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La variabilité de la fusariose des épis impose une surveillance rapprochée sur les blés

Contexte parasitaire évolutif, réglementation plus sévère sur les mycotoxines, efficacité des fongicides qui décroche… la fusariose des épis est suivie de près pour anticiper au mieux les risques. Le point avec Romain Valade, Arvalis.

La fusariose des épis peut réduire le rendement d'un blé de plus de 10 % en cas d'attaque sévère. © C. Gloria
La fusariose des épis peut réduire le rendement d'un blé de plus de 10 % en cas d'attaque sévère.
© C. Gloria

À l’occasion du congrès Phloème à Paris les 29 et 30 janvier, Romain Valade, responsable du laboratoire de phytopathologie d’Arvalis, a fait un état des lieux des connaissances sur les pathogènes responsables de la fusariose des épis et des moyens de lutte existants.

Une réglementation appelée à être plus sévère sur les mycotoxines

Parmi les pathogènes causant la fusariose des épis, seuls les Fusarium produisent des mycotoxines. Il existe une vingtaine de ces mycotoxines auxquelles l’homme et l’animal peuvent être très exposés. Le DON (déoxynivalénol) est la plus abondante d’entre elles sur céréales et elle est fortement corrélée à la présence de Fusarium graminearum dans les grains. Un règlement européen fixe des teneurs maximales à ne pas dépasser au-delà desquelles les lots sont déclassés : 1 250 µg/kg pour le blé tendre et 1 750 µg/kg pour le blé dur. Le DON présente des formes modifiées pour lesquelles des discussions sont en cours pour leur intégration dans les analyses et les seuils.

Les toxines T2 et HT2 sont fréquemment détectées également, en particulier sur les épis d’orges de printemps et sur avoine. Elles sont produites par une autre espèce de Fusarium que le graminearum. Des discussions sont en cours à la Commission européenne pour revoir à la baisse les teneurs maximales de ces mycotoxines (100 µg/kg actuellement).
Enfin, d’autres mycotoxines dites « émergentes » concernant les céréales à paille sont surveillées par l’EFSA et Arvalis car elles se retrouvent régulièrement dans les échantillons. Les plus fréquentes sont les enniatinines, trouvées surtout sur orge de printemps et triticale, un peu moins sur blé tendre et blé dur.

Une vingtaine d’espèces impliquées dans la fusariose

La fusariose des épis ne se résume pas à quelques espèces mais à tout un complexe parasitaire qui varie selon les années. Ainsi, dix-sept espèces de Fusarium et deux espèces de Microdochium ont été détectées sur des grains de blé en France. Ces dernières années, deux espèces dominent : Fusarium graminearum, coupable de produire le DON et Microdochium nivale, non toxinogène mais pouvant avoir un impact important sur le rendement. « Suivre les populations de ces pathogènes avec les outils d’analyse nécessaires pour caractériser finement les espèces est important, car cela peut permettre d’anticiper les évolutions des Fusarium avec le risque toxinogène associé à chaque espèce », selon Romain Valade. Sur un épi, on peut rencontrer aussi bien Fusarium graminearum que les Microdochium, sans phénomène de compétition ni d’exclusion comme cela peut exister entre espèces de Fusarium. L’impact sur le rendement de ces pathogènes peut dépasser les 20 q/ha.

L’efficacité des fongicides s’effondre

Afin de réduire le risque de développement de la fusariose sur épis, des traitements fongicides sont préconisés à la floraison des blés, stade d’infection optimal des Fusarium. Les molécules les plus efficaces sont des triazoles, en particulier le prothioconazole, suivi du tébuconazole et du metconazole. Mais leur efficacité a décliné au fil des ans. Arvalis a enregistré une baisse de 2 points par an depuis 2004 pour arriver à une efficacité proche de 30 % actuellement ! Des résistances n’ont pas été clairement détectées chez les Fusarium. On préfère parler de dérive de sensibilité pour expliquer les baisses d’efficacités des triazoles. En revanche, il existe bien des souches de Microdochium résistantes aux strobilurines et au thiophanate-méthyl. La note commune de l’Inrae, Anses et Arvalis sur les résistances aux fongicides souligne une activité variable de molécules comme le prothioconazole sur Fusarium et Microdochium. Par ailleurs, aucun produit de biocontrôle ne présente d’intérêt contre la fusariose des épis à ce jour.

Prise en compte dans l’amélioration variétale

Les sélectionneurs parviennent à obtenir des variétés de blé avec un certain niveau de tolérance à la fusariose, mais plus difficilement qu’avec d’autres maladies. La diversité des espèces causant la fusariose ainsi que la difficulté à caractériser les variétés au cours de la sélection sur des maladies touchant les épis (phénotypage) ne rendent pas la tâche aisée. Malgré tout, l’effort de sélection en France a permis une élévation du niveau de résistance à la fusariose causée par Fusarium graminearum. « Depuis 2008, on enregistre une baisse significative de variétés sensibles au profit de variétés intermédiaires et résistantes », souligne Romain Valade. Les notes de tolérance montent jusqu’à 6,5-7 (sur une échelle de 2 à 9) et cette résistance est quantitative, ce qui garantit une plus grande durabilité dans le temps. Néanmoins, le nombre de variétés peu sensibles reste assez limité en blé tendre et c’est encore plus vrai en blé dur où ce type de variété est rare. Le blé dur pâtit malheureusement d’un renouvellement variétal peu dynamique ces dernières années. En ce qui concerne Microdochium, la recherche de la tolérance variétale ne fait pas partie des priorités de la sélection. Mais l’on remarque des différences de comportement parmi les variétés de blé commercialisées.

Des moyens agronomiques pour limiter le risque

Une grille de risques DON (déoxynivalénol) est mise à disposition par Arvalis. Elle tient compte des successions culturales, du type de travail du sol et de gestion des résidus de culture ainsi que de la tolérance variétale. La présence sur le sol de résidus est déterminante aussi bien pour les Fusarium que Microdochium, ces parasites étant capables d’y survivre comme saprophyte. Les infestations de Microdochium semblent peu impactées par les pratiques agronomiques. Elles sont en revanche très dépendantes des conditions climatiques au moment de la floraison, la pluie favorisant les contaminations. Fusarium graminearum est également dépendant des conditions climatiques pour les contaminations, mais il est aussi très inféodé à la parcelle et à son historique, notamment à la gestion des résidus de culture contenant l’inoculum. Un moyen très efficace de diminuer le risque DON lié à ce Fusarium tout en recourant à des variétés tolérantes est d’éviter les situations succédant à des maïs ou céréales sans labour laissant des résidus en surface. Une grille de risques n’existe pas concernant Microdochium. Des modèles de prévision du risque sont en cours de développement pour ce pathogène, de même que pour d’autres Fusarium que le graminearum.

Lueur d’espoir avec l’Adepidyn

En 2018 comme en 2019, l’efficacité de la référence Prosaro (prothioconazole) sur la fusariose causée par Fusarium graminearum est tombée à 35 % dans les essais Arvalis. Dans les nouveautés à venir, le projet Adepidyn de Syngenta apporte une lueur d’espoir. L’efficacité de l’association de pydiflumetofen (nouvelle SDHI) et de prothioconazole se situe à 71 % à pleine dose (2,65 l/ha). C’est un niveau de performance qui n’avait pas été atteint par un fongicide depuis des années sur fusarioses. S’il est actif contre Fusarium graminearum, le produit Adepidyn n’apporte en revanche pas de gain d’efficacité sur Microdochium comparé à Prosaro, avec des niveaux d’efficacité très bas dans les essais Arvalis, aux alentours de 20 % (sauf pour le mélange Prosaro 0,5 + Sesto 1,4 (folpel), à 35 %).

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