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« J’ai lancé un atelier volailles en Eure-et-Loir pour diversifier mon exploitation de grandes cultures »

Corentin Chateignier, installé avec son père Alain sur une exploitation de grandes cultures dans la Beauce, a lancé un atelier volailles en 2020 pour diversifier et sécuriser l’exploitation de 100 hectares basée à Guillonville, en Eure-et-Loir.

<em class="placeholder">Corentin Chateignier dans un des ses quatre bâtiments de volailles Label rouge sur son exploitation en Eure-et-Loir</em>
Corentin Chateignier, agriculteur dans la Beauce, a fait construire depuis son installation, quatre bâtiments de 400 m2 pour son élevage de volailles Label rouge.
© V. Charpenet

Les bâtiments blanc et vert et leurs toits de tôles ondulées dénotent dans la plaine de la Beauce lorsqu’on arrive aux abords de la commune de Guillonville, en Eure-et-Loir, entre Orléans et Châteaudun. Ils abritent les volailles Label rouge de Corentin Chateignier, agriculteur de 28 ans installé depuis 2019, au côté de son père Alain, sur une exploitation spécialisée à la base dans les grandes cultures. « La surface de l’exploitation n’était pas très importante pour ce secteur, j’avais besoin de mettre en place une diversification pour m’installer », explique-t-il.

Le point sur | Volaille : les bonnes questions à se poser avant de lancer un atelier de diversification

Un atelier non dépendant de la ressource en eau

Plusieurs éléments ont penché en faveur de la production de volailles à laquelle Corentin Chateignier s’intéresse depuis sa formation au lycée agricole. « En grandes cultures, nous faisons face à une tension croissante sur la ressource en eau, dont nous dépendons fortement en raison de nos sols superficiels sur la moitié de la surface de l’exploitation, et des interdictions au niveau des produits phytosanitaires, avance l’agriculteur. On cherchait donc une production la moins dépendante possible de ces deux aspects. »

Pour se lancer dans son projet, Corentin Chateignier s’est tourné vers l’opérateur local Nouri’Vrai, une organisation de producteurs (OP) qui accompagne les agriculteurs dans leur projet puis dans le suivi technico-économique une fois le bâtiment en route. « L’OP nous accompagne dans la formation technique pour apprendre ce nouveau métier », précise Corentin Chateignier.

Plus de 500 000 euros d’investissements

Nouri’Vrai se charge aussi de fournir l’aliment à l’éleveur et fait office d’intermédiaire entre l’éleveur et l’abattoir Ronsard Île-de-France, propriété du groupe volailler LDC, situé à Jouy, en Eure-et-Loir. « La relation commerciale entre l’éleveur et le groupement se fait à travers un contrat trois points qui encadre le prix des poussins, le prix de l’aliment et le prix du vif », explique Aurélie Préhu, responsable de l’organisation. Objectif : protéger l’éleveur des fluctuations trop importantes de marchés. « Lorsque les prix des poussins et de l’aliment augmentent, l’OP fait tampon le temps d’ajuster à l’autre bout de la chaîne le prix du vif », assure la responsable.

Deux bâtiments de 400 m2 sont sortis de terre en 2019, puis un troisième en 2022 et un dernier en 2023 pour un total de 1 600 m2 (4 X 400 m2). L’investissement se chiffre à 250 000 euros pour les deux premiers poulaillers et à 300 000 euros pour les deux derniers en raison de l’inflation. S’ajoutent à cela plus de 100 000 euros pour financer l’aménagement des abords (chemins d’accès). Corentin Chateignier finance son projet par des emprunts sur quinze ans au taux de 0,7 %, soit environ 35 000 euros de remboursement annuel pour l’ensemble. L’éleveur a bénéficié des aides régionales du PCAE (plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles) à hauteur de 40 %. Il a aussi reçu une enveloppe de 10 000 euros par bâtiment de l’abattoir Ronsard et de Nouri’Vrai. Corentin Chateignier table sur une marge poussin-aliment (1) d’environ 14 euros par mètre carré en faisant 3,2 lots par an, soit environ 1 400 euros par mois et par bâtiment.

35 heures de travail par semaine

Le récent éleveur estime que le travail à fournir pour s’occuper de ce nouvel atelier équivaut à un temps plein avec des à-coups par moments. « Entre deux lots, je dois entièrement nettoyer et désinfecter les bâtiments, précise-t-il. Il faut ensuite un vide sanitaire de minimum 14 jours avant de faire rentrer à nouveau des volailles. » Il a fait le choix d’un système très automatisé et pilotable depuis le Smartphone pour la gestion de la ventilation, de l’eau et de l’aliment pour que l’élevage reste compatible avec l’activité de grandes cultures. En cours de lot, il estime la charge à 2 heures par jour le temps de passer dans les bâtiments le matin et le soir pour voir si tout va bien. À terme, lorsque son père sera à la retraite, l’éleveur envisage l’embauche d’un salarié à mi-temps, principalement pour intervenir sur la partie culture.

En tant que producteur de grandes cultures, il voit aussi l’avantage apporté par l’arrivée de l’élevage sur l’exploitation. « Le fumier de volailles me permet de fertiliser 50 hectares de cultures à raison de 5 tonnes par hectare, détaille-t-il. C’est l’équivalent de l’apport d’un engrais triple 15. »

Sur la partie commercialisation, Corentin Chateignier a porté son choix sur le Label rouge « pour avoir le plaisir de voir les volailles en liberté », elles disposent de 8 000 m2 de parcours pour s’esbaudir (2), mais aussi pour développer la partie vente à la ferme. À la fin de chaque lot, l’éleveur écoule environ 300 volailles en direct au prix de 7 euros le kilo.

(1) La marge poussin aliment mesure la marge dégagée en soustrayant l’achat des poussins et de l’aliment au produit de la vente d’animaux
(2) Non ouvert au 10 décembre en raison du confinement des volailles lié à la grippe aviaire

Le pari de la diversification

L’EARL Chateignier n’en est pas à son coup d’essai en matière de diversification. En 1998, Alain Chateignier s’est lancé dans les asperges vertes et en 2003, dans la plantation de 400 chênes truffiers. Ces deux productions sont vendues en direct. Atout pour se lancer dans la vente directe de volailles : l’exploitation disposait déjà d’une chambre froide et d’un utilitaire frigorifique pour les asperges. L’exploitation compte également 10 hectares de lavandin commercialisé via la coopérative Scael.

Fiche d’identité de l’exploitation

EARL Chateignier

Deux associés : Corentin Chateignier et son père Alain

100 ha de grandes cultures, dont 15 de blé dur, 12 de blé tendre, 10 d’orge de printemps, 3 de seigle, 6 de pomme de terre, 6 de haricot, 6 d’oignon, 3 d’asperges, lentilles et lavandin (10 ha avec la coopérative Scael).

Surface 100 % irrigable

50 % de terres superficielles

4 bâtiments volailles Label rouge de 400 m2 chacun

Matériel de cultures en copropriété avec un voisin (moissonneuse-batteuse, semoir, charrue), pour une surface totale de 260 ha à travailler.

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