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Des agriculteurs espacent le labour pour limiter les impacts négatifs

Nombreux sont les agriculteurs à conserver le labour dans leurs pratiques, sans perdre sur la qualité de leurs sols. Témoignages.

Malgré le labour, la vie du sol et la matière organique seront préservés si des apports de produits organiques sont réalisés régulièrement. © C. Baudart
Malgré le labour, la vie du sol et la matière organique seront préservés si des apports de produits organiques sont réalisés régulièrement.
© C. Baudart

Le labour est taxé de détruire la vie du sol, la macrofaune notamment, et de mettre à mal le taux de matière organique (MO) du sol. Mais les apports réguliers de produits organiques compensent ces effets négatifs. À Sacy-le-Petit dans l’Oise, Régis Langelus recourt au labour profond sur ses sols limoneux à 15 % d’argile avant toutes ses cultures de printemps, ce qui revient à un labour tous les deux ans par parcelle. Ses blés sur blés, 15 des 117 hectares de l’exploitation, reçoivent également un labour, peu profond à 15 cm. « Je surveille régulièrement mes taux de MO qui se situent entre 2 et 2,2. C’est important d’avoir une teneur suffisamment élevée pour favoriser une dégradation rapide des résidus de culture et cela maintient une bonne structure du sol qui est alors facile à travailler. Les mottes se délitent plus facilement. » L’agriculteur apporte à ses sols des déchets verts (18 t/ha) ou de la vinasse (2,5 t/ha) tous les deux ans sur ses parcelles en guise de produit organique. « Cela me revient à 200 euros/hectare par apport. » Il n’exporte pas ses pailles. Outre un bon taux de matière organique, il remarque une bonne population de vers de terre. Conseiller à la chambre d’agriculture de l’Oise, François Dumoulin avait pu constater en son temps la qualité des sols de l’EARL Angelus : « La différence était flagrante entre les sols d’une parcelle de l’exploitation qui se montraient plus noirs, plus motteux qu’une parcelle voisine qui était menée en labour mais sans apport organique. Le sol y était plus poudreux, moins bien structuré », se rappelle-t-il.

De bonnes populations de vers de terre

Même cas de figure chez Elisabeth et Pascal Vandevegh à Angervillers dans l'Oise. « Un labour est réalisé par un prestataire un an sur deux, avant betterave, orge de printemps, pois et lin. Jusqu’en 2014, nous avions un élevage, précise Pascal Vandevegh. Nous apportions du fumier régulièrement sur nos parcelles. Depuis, un apport de fientes de volailles est réalisé sur une part de nos surfaces tous les ans de façon à garder un bon niveau de MO dans nos champs. Et nous n’exportons pas nos pailles. » Pascal Vandevegh note de bonnes populations de vers de terre dans ses parcelles, de même que d’insectes auxiliaires, qu’il attribue à la faible utilisation de phytos sur son exploitation.

Mais si les agriculteurs conservent ou reviennent au labour profond, c’est souvent pour des questions de maîtrise des adventices. C’est le cas de Régis Langelus. « Je ne suis pas confronté à de forts salissements de mes parcelles. Sur blé, mon désherbage se limite à un mélange diflufénicanil + chlortoluron à l’automne. Je suis frappé de voir les doses importantes d’herbicides qui peuvent être employées en situations de non labour dans ma région. »

Retour au labour avant betterave pour un meilleur désherbage

À Herpont dans la Marne, Jérôme Flamain n’a pas eu d’autre choix que de revenir au labour après des années de semis direct et travail superficiel. « J’ai pratiqué le semis direct sur mes betteraves. Les résultats ont été satisfaisants pendant plusieurs années puis les rendements ont commencé à décrocher sur cette culture, à cause de la pression adventice. Certaines espèces comme les vivaces, les pensées, les mercuriales, le gaillet passent au travers du désherbage au glyphosate. Ces mauvaises herbes exerçaient une forte concurrence sur betterave et, en plus, les programmes de désherbage chargés en herbicides finissaient par faire souffrir les betteraves. Sur la campagne 2017-2018, j’ai réintroduit un labour avant betterave sur une de mes parcelles et j’ai récupéré un gain de 10 tonnes/hectare. Cette dernière campagne, j’ai labouré toutes mes parcelles avant betterave. » Mais l’agriculteur reste un adepte du non labour avant tout et ne pense pratiquer le labour qu’une fois sur deux avant ses betteraves, à savoir tous les quatorze ans.

Ingénieur agro-équipements chez Arvalis, Damien Brun note que le labour occasionnel intervient majoritairement pour régler des problèmes d’infestations par les adventices. Le labour suit les rotations de cultures. « Il est positionné surtout avant les cultures de printemps. Il y a plusieurs années, les données provenant du SCEES(1) montraient une proportion de 30 % de non labour sur les grandes cultures en France, avec 10 % seulement de ce non labour avant les cultures de printemps mais 50 % avant les cultures d’hiver. Outre l’enfouissement des adventices et de leurs graines en profondeur, le labour règle des problèmes de conditions d’implantation. Il facilite la reprise pour des cultures qui sont sensibles à la compaction et qui ont besoin de sols se réchauffant vite au printemps. » Le labour a de bons côtés.

(1) Service statistique du ministère de l’Agriculture.

AVIS D'AGRICULTEUR - Guy Leblond, 160 ha à Beautor dans l'Aisne

" Je sors ma charrue tous les ans "

" Je pratique une succession culturale simple sur 100 hectares de mes 160 hectares (60 ha en prairie) : blé sur blé ou successions blé/orge de printemps et du maïs tous les quatre à six ans. Mon élevage me permet des apports de fumiers et je conserve dans mes sols un taux de matière organique important, peu de battance, une bonne stabilité structurale et une vie du sol bien présente(1). J’attribue ce dernier point à une très faible utilisation de produits chimiques. Leur impact est donc minimisé sur les organismes du sol. Par ailleurs, mon coût de désherbage sur blé se limite à 20 euros/hectare avec une présence d’adventices faible alors que chez des voisins en TCS, il est plutôt de l’ordre de 80 à 100 euros/hectare. Et je n’utilise pas de glyphosate. »

(1) Selon des analyses faites dans le cadre du projet Agrinnov, rendant compte de l’état biologique des sols en relation avec les pratiques culturales.
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