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Main-d’œuvre agricole : renforcer son équipe avec un apprenti

Patrick Mounier est un céréalier qui embauche régulièrement des apprentis. Florian Teillout est un salarié agricole qui a passé un an comme apprenti chez ce dernier. Regards croisés sur l’apprentissage, avec ses atouts et parfois ses contraintes.

<em class="placeholder">un agriculteur et son apprenti travaillent sur un semoir dans un champ</em>
L'apprenti peut apporter un vrai plus sur l'exploitation, mais son entrée dans l'entreprise nécessite du temps de formation et d'adaptation.
© S. Leitenberger

Agriculteur sur 400 ha de grandes cultures à Ruelle-sur-Touvre, en Charente, Patrick Mounier a vu passer pas moins de vingt-cinq apprentis sur son exploitation depuis son installation en 1987. Il a donc une grande expérience de l’apprentissage, il sait comment organiser la montée en compétences de l’apprenti, comment évaluer sa motivation et ses aptitudes pour pouvoir lui confier un chantier. L’exploitant, qui emploie généralement un à deux apprentis chaque année, accorde une grande importance à l’humain, et voit dans l’embauche d’apprentis le côté enrichissant de la rencontre avec des profils très différents. « Un BTS apporte des connaissances sur le plan technique, un fils d’agriculteur arrive avec sa vision du métier, un jeune de 16 ans a tout à découvrir… L’important est qu’ils aient l’envie d’apprendre et l’esprit ouvert. »

Ainsi Florian Teillout, apprenti sur l’exploitation pendant son année de formation CSTMA (Certificat de spécialisation tracteurs et machines agricoles) connaissait le monde de l’élevage, mais très peu celui des céréaliers. « Je suis allé chez Patrick Mounier, car je voulais apprendre à travailler avec du gros matériel, faire des travaux dont je n’avais pas l’habitude. »

Il faut aimer transmettre ses connaissances

Patrick Mounier indique qu’embaucher des apprentis requiert de la patience et du temps, mais aussi un certain état d’esprit. « Il faut aimer transmettre le métier, savoir expliquer l’essentiel d’un chantier. Cela oblige à se concentrer sur la technique, les outils, à améliorer parfois sa propre maîtrise des choses. » Florian Taillout confirme le côté pédagogue de son ancien maître d’apprentissage. « Il m’a expliqué pourquoi il fait les choses de telles manières et m’a appris à être autonome. » L’ancien apprenti insiste aussi sur le rôle des salariés de l’exploitation qui ont participé à sa formation, en travaillant en binôme avec lui. Patrick Mounier rebondit sur ce point en indiquant que la présence d’un apprenti améliore la communication sur l’exploitation quand elle emploie des salariés. « Cela leur apprend à transmettre des informations, ce qui n’est pas toujours facile et les oblige parfois à se remettre en cause. »

L’apprenti ne fait toutefois pas le travail d’un salarié et sa présence n’est pas toujours synonyme de gain de temps. « Il faut passer du temps à le former, à répondre à ses questions, à l’emmener dans des réunions, à l’aider à faire son rapport… Un apprenti n’est pas toujours autonome rapidement, cela prend plus ou moins de temps selon les profils et les personnalités, explique-t-il. Certains ne sont pas assez mûrs ou ne sont pas assez encadrés par le centre de formation. » Mais quand l’apprenti devient rapidement autonome et compétent, c’est un « réel plus » pour l’exploitation.

Confier des tâches plus délicates au fur et à mesure

Les premiers travaux que Patrick Mounier confie à un apprenti sont la conduite du tracteur pour aller ramasser des pierres, un hersage ou un roulage sur un champ bien préparé, le nettoyage du matériel. « Le nettoyage est un bon moyen d’observer si l’apprenti va jusqu’au bout du travail, considère l’agriculteur. Si le jeune est vigilant sur le nettoyage, on peut alors lui confier un champ de 20 ha avec des consignes. » Des travaux plus complexes peuvent lui être confiés par la suite, comme les semis, les épandages d’engrais, les récoltes et en dernier lieu les traitements qui nécessitent d’être détenteur du Certiphyto. Florian Teillout est fier de dire qu’il a conduit une moissonneuse-batteuse dès son premier jour d’apprentissage et qu’il a rapidement réalisé des tâches tout seul, comme l’épandage d’engrais.

Patrick Mounier accorde beaucoup d’importance au choix de l’apprenti. « C’est un engagement sur deux ans, il faut avoir le bon feeling avec la personne. J’en ai refusé cinq ou six au cours de ma carrière. Je considère la première rencontre comme un véritable entretien d’embauche. » Le suivi du centre de formation est également un point important. « Cela se passe toujours mieux quand le centre de formation se déplace sur l’exploitation à la signature du contrat. » Le chef d’exploitation connaît les craintes de certains de ses collègues quant à l’embauche d’apprentis. Il insiste notamment sur le point particulier du DUER (document unique d'évaluation des risques) qui est souvent perçu comme un outil de sanction par les exploitants. « Il est important d’indiquer à l’apprenti les risques qui existent sur l’exploitation. Le document unique n’est pas un outil à charge, mais à décharge pour l’agriculteur. Beaucoup ne l’ont pas et c’est un frein pour embaucher un apprenti ou un salarié. »

Patrick Mounier souhaitait embaucher Florian Teillout à la fin de son apprentissage, mais celui-ci avoue avoir « ressenti un manque d’élevage ». Il est donc aujourd’hui salarié sur une exploitation en polyculture-élevage.

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