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Envolée des prix : faut-il vendre maintenant son blé de la récolte 2021 ?

Malgré la forte décote par rapport au prix ancienne récolte, les cotations du blé des échéances septembre et décembre 2021 sont dans la fourchette haute de ces dernières années. Et des solutions existent pour sécuriser son revenu tout en bénéficiant d’une éventuelle hausse.

silo de stockage de céréales
Les niveaux de prix actuels permettent en effet de financer une stratégie d’options pour profiter d'une éventuelle hausse, tout en obtenant un prix au-dessus du coût de production, frais d’option inclus.
© G. Omnès

Vendre ou ne pas vendre ? Telle est la question… La récente envolée des prix des céréales est une sérieuse incitation à vendre, mais de nombreuses régions ont engrangé de petites récoltes en 2020, et une grande partie est déjà engagée. La question se pose donc désormais pour la nouvelle récolte. Seulement, les prix du blé affichent une grosse décote sur les premières échéances de septembre et décembre 2021, par rapport aux prix ancienne récolte.

Des prix nouvelle récolte dans la fourchette haute de ces 5 dernières années

« Le marché est en inverse de façon prononcée entre ancienne et nouvelle récolte, avec un écart d’environ 30 €/t, rapporte Sébastien Poncelet, analyste chez Agritel. Cela peut constituer un frein psychologique à la vente, mais la première réflexion à avoir doit porter sur le coût de production et la capacité à gagner sa vie avec les prix actuels. » Or, les prix en nouvelle récolte sont dans la fourchette haute de ce que l’on a connu ces cinq dernières années, et souvent de façon éphémère.

« Commencer à fixer des ventes à ces niveaux, que nous n’avions pas rencontrés depuis janvier 2019, paraît non seulement prudent mais stratégique, estime Virginie Ciesla-Maudet, dirigeante du cabinet Assertis. Si les producteurs de blé s’y retrouvent avec un marché à terme autour des 190,00-200,00 €/t échéance septembre 2021, il est tout simplement nécessaire de sécuriser leurs marges. »

La question est donc de savoir si l’on prend le risque de passer à côté d’une hausse en vendant maintenant la future récolte, ou de s’exposer à une baisse si l’on ne marque pas les prix maintenant. « Le scénario le plus probable est une baisse modérée des prix, compte tenu de la hausse des emblavements en hémisphère nord, affirme Sébastien Poncelet. Mais vu les petits stocks des grands exportateurs en blé, et la tension en maïs et en soja, on ne peut pas exclure des hausses violentes en cas d’accident climatique. »

Du côté du cabinet d’analyse Tallage/Stratégie Grains, on ne voit pas non plus de potentiel d’effondrement des cours en nouvelle récolte. « Il existe un petit potentiel de baisse par rapport aux cours actuels si tout se passe normalement pour la récolte à venir, mais nous tablons sur un prix moyen sur l’ensemble de la campagne 2021-2022 supérieur au prix moyen de 2020-2021, explique Laurent Crastre, analyste du marché du blé tendre chez Tallage. Les stocks des grands exportateurs s’annoncent très bas en maïs, et cela devrait générer de la demande en blé pour l’alimentation animale. »

Jouer la sécurité tout en profitant d’une opportunité à la hausse

Alors, vendre ou pas ? « L’agriculteur doit avoir une position de gestionnaire pour sécuriser son revenu, mais il doit aussi aller chercher la performance pour boucher le trou creusé les années passées, ou pour faire des réserves pour les années futures », rappelle Sébastien Poncelet. Or, cette stratégie de sécurisation offensive peut se mettre en place assez naturellement dans le contexte actuel. Pas question en effet d’engager toute sa récolte à venir, puisque l’incertitude sur les rendements reste forte. « En engageant 30 % du volume attendu en nouvelle récolte aux prix actuels, on sécurise une partie du revenu à des prix rémunérateurs, tout en conservant 70 % qui permettent de garder une exposition à la hausse », analyse Sébastien Poncelet.

Le spécialiste souligne aussi l’intérêt des options dans la situation présente. Les niveaux de prix actuels permettent en effet de financer une stratégie d’options tout en obtenant un prix au-dessus du coût de production, frais d’option inclus. « On peut donc jouer la sécurité tout en profitant d’une opportunité à la hausse, d’autant plus que tous les collecteurs ont désormais ces outils à la carte », indique l’expert d’Agritel.

L’épée de Damoclès des fonds financiers

Tous les voyants seraient-ils au vert ? Il reste quand même une épée de Damoclès au-dessus des prix des céréales : les positions acheteuses des fonds au plus haut depuis dix ans sur les marchés des matières premières. « Si les fonds se retirent en raison d’un mouvement politique ou de l’évolution de l’inflation, cela créerait un énorme trou d’air », met en garde Sébastien Poncelet.

Comme le montre la courbe rouge du graphique de gauche, les fonds ont la plus grosse position nette acheteuse en maïs à Chicago depuis 2011, souligne ce tweet de Grainstats.

Cette présence massive des fonds n'est plus l'apanage de Chicago, terrain de jeu habituel des financiers désireux de prendre des positions sur le marchés des matières première agricoles. FranceAgriMer signale que ce phénomène était aussi à l'oeuvre sur Euronext. « Le regain de tension sur les marchés a suscité des prises de positions acheteuses par les acteurs financiers (entreprises d’investissement, fonds, autres institutions financières) qui ont nettement augmenté leurs parts de marché en positions longues depuis début août 2020, passant de 32% à 65%, niveau le plus haut depuis le début du suivi des positions des acteurs financiers en janvier 2018 », indique l'office dans sa note spécialisée du 13 janvier.

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