Maïs grain : la filière demande des gages à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE
Les négociations vont bon train entre l’Union européenne et l’Ukraine pour l’adhésion à l’UE, en dépit du conflit avec la Russie. Mais les conséquences seraient majeures sur l’agriculture française. L’AGPM met en avant une étude prospective alarmiste pour la filière maïs grain.
L’Ukraine frappe à la porte de l’Union européenne et, son président Volodymyr Zelensky espère son adhésion d’ici 2030. Cette perspective ne manque pas d’inquiéter la profession agricole en France. La filière maïs (AGPM) rapporte les résultats d’une étude prospective sur les conséquences que pourrait avoir l’intégration de l’Ukraine à l’UE.
Avec 41,3 millions d’hectares de SAU (26,7 Mha en France), l’Ukraine est un grand pays agricole. En 2023, la surface de maïs était de 4,1 Mha et le pays avait produit 31 millions de tonnes. « C’est le quatrième exportateur mondial de maïs derrière les États-Unis, le Brésil et l’Argentine. Il exporte chaque année 80 % de sa production dont 44 % vers l’UE », informe Olivier Antoine, directeur du cabinet Orae Geopolitique.
Des coûts de production en maïs de 97 €/t en moyenne en Ukraine contre 261 € / en France
« L’agriculture ukrainienne est très structurée avec de grandes exploitations (holdings) dont les 13 premières exploitent 2 millions d’hectares et la plus importante, 530 000 hectares, soit l’équivalent d’un département français, remarque Franck Laborde, président de l’AGPM, Association générale des producteurs de maïs. Elle a des moyens de production que nous n’avons pas en France et dans l’UE. 47 % des produits phyto utilisés en Ukraine sont interdits dans l’UE. Les rendements sont élevés (supérieurs à la moyenne de l’UE) et les coûts de productions très faibles : 97 €/t en maïs contre 209 €/t en moyenne dans l’UE et 261 €/t en France. » Pour le moment, l’Ukraine exerce une concurrence jugée « déloyale » sur le maïs importé en UE avec des concessions commerciales qui ont été accordées lors d’un accord.
Une transformation industrielle du maïs grain en plein essor en Ukraine
D’ici 2030, La production ukrainienne pourrait gagner 1 million d’hectares de surface de maïs pour approcher les 40 Mt de production. Par ailleurs, l’Ukraine accélère l’industrialisation pour la transformation de ses productions végétales. « Elle pourrait transformer 40 % de sa production de maïs sur place d’ici 2030, ce qui ferait émerger un concurrent direct sur des segments stratégiques tels que l’amidon, les semences et le poulet, analyse Olivier Antoine. L’afflux non maîtrisé de tels produits transformés en plus du maïs grain aurait un impact majeur pour les producteurs français qui perdraient de nombreux débouchés. » L’expert pointe notamment le secteur de la volaille standard avec « 85 % de la production française potentiellement remplacée. »
Des conditions strictes demandées pour l’intégration de l’Ukraine pour le respect des normes UE
Qu’en serait-il dans le cadre d’une adhésion à l’UE ? L’Ukraine devra se conformer aux normes de l’UE. « Mais les organisations de producteurs ukrainiennes souhaitent qu’une période de dix ans leur soit accordée pour répondre à ces normes, relate Franck Laborde. Ce n’est pas acceptable. Nous demandons la réciprocité non négociable des normes avec les mêmes standards et contrôles effectifs sur place dès lors que l’Ukraine rejoindra l’UE. »
L'UE importe un quart de ses besoins en maïs
Mais outre la demande de conditions sur la « stricte réciprocité des standards de production en vigueur dans l’UE » pour l’entrée de l’Ukraine, Franck Laborde s’inquiète du « décrochage » de l’UE sur le maïs. Il appelle à « la définition d’une véritable ambition de production agricole européenne et française avec la mise en place d’une véritable stratégie pour reconquérir sa souveraineté. L’UE importe un quart de ses besoins en maïs alors qu’elle était autosuffisante il y a dix ans. »
Rénover les mécanismes de droits de douane sur le maïs
Le président de l’AGPM demande la restauration de mesures de protection avec les droits de douane en UE. « Ces derniers sont inopérants avec un prix d’intervention qui n’a pas été réévalué depuis 25 ans. Nous souhaiterions une réévaluation pour que les droits de douane se déclenchent légèrement en dessous de 200 €/t (au lieu de 155 €/t actuellement avec un prix d’intervention à 101 €/t). » Il souhaite également la mise en place de mesures de sauvegarde d’urgence sur les importations de semences de maïs ukrainiennes au sein de l’UE, les importations ayant été multipliées par 72 en cinq ans au niveau européen.
L’Ukraine est en guerre avec la Russie. Le scénario de son intégration dans l’UE n’est pas acté tant que le conflit n’est pas réglé avec un gouvernement ukrainien qui resterait pro-européen.