printemps est sec, le troisième apport d'azote peut ne pas être valorisé par la plante. Dans ce cas, le diagnostic avec un OAD se révèle inutile.

Un fractionnement en trois apports avec plus de 170 unités à fournir

Outre l’utilisation de N-tester pour le pilotage de la fertilisation azotée, l’analyse de reliquat sortie d’hiver (RSH) est utile pour la mesure de la quantité totale d’azote à apporter concrètement à la céréale. « Sur ces deux dernières années, entre 170 et 200 unités d’azote étaient nécessaires à la nutrition de l’OPSA. Un fractionnement en trois apports était conseillé quand la dose bilan dépassait les 170 unités », précise le conseiller du Ceta. La mesure de RSH est d’autant plus utile s’il y a eu un couvert d’interculture avant la céréale avec d’éventuels apports d’engrais organique. « Une majorité des agriculteurs adhérents de notre Ceta ont un méthaniseur, avec épandage de digestat avant l’OPSA, informe Florent Thiebaut. Un couvert d’interculture courte est conseillé dans ce cas, à base d’une crucifère comme une moutarde. Ce type de couvert se développe vite, pompe bien l’azote, se détruit facilement et n’est pas cher. »

La culture d’OPSA n’est pas sans risques avec une possible destruction par le gel en cas d’hiver rigoureux, particulièrement dans les régions les plus exposées. Mais il y a de moins en moins d’années où la température chute sous -10 °C et, en cas de destruction de l’OPSA, il reste possible de ressemer une culture au printemps.

CHIFFRES CLES

Un assolement en commun sur 800 hectares

Exploitation de Thibaud Gandon à Marigny-le-Châtel associée à 2 autres fermes (oncle et agriculteur voisin).

800 hectares en assolement en commun dont 200 de blé tendre, 120 d’orge de printemps, 80 de pomme de terre, 120 de betterave, 60 de luzerne, 40 de chanvre…

Variétés LG Allegro et RGT Planet produites en OPSA en 2024-2025 (LG Allegro et Timber prévues en 2025-2026).

Semis des OPSA à la mi-novembre (densité de 410-420 grains par m2), après betterave voire blé (sans couvert ni apport de digestat).

Une unité de méthanisation mise en service en 2021 avec de l’escourgeon produit en Cive entre autres.

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