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HVE : « Nous avons dû changer nos pratiques en grandes cultures »

Sur la ferme de Pré Levey, le passage à la HVE s’est imposé comme une suite logique à la démarche de baisse des intrants. La valorisation ne porte que sur une partie du blé produit sur l’exploitation, mais le changement de pratiques a dû être global pour décrocher le sésame Haute valeur environnementale.

Baisse de la sole de colza, bouleversement du programme de désherbage maïs, recours aux trichogrammes : Stéphane, Marine et Alain (de gauche à droite) ont modifié en profondeur leurs pratiques pour décrocher la HVE. © G. Omnès
Baisse de la sole de colza, bouleversement du programme de désherbage maïs, recours aux trichogrammes : Stéphane, Marine et Alain (de gauche à droite) ont modifié en profondeur leurs pratiques pour décrocher la HVE.
© G. Omnès

« Pour nous, obtenir la certification HVE est avant tout une forme de concrétisation des efforts fournis depuis plusieurs années. » Pour Stéphane Taconnet, associé à Marine et Alain Guinet sur la ferme de Pré Levey, décrocher la Haute valeur environnementale, le niveau le plus élevé de la certification environnementale, n’était pas une consécration, plutôt la suite logique d’une démarche entamée il y a quinze ans.

Sur cette exploitation de polyculture élevage située à Aoste, dans le nord de l’Isère, la prise en compte de l’environnement est au cœur des décisions stratégiques. « Nous sommes engagés depuis longtemps dans le réseau Dephy, explique Stéphane. La baisse des intrants s’impose pour des raisons économiques, environnementales et sociétales. C’est une tendance de fond. » La vente à la ferme de produits issus de leur troupeau de porcs et de limousines exacerbe un peu plus encore cette sensibilité aux attentes du consommateur.

En 2019, lorsque la coopérative la Dauphinoise, devenue Oxyane depuis la récente fusion avec Terre d’alliances, a proposé aux exploitants de s’engager sur la voie de la HVE, ils n’ont guère hésité. « La coopérative a commencé par dresser un diagnostic de l’exploitation, pour voir sur quels points on était bon ou pas », raconte l’agriculteur.

Recalés au premier diagnostic à cause des phytos

Sur le papier, la ferme de Pré Levey a de solides atouts : le recours aux intrants est déjà très raisonné, et la présence de 120 hectares de prairies sur une SAU de 318 hectares améliore grandement le score en termes de diversité des cultures. Et pourtant… « Avec le premier diagnostic, on a vu que ça ne passait pas, raconte Stéphane. C’était OK sur le volet biodiversité, grâce aux haies, aux prairies et aux bois. Pas de souci non plus sur la fertilisation, du fait de l’utilisation des effluents d’élevage, ni sur l’irrigation. Mais ça coinçait sur les phytos. »

Avec un IFT total de 4,97, la ferme de Pré Levey était au-dessus de l’IFT régional de référence (4,3). Rédhibitoire pour prétendre à la HVE. La conclusion est vite tirée : il faut faire évoluer l’assolement, composé jusqu’ici de 130 hectares de maïs, 40 de blé, 25 de colza et d’un peu d’orge et de triticale. « Nous avons réduit la sole de colza, gourmand en phytosanitaires, à 18 hectares, mais ça ne suffisait pas, explique Stéphane Taconnet. Il fallait aussi changer nos pratiques de désherbage sur maïs. » Le programme consistait en un traitement au semis, à pleine dose pour garantir son efficacité, puis un rattrapage pour gérer les ambroisies et les liserons.

« Faire l’impasse au semis est risqué, car on n’est jamais sûr de pouvoir rentrer dans la parcelle pour le deuxième passage, en raison du ressuyage très lent de nos terres », précise l’agriculteur. Impossible pourtant de conserver cet itinéraire, qui gonfle trop les IFT. Les associés décident alors de réduire la sole de maïs à moins de 100 hectares, et d’effectuer la totalité du désherbage entre 5 et 10 feuilles. Un pari. Au passage, la rotation s’enrichit de grand épeautre, de luzerne et de sarrasin. La surface en blé est légèrement majorée, à plus de 50 hectares.

champ de colza
L'utilisation de mélanges avec des variétés plus précoces en colza vise à limiter les dégâts de méligèthes et ainsi abaisser le nombre d'insecticides. © G. Omnès

Pour minorer un peu plus les IFT, la ferme se convertit aux trichogrammes sur maïs pour lutter contre la pyrale, et décide d’implanter des mélanges variétaux de colza incluant une variété précoce, dont la floraison décalée doit limiter les dégâts de méligèthes sur les autres plantes. Ces ajustements paient : en 2020, les IFT baissent à 2,58. Cette fois-ci, la HVE est dans la poche.

« Les efforts fournis par la ferme de Pré Levey montrent que l’obtention de la HVE n’est pas une simple formalité, explique Philippe Lefebvre, directeur développement filières et métier du grain chez Oxyane. Le volet IFT est souvent le principal obstacle pour les exploitations avec une part importante en grandes cultures. »

Une partie du blé valorisée HVE

Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? « Nous allons pouvoir valoriser le logo HVE pour les produits que nous vendons à la ferme, se réjouit Stéphane Taconnet. Ce sera un outil de communication utile. » Quinze hectares de blé, sur les 50 de l'exploitation, sont valorisés en tant que HVE : ce sésame donne accès à la filière HVE Agromousquetaires, pour les magasins Intermarché - mais ce débouché est insuffisant pour profiter à tous les blés HVE de la coop. Cette production sous contrat profite d’un prix garanti sur cinq ans, calculé à partir du coût de revient de production et majoré des surcoûts générés par les exigences du cahier des charges. Le prix est ainsi déconnecté des cours mondiaux… et confidentiel. Hormis l’adaptation des pratiques, les contraintes engendrées par la HVE sont réduites, car la coopérative prend en charge la grande partie des obligations administratives et des frais afférents.

« Aller vers la HVE nous a conduits à modifier en profondeur certaines pratiques, mais cela a toujours été notre façon de procéder, affirme l’exploitant. Nous comptons même aller plus loin, en nous équipant pour désherber le plus possible à l’aide d’une bineuse. Aujourd’hui, sortir la sulfateuse devient de plus en plus difficile à cause du regard de la société. » Sur la ferme de Pré Levey, la HVE pourrait même n’être qu’une marche vers une conversion à l’agriculture biologique.

Deux voies d’accès à la HVE, une seule pour les grandes cultures

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Deux modalités sont possibles pour accéder à la HVE.

L’option B (approche globale) impose que les infrastructures agro-écologiques représentent au moins 10 % de la SAU, et que le coût des intrants soit inférieur à 30 % du chiffre d’affaires. Si cette voie est royale pour les activités à fort chiffre d’affaires (comme la viticulture), elle est inaccessible aux exploitations avec une part importante en grandes cultures.

L’option A (approche thématique) est le passage obligé pour les exploitations de grandes cultures. Elle impose d’obtenir 10 points pour chacun des volets suivants : biodiversité, fertilisation, irrigation et produits phytosanitaires. Les points sont affectés selon la performance sur plusieurs critères au sein de chaque volet.

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