Aller au contenu principal

Installation en agriculture : comment fonctionne le nouveau contrat de travail de reconversion professionnelle ?

Sans être spécifiquement agricole, le contrat de conversion en vigueur depuis le 1er janvier 2026 pourrait faciliter des transitions professionnelles vers l’agriculture. Décryptage de cette nouveauté avec Me Marc Turquand d’Auzay, avocat spécialiste en droit de travail, au barreau de Lyon.

<em class="placeholder">Eleveur donnant les instructions à son salarié. Agriculteur employeur. Transmission des consignes. Discussion près de la distributrice d&#039;aliment. Explication des tâches ...</em>
Le contrat de reconversion professionnelle permet au salarié de confirmer son projet d’installation
© Réussir SA

Puisqu’un tiers des nouveaux installés provient d’une réorientation professionnelle après une longue expérience dans le salariat non agricole, le nouveau contrat de travail de reconversion professionnelle pourrait-il faciliter dans certains cas leurs projets d’installation ?

Le contrat de reconversion professionnelle, qu’est-ce que c’est ?

À compter du 1er janvier 2026 un nouveau dispositif entre en vigueur en application des articles L6324-1 à L6324-11 du Code du travail.

Au lieu de négocier directement une rupture conventionnelle, le porteur de projet pourra désormais suspendre son contrat de travail en cours, pour être employé dans une exploitation agricole, dans le cadre d’un CDI ou d’un CDD d’au moins 6 mois. Le contrat au sein de la ferme lui permettra d’évaluer son envie de s’installer, tout en lui garantissant un retour dans son emploi initial, à son poste ou un poste équivalent, si l’expérience ne se révélait pas concluante.

Ce nouvel emploi permet au porteur de projet :

  • de découvrir le métier d’agriculteur ou le secteur agricole ;
  • de confirmer son projet de reconversion ;
  • d’acquérir un savoir-faire par l’exercice en entreprise ;
  • de se former pour acquérir une qualification.

De plus ce contrat de travail peut lui permettre de valider des acquis d’expérience (VAE), facilitant ainsi son accès à la condition de capacité professionnelle agricole et ainsi bénéficier de la dotation nouveau et jeune agriculteur (DNJA).

Le contrat de reconversion professionnelle, comment ça marche ?

Comment fonctionne le contrat de reconversion professionnelle ? D’une part, le salarié et son employeur initial concluent un accord écrit fixant les modalités de la suspension du contrat, notamment sa durée ainsi que les modalités d’un éventuel retour anticipé du salarié en cas de rupture de la période d’essai dans l’entreprise d’accueil.

D’autre part, le salarié et l’entreprise d’accueil signent un contrat à durée déterminée ou indéterminée qui prévoit obligatoirement une période d’essai.

« S’il s’agit d’un CDI, la période d’essai est de 2 à 8 mois selon le niveau du salarié, et de 2 semaines pour un CDD de 6 mois, rappelle Me Marc Turquand d’Auzay. Je conseillerais donc au moins un CDD de six mois et un jour, pour obtenir une période d’essai d’un mois ; même si c’est une expérience insuffisante pour décider de s’installer. »

​​​​​L’employé doit bénéficier de formations sur une durée comprise entre 150 heures et 450 heures, réparties sur une période ne pouvant pas excéder 12 mois, mais qui peut se situer en fin de contrat.

Ces formations sont financées par un opérateur de compétences (OPCO) de l’employeur initial et, en accord avec le salarié, en mobilisant son compte personnel de formation. « L’OPCO peut aussi prendre en charge le salaire et les frais annexes mais un décret est attendu pour cela », annonce Me Marc Turquand d’Auzay.

<em class="placeholder">Maître Marc Turquand d&#039;Auzay avocat en droit du travail au barreau de Lyon</em>
Me Marc Turquand d'Auzay conseille de prévoir une période d'essai la plus longue possible pour laisser le temps au candidat d'apprécier son envie d'entrer en agriculture © Turquand
Le contrat de reconversion professionnelle, comment ça finit ?

Comment se termine le contrat de reconversion professionnelle ? Tout se joue au terme de la période d’essai prévue par le CDI ou le CDD, « d’où l’importance de la prévoir la plus longue possible », conseille l’avocat.

Si le salarié et le nouvel employeur décident de continuer ensemble, voire le salarié de s’installer, le contrat de travail avec l’entreprise d’origine est obligatoirement rompu par une rupture conventionnelle (si CDI) ou une rupture d’un commun accord (si CDD).

En revanche, si le salarié et le nouvel employeur décident (l’un ou l’autre par une rupture en fin d’essai) de ne pas continuer ensemble, le salarié peut retourner chez son employeur d’origine. Son employeur initial doit alors le reprendre à son poste ou un poste équivalent.

En revanche, si le salarié ne veut pas être réintégré, son contrat est obligatoirement rompu comme ci-dessus par une rupture conventionnelle ou d’un commun accord. « L’employeur d’origine doit donc être conscient que son accord pour laisser le salarié partir en reconversion professionnelle vaut accord de rupture conventionnelle à brève échéance sauf demande de réintégration par le salarié au terme de la période d’essai », alerte Me Marc Turquand d’Auzay.

Les plus lus

Pommes de terre : des milliers de tonnes à détruire, faute de débouchés suffisants

La filière pomme de terre subit depuis cette année un retournement de conjoncture. La forte hausse des surfaces en 2025…

<em class="placeholder">Adolescent au volant d&#039;un tracteur </em>
Les enfants d’agriculteurs peuvent-ils donner un coup de main sur l’exploitation familiale en toute légalité ?

À partir de 16 ans, voire dans certains cas dès 14 ans, les enfants d’agriculteurs peuvent contribuer aux travaux de l’…

<em class="placeholder">Chemin goudronné entre parcelles agricoles</em>
Que le chemin n’appartienne qu’à un seul propriétaire ne l’empêche pas d’être un chemin d’exploitation

La Cour de cassation dans un arrêt du 9 janvier 2025 a réaffirmé que ce qui caractérise un chemin d’exploitation est…

<em class="placeholder">Julien Bricquet devant son bâtiment d&#039;exploitation initialement construit sur un terrain appartenant à son père</em>
Bâtiment agricole : « On a construit sur sol d’autrui, sans être alertés et sans connaître les risques »

Comme beaucoup de sociétés agricoles familiales, le SCEA Bricquet et Fils, à Saint-Amand-sur-Fion (Marne) a construit un…

<em class="placeholder">Thierry Boudaud président de la Coop de l’eau 79 devant un enrouleur.</em>
Sainte-Soline : « Notre réserve restera vide cette année, laissant les exploitations sans solution alternative d’irrigation »

Thierry Boudaud est président de la Coop de l’eau 79, qui porte les réserves de substitution du bassin de la Sèvre niortaise.…

Xavier Priault, céréalier dans le Loiret.
Traitement phytosanitaire : « Dans le Loiret, je pulvérise de nuit en bas volume à 50 l/ha pour maximiser l’efficacité des produits »

Xavier Priault est céréalier à Saint-Maurice-sur-Aveyron, dans le Loiret. Il réalise ses pulvérisations phytosanitaires…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures